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3 décembre 2018 1 03 /12 /décembre /2018 11:55

Les remèdes à apporter aux Gilets Jaunes en urgence sont une chose ; les causes – et remèdes – profonds en sont une autre. La France paye aujourd’hui (pour l’essentiel) la facture de quatre décennies de dysfonctionnements économiques :
- L’intelligence artificielle remplace l’humain dans le travail et génère (et n’a pas fini de générer) des millions de chômeurs – et de GJ ;
- Le chômage de masse provoqué par ce « grand remplacement technologique » provoque à son tour, par un mécanisme de « moins-disant salarial » à l’embauche, une baisse générale des salaires, qui paupérise l’ensemble de la collectivité (y compris les comptes publics), au profit des salaires de chef d’entreprise, des dividendes et des exils fiscaux ;
- Enfin, les sur-dividendes produits par ce phénomène n’alimentent pas l’économie réelle mais nourrissent des bulles spéculatives, qui finissent toujours par exploser (cf. 1929 et 2008), en laminant le système bancaire mondial, donc le financement des entreprises, donc l’emploi, donc la richesse et le niveau de vie des citoyens.
Apporter des solutions d’urgence face à la souffrance sociale des GJ apaise les symptômes de ces maux. Mais il importera également de traiter les causes à leurs racines et de leur apporter des remèdes :
- accompagner la transition technologique en préparant la redistribution à venir du temps de travail, laquelle nous ramènera à un plein emploi et à un mécanisme de « mieux-disant salarial » à l’embauche ;
- renforcer (par un Bâle 4 ?) la régulation des mécanismes de spéculation financière internationale.
Des mesures qui pourront être appliquées avec efficacité non pas au seul niveau d’un pays mais de façon concertée par l’Europe ou le G20.

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20 novembre 2018 2 20 /11 /novembre /2018 21:16

Les réseaux sociaux relaient des posts montrant des incivilités ou violences de la part des Gilets Jaunes, posts que nous, militants LaREM, nous empressons de relayer, railler et condamner.
Mais tous ces Gilets Jaunes sont-ils des fachos ? Tous les Gilets Jaunes roulent-ils en 4x4 Mercedes? Quel pourcentage des Gilets Jaunes représentent les dérapages ?
N’assisterions-nous pas plus exactement à la Jacquerie d’une population exaspérée par des décennies de serrage de ceinture, de souffrance sociale et d’impatience ?
Quelle est la situation sociale en France ? Trois décennies de chômage de masse, 300.000 offres d’emploi pour six millions de chômeurs, des jeunes sortant de qualification sans espoir de travail, des bac+5 payés au smic, une crise financière venue d’Amérique qui a injustement laminé l’économie, l’emploi et la société française, une diminution d’accès aux services publics (Poste et guichets administratifs) alors que le PIB augmente (?), des salaires qui stagnent quand les dividendes s’envolent, des inégalités de revenus jamais aussi élevées que sous Louis XVI, un exil fiscal vingt fois supérieur aux fraudes sociales, des pauvres isolés en campagne, n’ayant que la voiture pour trouver quelques heures de boulot ici ou là, des agriculteurs rémunérés quelques centaines d’euros par mois et exposés à leur insu à des produits cancérigènes, des salariés sur le carreau parce que la direction informatise, délocalise et augmente les dividendes des actionnaires, etc… Des drames humains dont peu d’entre nous, diplômés urbains à l’abri du besoin, souffrons.
Et si cette augmentation des carburants, pourtant légitime, nécessitée par la lutte contre la pollution de l’air et le réchauffement climatique, n’était que la goutte d’eau faisant déborder le vase de trois décennies de souffrance sociale ?
« Il faut un certain confort pour pratiquer la vertu », disait Barbey d’Aurévilly. Les gens sont comme les enfants : ce sont ceux qui souffrent le plus qui deviennent violents. Les gens heureux ne se révoltent pas.
Et si nous allions voir un peu plus loin que le bout de notre nez…?
Sans approuver l'action des Gilets Jaunes, ne peut-on comprendre certains mobiles de leur colère...?

