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10 décembre 2018 1 10 /12 /décembre /2018 11:14

Albert Hirschman (1915-2012), sociologue américain, avait théorisé l’idée « d’effet tunnel » en sociologie politique : lorsque la situation s’améliore pour un groupe social, ceci est tout d’abord perçu comme un signal positif par les autres groupes, qui espèrent bénéficier rapidement d’une même amélioration. Mais si cette amélioration ne vient pas, le sentiment de frustration, d’injustice et de colère est décuplé et a de grandes chances de déboucher sur un conflit. Hirschman illustrait ce phénomène par celui de files de voitures bloquées dans un tunnel : tant que toutes les files sont bloquées, personne ne fulmine, chacun ronge son frein. Si l’une des files se trouve débloquée, chacun espère que son tour va venir très rapidement. S’il ne vient pas, chaque automobiliste resté bloqué s’estime lésé, victime d’une injustice et se met en colère. Aussi mon regretté professeur d’anthropologie cognitive en Sorbonne Raymond Boudon nous enjoignait-il de ne jamais entreprendre de réforme sociale ou fiscale qui aurait bénéficié d’abord à une catégorie sociale (surtout aisée) avant que d’en faire bénéficier une autre (surtout défavorisée), sous peine d’explosion sociale. Un classique de la sociologie politique que notre président et nos députés, dans leur jeunesse et leur fougue, n’auront probablement pas eu le temps de lire…

 

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9 décembre 2018 7 09 /12 /décembre /2018 12:16