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20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 09:56

La méthode proposée par M. Fillon pour (espérer) réduire le chômage a le mérite d’être clair : 40 milliards d’allègements fiscaux et sociaux pour les entreprises, financés par une augmentation de la TVA de 2 % et une suppression de 500.000 fonctionnaires, avec la prévision de 100 milliards d’euros d’économie sur 5 ans. Ces 500.000 fonctionnaires seraient supprimés par une augmentation du temps de travail à 39h et le non-remplacement d’un partant à la retraite sur deux.
On ne sait si ce moyen peut réussir. On sait par contre ce qu’en seront les conséquences :
- Une augmentation de 2 % des prix pour un smicard ou une personne au RSA, ce sera un coût de la vie toujours plus cher et des difficultés plus grandes à boucler les fins de mois ;
- 500.000 fonctionnaires supprimés, ce seront 500.000 personnes de plus en recherche d’emploi et autant de services publics disparus pour les citoyens, services pourtant déjà restreints de façon drastique depuis la crise de 2008.
Les Français sont éreintés par la baisse de leur pouvoir d’achat et la dégradation des services publics (combien d’heures d’attente à la poste ? quelle disponibilité des personnels dans les hôpitaux…?). Est-il pertinent d’aggraver plus encore cette situation ?
Il convient certes de réduire notre fameuse « dette publique ». Mais quelle est la cause de cette dette, et qui en est responsable ? Les citoyens ?
Et si nous prenions du recul par rapport aux mécanismes du chômage de masse et de ses conséquences ?
Les gains de productivité (par la robotisation et l’informatisation) ont été tels depuis cinquante ans que la production de notre PIB ne requiert plus que 80 % de la main d’œuvre disponible. Ceci signifie que les Français pourraient travailler 20 % de temps en moins pour produire le même PIB, et pour travailler tous. À défaut, six millions d’entre eux sont aujourd’hui au chômage.
Ce chômage de masse, installé depuis quarante ans, engendre une série de fléaux sociaux en cascade, qu’il importe de rappeler :
- de façon directe, il plonge dans la dépression et l’appauvrissement ceux qui en sont touchés ;
- par phénomène de « moins-disant salarial » (« Si tu n’es pas content de ton salaire, va voir ailleurs ! »), il fait stagner et baisser l’ensemble des salaires des gens qui travaillent (on recrute parfois aujourd’hui un bac+5 au smic) ;
- cette baisse générale des salaires entraîne mécaniquement une baisse des recettes publiques, puisque celles-ci sont nourries par la TVA et par l’impôt sur le revenu ;
- cette baisse des recettes publiques entraîne deux effets mécaniques : un endettement public et une dégradation des services publics ;
- la baisse générale des salaires asphyxie la consommation, donc la croissance, donc l’emploi ;
- de l’autre côté, comme le PIB continue de progresser (et comme cependant les salaires baissent), les revenus des hauts salaires et des dividendes explosent, de façon injustifiable et immorale. La part du PIB récupérée par les dividendes du capital est ainsi passée de 33 % à 43 % en une dizaine d’années (et celle des salaires, symétriquement, de 67 à 57 %). Là est la raison de l’appauvrissement et de l’endettement de notre pays ;
- de surcroît, une part importante de ces revenus exorbitants du capital s’enfuit vers les paradis fiscaux, à hauteur de 60 milliards d’euros par an – des revenus qui échappent à l’impôt et ne participent pas à la consommation et à la croissance en France. Ces revenus exilés à la fois ont été confisqués sur les salaires et à la fois échappent à la fiscalité et à l’économie française – triple perte pour les citoyens français.
- de surcroît, l’inflation des revenus financiers génère des bulles spéculatives (forcément, puisque ces personnes doivent « placer » leur énorme quantité d’argent). Or, ces bulles ne manquent pas d’exploser un jour ou l’autre (comme celle de l’immobilier pour la crise des subprimes en 2008), en provoquant d’immenses dégâts bancaires, économiques et sociaux d’ampleur mondiale ;
- le sentiment de désespoir et d’insécurité sociale face à l’ensemble de ces fléaux en ajoute un supplémentaire : un vote d’extrême droite, aujourd’hui à 25 %.
Les Français, qui produisent par leur travail un PIB sans cesse croissant, voient leurs salaires et la qualité de leurs services publics sans cesse se dégrader. Quelle est la raison de ce mécanisme diabolique ? C’est que le phénomène du chômage de masse a, par moins-disant salarial, confisqué 150 milliards d’euros cumulés sur les salaires en direction des revenus du capital et que, cerise sur le gâteau, 60 milliards de ces revenus du capital échappent à l’impôt et à l’économie française.
Si le plein emploi était rétabli, les mécanismes se trouveraient inversés :
- les chômeurs retrouveraient du travail, amélioreraient leur niveau de vie et retrouveraient leur dignité perdue ;
- il se produirait un phénomène de « mieux-disant salarial » (« Je te propose une augmentation, ne va pas chez un concurrent »), qui génèrerait une hausse générale des salaires ;
- cette hausse générale des salaires entraînerait une hausse des recettes de l’État, via la TVA et l’impôt sur le revenu ;
- cette hausse des salaires entraînerait également une hausse de la consommation, donc de la croissance, donc de l’emploi ;
- moins de hauts revenus s’enfuiraient vers les paradis fiscaux, au bénéfice de la fiscalité, de la consommation et de la croissance ;
- la baisse des revenus boursiers réduirait le risque de bulle spéculative et de crise financière mondiale ;
- la situation générale s’améliorant, l’extrême droite s’affaiblirait, jusque son poids minimal.
Il importe donc de soigner le chômage de masse non par des pansements douloureux (comme se serrer la ceinture), mais par sa cause : l’augmentation vertigineuse de la productivité ces 50 dernières années, et le déséquilibre créé entre le temps de travail global nécessaire et le temps de travail global disponible.
En clair, il faudrait passer de la semaine de cinq à quatre jours, en priorité dans les entreprises (généralement tertiaires) réalisant de forts gains de productivité : là où elles ont pris l’habitude d’effectuer des « licenciements boursiers », il faudrait les contraindre fiscalement à transformer ces gains de productivité en réduction du temps de travail et/ou en embauches. Tout en faisant preuve bien sûr de discernement : une grande entreprise ayant réalisé d’importants gains de productivité peut réduire le temps de travail et/ou embaucher ; une petite entreprise artisanale ne le peut pas.
Pour éviter un phénomène de dumping social, cette mesure se montrerait efficace si elle est concertée à un niveau international. Cette concertation internationale peut être espérée, parce que la résorption du chômage de masse (et la paix sociale et internationale) regarde l’intérêt de chaque État dans le monde.
Dans les années 1930, ces mêmes phénomènes de gain de productivité, de crise financière, de chômage de masse et de montées nationalistes conduisirent à une guerre mondiale. Il fallut attendre 1945 pour que la France passe de la semaine de 6 à 5 jours. N’attendons pas la prochaine guerre pour agir !
En conclusion, l’austérité n’est pas une politique juste, car elle fait payer l’endettement de notre État à ceux qui ont travaillé dur et n’en sont pas fautifs. Par surcroît, en appauvrissant les pauvres et les classes moyennes, elle asphyxie la consommation, la croissance et l’emploi.
Il y a peut-être mieux comme projet politique – et économique – que de demander aux classes laborieuses françaises de se serrer la ceinture…

Chr. Chomant
20-04-2017

 

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17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 11:10

En cette élection présidentielle 2017, Nathalie Arthaud (Lutte Ouvrière) et Philippe Poutou (Nouveau Parti Anticapitaliste) nous proposent « d’interdire les licenciements ». Leur raisonnement est le suivant : « le chômage est causé par les licenciements. Donc si on interdit les licenciements, on fera progressivement disparaître le chômage ».
Ce raisonnement n’est malheureusement pas valide. Pour quelles raisons ? Parce que le chômage n’est pas causé par les licenciements mais par un déficit d’activité et d’embauche.
Dans une économie de marché, les entreprises connaissent des fluctuations d’activité qu’elles ne maîtrisent pas. Une fabrique de cigarettes, une distillerie ou un abattoir connaîtront par exemple une baisse d’activité si les gens se mettent à moins fumer, à moins boire d’alcool ou à moins manger de viande.
Face à cette baisse d’activité subie, une entreprise, si elle conserve l’ensemble du personnel (avec l’ensemble de ses coûts salariaux) et si elle voit à la fois ses ventes baisser, sera irrémédiablement conduite à la faillite, avec pour conséquence la suppression de la totalité de ses emplois.
Pour pouvoir conserver ses emplois, une entreprise doit pouvoir réduire ses effectifs si elle se trouve confrontée à une baisse d’activité et de recettes.

Plus avant, la consommation des gens fluctue entre différents produits et entreprises : l’année 2015 peut voir par exemple une plus grande consommation de glaces au citron au détriment de la limonade, cependant que l’année 2016 montrera l’inverse. La consommation globale des gens est stable, mais se répartit de façon différente selon les années et les types de produits.
Dans ce contexte, il est naturel, et même salutaire, que l’entreprise de limonade licencie du personnel en 2015, lequel ira travailler dans l’entreprise de glaces au citron ; et inversement l’année suivante. Le taux d’emploi global est préservé, précisément grâce aux licenciements.
Sans licenciements par l’une des deux entreprises, du reste, l’autre entreprise manquerait d’ailleurs.
L’emploi n’est pas un « gâteau fixe », mais un turn-over permanent entre différents secteurs d’activité, les uns en expansion, les autres en repli, dans un incessant mouvement aléatoire et imprévisible.
Dans ce maelström de l’activité économique, le chômage n’est pas le produit des licenciements, mais simplement le différentiel entre les embauches et les licenciements : si les premières sont supérieures aux seconds, le chômage baisse ; si les seconds sont supérieurs aux premières, le chômage augmente.
Embauches et licenciements ont lieu chaque jour par milliers, de façon permanente. C’est là le fonctionnement normal, inévitable et « sain » d’une économie de marché.
Quels seraient les effets d’une « interdiction des licenciements » comme le prônent LO et le NPA ? Ils seraient doublement néfastes :
- les entreprises connaissant une baisse d’activité seraient conduites à la faillite, et à la suppression de la totalité de leur personnel ;
- les chefs d’entreprise, craignant de ne pas pouvoir licencier en cas de baisse d’activité, arrêteraient d’embaucher, même en cas de possibilité de développement de l’entreprise.
« L’interdiction de licenciement » prônée par LO et le NPA, loin de réduire le chômage, causerait au contraire une augmentation du chômage, par une multiplication des faillites et un arrêt des embauches et du développement économique.
Le principe « d’interdiction du licenciement » n’est jugé bénéfique que par des esprits qui ne connaissent pas le fonctionnement de l’économie ou qui réfléchissent peu. Ce slogan simpliste poursuit, au-delà de son « bon sens » idéologique, un objectif essentiellement séducteur et électoraliste.
Bien sûr, ces considérations s’inscrivent dans le cadre d’une économie de marché. Serait-ce à dire que LO et le NPA envisagent une autre forme d’organisation économique ? Mais quelle organisation économique diffère de celle de l’économie de marché ? L’économie dirigée soviétique, avec l’échec qu’on en a observé (inadéquation aux besoins, retard technologique, pénurie, appauvrissement de la population, émergence d’une aristocratie d’apparatchiks…) ?

Jean-Luc Mélenchon, de son côté, plus prudent, se cantonne à une interdiction des « licenciements boursiers ».
Qu’est-ce qu’un « licenciement boursier » ? Il s’agit, dans l’esprit de la gauche radicale, d’un licenciement qui n’est pas un « licenciement économique », c’est-à-dire qui survient alors que l’entreprise est prospère.
Pourquoi ce type de licenciement est-il surnommé « boursier » ? Parce qu’il est supposé, par sa baisse des coûts salariaux, augmenter les bénéfices de l’entreprise, donc augmenter le cours de son action en bourse et les dividendes des actionnaires.
Pour quelle raison une entreprise peut-elle se permettre ce type de licenciement ? Généralement parce qu’elle a opéré des gains de productivité, permis par la robotisation ou l’informatisation, lesquels outils permettent de réaliser la même production avec un effectif de personnel moindre. Plutôt que de réduire le temps de travail du personnel, l’entreprise supprime des effectifs, ce qui lui permet d’augmenter ses bénéfices, d’augmenter le cours de son action en bourse et de verser des dividendes aux actionnaires.
Ce type de licenciement est doublement bénéfique pour l’entreprise :
- à court terme, il lui permet de réduire ses coûts salariaux et d’augmenter ses bénéfices ;
- à moyen terme, ces licenciements nourrissent le chômage de masse, lequel génère un phénomène de « moins-disant salarial », permettant aux entreprises d’embaucher avec des salaires moindres, ce phénomène provoquant par agrégation une baisse générale des salaires, au profit des dividendes des actionnaires.
Ce type de « licenciement boursier » génère au moins six effets nocifs pour la société :
- il crée de nouveaux chômeurs (moins riches et moins heureux que des gens qui travaillent) ;
- il ne réduit pas le temps de travail du personnel (ce qui pourrait pourtant être permis par les gains de productivité) ;
- en nourrissant le chômage de masse, il concourt au moins-disant salarial et à la baisse générale des salaires des gens qui travaillent ;
- cette baisse générale des salaires entraîne une baisse générale des recettes de l’État (puisque les recettes de l’État proviennent en partie des revenus et de la consommation des ménages), donc un appauvrissement et un surendettement de l’État (devenu aujourd’hui critique) ;
- l’argent perdu par les salariés sur leurs salaires est autant d’argent supplémentaire de gagné pour les hauts salaires et les actionnaires, argent dont une grande partie s’évade vers les paradis fiscaux offshore (60 milliards d’euros par an), sans passer par les cases impôt ni consommation ;
- le chômage, la pauvreté et les inégalités sociales nourrissent le vote d’extrême droite.
Les licenciements effectués par une entreprise prospère grâce à des gains de productivité sont nocifs pour l’emploi et pour la société.

Cette (louable) volonté d’interdire les licenciements boursiers ne répond toutefois pas à un certain nombre de questions :
- Comment, concrètement, d’un point de vue légal, interdit-on à une entreprise d’effectuer des « licenciements boursiers » ?
- Comment distingue-t-on de façon rigoureuse les licenciements boursiers des licenciements économiques ?
- Les entreprises désirant effectuer des « licenciements boursiers » ne seront-elles pas tentée de les maquiller en (faux) licenciements économiques, ou de tricher de toute autre manière ?
- Si l’objectif poursuivi est la réduction du chômage, comment peut-on obliger ou permettre à une entreprise bénéficiant d’un gain de productivité de réduire le temps de travail de ses employés ?
- Quid de la réduction du temps de travail dans les petites entreprises (par exemple artisanales), qui ne réalisent pas de gains de productivité ?
- Si on légifère au seul niveau national, ne risque-t-on pas d’assister à une fuite des entreprises (et donc des emplois) vers l’étranger ? Ne serait-il pas plus opportun de légiférer au niveau international, voire dans l’idéal mondial (puisque le marché économique est mondial) ?
- Quel impact cette mesure aurait-elle sur le chômage ?
Ces questions ne sont pas éclairées par le programme de Jean-Luc Mélenchon.
C’est dommage, car la transformation des (énormes) gains de productivité en réduction du temps de travail est probablement la clef de l’éradication du chômage de masse (et de tous ses fléaux en cascade – paupérisation, accroissement des inégalités, endettement public, extrême droite…). S’il ne devait y avoir qu’une seule proposition dans un programme politique national, ce devrait être celle-là.
Interdire les « licenciements boursiers », donc : pourquoi pas ? Mais quels en seront les modalités et les effets ?

En conclusion, « interdire tout licenciement » est une ineptie économique qui conduirait la plupart de nos entreprises à la faillite, en jetant au chômage la totalité de leur personnel, et qui dissuaderait par ailleurs les chefs d’entreprise d’embaucher, générant des millions de chômeurs supplémentaires.
Quant à « interdire les licenciements boursiers », l’intention est sensée, mais quid de la mise en œuvre, du législatif et des effets produits ?

Christophe Chomant
17-04-17

 

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8 décembre 2015 2 08 /12 /décembre /2015 10:52

On sait que 30 % des Français votent FN à cause du chômage de masse, non résolu depuis 40 ans et considéré comme une « fatalité ».
Régler cette question, c’est-à-dire réguler le marché du travail lorsque la « main invisible » de Smith n’y parvient plus, relève pourtant de la mission du politique.
Les dirigeants du PS, de l’UDI et de l’UMP, qui n’ont pas réussi à supprimer le chômage de masse depuis 40 ans, sont bien mal placés pour s’indigner aujourd’hui du score FN.
Quelle est la cause du chômage de masse ? On sait qu’il est causé par le quintuplement de la productivité depuis 50 ans (automatisation, robotisation, informatisation) et la disparition durable de la croissance des Trente Glorieuses.
En conséquence, il n’y a guère d’autre solution, pour éradiquer le chômage de masse, que de réduire massivement le temps de travail, à 4 jours ou 32 heures par semaine, afin de partager le temps de travail entre les Français. Cette révolution sociale est devenue aujourd’hui incontournable, comme le fut en son temps celle de la semaine de 5 jours. Le remède nécessaire se situe bien au-delà de mesurettes nationales.
Comment procéder ?
Traitons le mal par sa cause : les entreprises dégageant de forts gains de productivité doivent, par pression fiscale, transformer les fruits de ces gains en emplois, plutôt que de licencier et augmenter les dividendes comme elles le font aujourd’hui grâce au renoncement des politiques.
Les petites entreprises commerciales ou artisanales, sans gains notables de productivité, doivent être aidées à embaucher et soulagées des charges Unedic.
Quand – oui, d’une façon keynésienne ! – nos politiciens mettront en œuvre le partage du temps de travail, le chômage de masse et le FN disparaîtront simultanément, car l’effet disparaît avec sa cause.
L’éradication du chômage de masse et de la misère, c’est ce que réussit Franklin Roosevelt en imposant le New Deal et la semaine de 5 jours aux États-Unis au début des années 1930, après la crise de 1929. L’Europe, qui ne sut pas le faire, hérita, elle, des fascismes allemand, italien et espagnol.
Mais le politicien français a-t-il encore du pouvoir et du courage ? Ou bien est-il comme un « hamster dans sa roue », poursuivant sa carrière, non concerné par les souffrances et paralysé devant l’action ?
Les scores FN ne s’apparentent-ils pas à un coup de règle sur les doigts ? Si oui, les politiciens français sauront-ils en prendre les justes mesure et leçon ? Si non, si la colère du peuple n’est pas entendue et si le chômage n’est pas traité, alors nous devons nous préparer à pire encore – des scores FN pires, ou pire que le FN…

Chr. Chomant, 08-12-15

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 14:42

L’idée de « main invisible » de Smith a légitimé et érigé le libéralisme économique au rang de système infaillible, car prétendument « autorégulé ».
Les économistes ont seulement oublié que cette « main invisible » ne concernait que l’ajustement spontané des prix entre producteurs et consommateurs grâce à la libre concurrence des entreprises (ce qui est exact, et correspond à la pensée réelle de Smith).
Ce qui est malheureusement vrai également, c’est qu’en période de chômage de masse (causée par exemple par un gain de productivité très élevé sans redistribution du temps de travail), les salaires de ceux qui travaillent chutent par l’effet d’un moins-disant salarial dans les négociations entre employeurs et employés. Cette baisse des salaires entraîne un appauvrissement de la population, une diminution de la consommation des ménages, une baisse des recettes fiscales, un accroissement des dépenses sociales et un surendettement des collectivités et des ménages. C’est précisément la situation que nous connaissons aujourd’hui.
Cependant qu’à l’inverse, le PIB continuant de croître, on assiste à une explosion des hauts revenus, des dividendes des actionnaires, de la masse des capitaux sur les marchés financiers et des bulles spéculatives dangereuses pour l’économie mondiale. C’est également ce que nous connaissons.
Ce cercle vicieux inégalitaire produit de l’aigreur et du ressentiment chez le peuple, lesquels s’expriment à terme sous la forme d’émeutes sociales et/ou de progression des partis extrémistes.
La « main invisible » de Smith légitime donc l’autorégulation du libéralisme économique (autrement dit de l’économie de marché) sur le plan de l’équilibre des prix entre producteurs et consommateurs, mais pas sur celui de l’équilibre entre salaires et revenus du capital dans une configuration de chômage de masse.
Si Smith avait constaté les dégât causés par le quintuplement de la productivité sans redistribution du temps de travail, en terme de chômage de masse et de baisse de salaire, il aurait probablement préconisé du keynésianisme pour une régulation de la distribution du temps de travail et de l’équilibre entre salaires et dividendes.

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19 décembre 2014 5 19 /12 /décembre /2014 09:33

C'est le chômage de masse qui est responsable à la fois de la baisse des salaires, de l'appauvrissement général de la population, des déficits publics (donc de la dette) et de l'extrême droite.
Mais il n'y a pas de fatalité! Pour briser le chômage aujourd'hui, une solution – la seule possible – est de redistribuer le temps de travail : travailler moins pour travailler tous!
Pourquoi? Parce que, grâce aux robots et à l'informatique, la productivité a quintuplé en 50 ans, et que notre PIB est aujourd'hui produit avec 20% de main d'oeuvre en moins. Ce phénomène de révolution technologique est irréversible.
La chute de la croissance est elle aussi irréversible, parce que les êtres humains, pour préserver les ressources de la planète par une « frugalité durable », vont moins consommer.
Nous savons aussi que la redistribution du temps de travail ne pourra pas être accomplie par les hommes politiques (de gauche comme de droite). Pourquoi ? Parce que ceux-ci sont paralysés par des logiques immobilistes d'institutions, de partis, de popularité électorale et de clivages sectaires.
Seul un mouvement social unitaire de grande ampleur, comme par exemple une grève générale, sera à même de pousser la classe politique à redistribuer le temps de travail, par le passage progressif et incitatif à une semaine de 4 jours.
Sachons mener les révolutions pacifiques nécessaires... avant que n'adviennent les violences entre classes sociales, entre camps politiques, entre communautés...!

Christophe Chomant, le 19-12-2014

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23 août 2013 5 23 /08 /août /2013 13:55

Il y a deux facteurs capitaux dans la reprise de la croissance au sein d’une économie en récession. : la confiance des consommateurs et la confiance des entrepreneurs.
Ces facteurs sont favorisés par un exécutif lui-même confiant, apaisant, sécurisant et positif (et qui par ailleurs bien sûr effectue correctement son travail).
Ces facteurs favorables sont inversement bridés par un exécutif moralisateur, diviseur, alarmiste et anxiogène, qui décourage finalement la consommation, l’entrepreneuriat et la création d’emplois.
Sur ce plan, et même si le programme de F. Hollande pouvait sembler « séducteur » sur le plan économique par rapport à celui de N. Sarkozy, il semble que l’éxécutif de F. Hollande se comporte mieux sur le plan psychologique. Ce dont effet : il est possible que la promesse de F. Hollande, longtemps tenue pour illusoire, d’inverser la courbe du chômage avant la fin de 2013 soit en passe d’être accomplie.
La droite primait par sa lucidité économique affichée ; la gauche prime par son combat sur les valeurs et sa confiance affichée. Le résultat est que la croissance revient. Ce que la droite appelait – en vain – de ses vœux, la gauche semble le réussir.
Les ressorts et chemins de l’action politique s’avèrent donc assez tortueux. Ne vainc pas forcément celui qui crie la difficile réalité sur les toits. Il y a aussi une part de psychologie, d’état d’esprit et de méthode Coué dans la dynamisation de l’économie par les consommateurs et les entrepreneurs. Le sentiment de confiance, qui se répand de façon bénéfique entre les esprits, n’est pas moins important que l’analyse, possiblement anxiogène.
L’économie d’un pays semble finalement se comporter comme une personne : celle-ci, lorsqu’elle est mise en danger, a peut-être plus de chance d’être sauvée si on la rassure que si on l’inquiète.


Chr.. Chomant, 23 août 2013, La Rochelle

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23 août 2013 5 23 /08 /août /2013 13:49

(Interview accordée à Charles de Saint-Sauveur dans Aujourd’hui en France du 22 août 2013)

 

- Comment jugez-vous les outils mis en place pour faire repartir l’économie française ?

Luc Ferry – Je vois trois bonnes choses. D’abord l’accord sur la flexisécurité : la droite en avait rêvé, Hollande l’a fait. Autre point positif, les contrats de génération, qui sont ce qui peut se faire se mieux en termes d’emplois aidés. Enfin, le président a clairement affiché sa volonté – une première à gauche – de réduire les déficits publics. Je regrette que cette baisse se fasse essentiellement par l’impôt et non par la baisse des dépenses de l’État. Mais globalement, ça va dans le bon sens.

- Pensez-vous qu’Hollande puisse réussir son pari d’inverser la courbe du chômage d’ici la fin de l’année ?

- Si la croissance mondiale est là, la France ramassera elle aussi la mise. Il y aura toutefois, je pense, un décalage de quelques mois sur cette promesse. Six mois peut-être. Mais la courbe s’inversera à coup sûr s’il continue dans cette voie. Il a le courage de traîner le lourd chariot de la gauche vers la social-démocratie. Et ce malgré les boulets écologistes et les sorties de Mélanchon. La cohérence qu’il affiche jusqu’à présent peut s’avérer payante.

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29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 12:45

Le chômage en France bat le nouveau record de 3.224.000 demandeurs d’emploi ce mois d’avril 2013. La cote de confiance d'un Président de la République n’a jamais été aussi basse : 25 %. L’extrême droite, à l’inverse, caracole dans les sondages.

Pourquoi le chômage explose-t-il ? Pourquoi la cote de François Hollande est-elle aussi basse ? Pourquoi le FN a-t-il malheureusement le vent en poupe ?

Il faut commencer par comprendre que ce ne sont ni l’État ni les collectivités territoriales qui créent les vrais emplois productifs et durables. Pourquoi ? Parce que l’argent public provient des entreprises, via les taxes directes, les salaires et la TVA. Sans entreprise et sans emploi privé, il n’existe pas d’argent public, donc pas de fonctionnaire. La collectivité utilise et dépense les richesses sans les créer.

Qui crée les vrais emplois productif et durables ? Les entreprises privées, et notamment les plus petites car elles sont de loin les plus nombreuses.

Si on veut créer de l’emploi en France, il faut donc rompre avec le dogme communiste « anti-patron » (autrement dit anti-employeur), cesser de considérer les entreprises comme les vaches à lait du train de vie français et inciter les chefs d’entreprise à embaucher. Comment ? En allégeant les charges sociales (ce qui implique de maîtriser les dépenses publiques) et en dé-rigidifiant le Code du travail (essentiellement par une dédramatisation et une généralisation de la rupture conventionnelle de CDI). L’arme contre le chômage, c’est l’entreprise.

En conséquence, il va de soi que le fait de flirter avec un discours anti-patron pendant la campagne électorale ne peut déboucher aujourd’hui que sur une aigreur et une incompréhension de la part des électeurs de gauche. Ce hiatus entre un discours électoral anti-patron et la réalité économique explique à la fois l’aggravation du chômage, la chute de cote de F. Hollande et le succès du FN, récupérateur de mécontents.

Aujourd’hui plus que jamais en cette période de crise, il importe de tenir le langage de la vérité en matière d’économie, d’entreprise et d’emploi. Ce n’est pas l’option la plus facile, certes, mais c’est certainement la plus courageuse et la moins nocive à long terme. Car le jour où les électeurs n’auront plus le choix qu’entre Mélanchon et Le Pen au deuxième tour sera un jour funeste pour notre pays.

Ce discours de vérité impose au PS de s’affranchir clairement du dogme communiste du « méchant-patron » : non, le « patron » – c’est-à-dire le chef d’entreprise ou l’employeur privé – n’est pas un méchant millionnaire égoïste et profiteur qui spécule dans la finance ; c’est un homme ou une femme qui travaille quatre-vingts heures par semaine pour créer des produits, des richesses et de l’emploi au bénéfice de tous.

Il est grand temps, à gauche, de respecter et valoriser le créateur et directeur d’entreprise, qui détient la clef de l’emploi et de la croissance, en faisant le distingo entre le bon grain de l’entrepreneur et l’ivraie du rentier spéculateur – ce qui, malgré certaines images d’Épinal ayant la vie dure, n’a strictement rien à voir et ne concerne pas les mêmes personnes.

Cette avancée idéologique nécessaire du PS est un point central de son aggiornamento social-démocrate à venir.

 

Chr. Chomant, 29-04-2013

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