La première mission d’un militant politique est d’écouter les gens, surtout ceux qui sont en colère. Surtout pas de les fuir ni d’en avoir peur.
Samedi 8 décembre 2018, 15h30, rond-point de la Motte, à l’intersection de la voie rapide sud III et de la bretelle du Pont-Flaubert à Rouen. Environ 80 Gilets Jaunes présents ralentissent les véhicules à chaque jonction. Sur un tertre, un auvent avec une table propose de la nourriture et des boissons. Un brasero réchauffe les militants ; un empilement de palettes est embrasé. Le niveau sonore est élevé en raison des cris des GJ et des klaxons des camions. Lorsque je demande à voir le responsable, on me conduit à une dame assise dans un fauteuil pliant, Maryse. Autour d’elle, Jean, et Guillaume, trentenaire. Et d’autres GJ, qui écoutent la discussion en s’y mêlant parfois.
- Je viens vous voir pour écouter vos revendications…
- On les a déjà écrites et fait remonter au sommet !
Mais les cervelles se creusent et les langues se délient : une France plus juste, plus d’égalité, faire respecter la devise « Liberté, égalité, fraternité »… Que les travailleurs puissent vivre décemment de leur salaire. Partager les richesses. Que les profits ne passent pas avant les autres valeurs. Contre une élite avide de pouvoir et d’argent. Un pouvoir qui méconnaît le peuple (je cite)…
On parle de carburant et de voitures. La voiture hybride fournie par l’entreprise de Maryse consomme plus que l’essence. L’électrique n’a pas suffisamment d’autonomie, et la fabrication de ses batteries est polluante. Les lobbies du pétrole freinent le développement d’énergies alternatives… Les GJ sont conscients de la nécessité d’une transition écologique pour lutter contre le réchauffement climatique, mais se sentent les plus frappés : « 50 € d’essence en plus par mois pour un gars qui en gagne 5.000, c’est rien, mais pour un smicard, c’est insupportable, c’est un caddy de supermarché pour manger pendant une semaine. »
D’une façon générale, il y a une « collusion des pouvoirs ». Le mouvement durera jusqu’à la victoire. « Macron, démission ! » crie-t-on autour de moi. « Macron, qu’il dégage, avec tout son gouvernement de m… ! ». Je reste très calme et courtois.
Les slogans radicaux se mélangent avec des arguments multiples. Les services publics se réduisent, sont de moins en moins accessibles. Il faut une augmentation des salaires, et stopper celle des taxes. Il n’est pas normal de devoir mettre de l’argent de côté pour pouvoir vivre correctement à la retraite.
Un GJ s’indigne de ce que l’Élysée vende des objets, comme des mugs à 25 €, pour « faire encore rentrer de l’argent dans les caisses de l’État ». Ce qui déclenche une avalanche de critiques sur le renouvellement de vaisselle ou de moquette de l’Élysée « à prix d’or » : on n’en avait pas besoin, on aurait pu attendre. Je réalise soudain, par ces phrases étonnantes, qu’effectivement l’Élysée est « propriété du peuple » (et d’une façon générale tout ce qui est détenu par l’État), donc soumis à l’approbation du contribuable.
Certaines petites phrases du président ont été perçues de façon blessante, comme la recommandation de travailler pour pouvoir s’acheter un costume ou de traverser la rue pour trouver un emploi.
Les écarts de salaire entre un smicard et un Carlos Ghosn (facteur mille) sont jugés effarants, « sans aucun sens ».
Les différences (raisonnables) de salaire sont jugées « légitimes », mais chacun est pressurisé à son niveau par les impôts et taxes.
Les élus – ministres, députés – sont jugés déconnectés de la vie réelle et (par exemple) du coût des produits alimentaires, exemples confirmés par des anecdotes et sorties malheureuses à la télévision récemment.
Quelques piques sont adressées à notre député, que je ne relève pas.
La suppression de l’ISF n’a pas été comprise : quels bénéfices concrets, chiffrés, a produit cette suppression ? Même remarque est faite au sujet du CICE : que devient cet argent ? Là aussi, ce questionnement du contribuable semble difficilement pouvoir être balayé d’un revers de manche. Le GJ estime avoir financé le CICE avec ses impôts (ce qui n’est pas faux), donc il réclame des comptes sur la destination et les effets de la dépense.
On en revient au Smic, avec lequel il est « impossible aujourd’hui de vivre décemment », surtout après avoir payé un loyer de 600 €. Ou bien alors on s’exile à la campagne, moins chère, mais avec des frais de voiture et de carburant, en étant frappé en premier par la hausse.
Le fait qu’on puisse « être au chômage en gagnant plus d’argent qu’en travaillant » (je cite) est mal vécu. Il n’est pas normal, de plus, que des gens soient incités à ne pas travailler, car le travail est ce qui structure la vie du citoyen et donne un sens à sa vie (je cite).
Guillaume, avec son bac+2 a travaillé plusieurs années en étant rémunéré au smic, ce qu’il ne trouve pas normal.
« L’ancienne génération, ils choisissaient leur travail ; aujourd’hui, c’est le travail qui nous choisit », dit-il.
Les élites (économiques et politiques) ignorent comme il est dur de (sur)vivre aujourd’hui avec un smic.
Nous ne sommes pas contre l’impôt, mais pas trop ; il faut qu’il reste raisonnable, et nous permette de vivre avec dignité, en pouvant nous offrir un peu de loisirs.
Maryse m’explique que le Général de Gaulle pensait qu’une entreprise devait consacrer le tiers de ses bénéfices aux salaires, un autre tiers à l’investissement et un dernier tiers aux actionnaires, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui : les profits bénéficient plus aux actionnaires, ce qui prive les salariés d’argent à re-dépenser dans l’économie, d’où une asphyxie de l’économie et une impossibilité à sortir de l’endettement public.
Une caravane de cars de CRS, sirènes hurlantes, franchit le rond-point à toute allure. « Macron, démission ! » scandent les GJ, qui se replient un instant, craignant d’être délogés et gazés comme la semaine précédente. Mais la caravane s’engage finalement vers le Pont Flaubert et Barentin, où ça doit probablement « chauffer ».
- Le gouvernement a tout de même cédé sur 6 revendications, me permets-je de faire remarquer.
- La suspension des taxes n’est pas une solution, car leur application est simplement retardée à plus tard, m’explique Guillaume.
- Il faut aller chercher l’argent là où il est ! intime un voisin.
- Et vous, qui êtes-vous ? me demande-t-on ?
Lorsque j’explique que je suis un militant LaREM, il y a un blanc, le temps que les logiciels se recalent. Mais la discussion demeure courtoise, et les propos s’infléchissent un peu, dans l’idée que je peux faire remonter des choses aux militants et responsables de notre mouvement.
Les GJ regrettent qu’il soit nécessaire de descendre dans la rue pour que les gens en difficulté sociale soient entendus. Ils regrettent également d’entraver la circulation et de nuire aux ventes des magasins en cette période de pré-Noël.
Lorsque je suggère la possibilité de « plus de pédagogie », je me fais couper net : ce vocable est insultant pour eux, ils ne veulent plus l’entendre, car il insinue qu’ils sont des demeurés et ne sont pas en mesure de comprendre les tenants et les aboutissants de l’économie et de la politique. Je n’insiste pas. Peut-être ont-ils raison, d’ailleurs.
Maryse fait remarquer que, dans son malheur, le gouvernement a la grande chance de ne pas voir les syndicats réussir à s’allier entre eux, car alors, dit-elle, ce serait la révolte générale. « On est au bout d’un système économique et social ; même des experts américains le disent. Les gens travaillent, mais l’argent va ailleurs. C’est pour ça que les salaires sont aussi bas et que l’État est endetté. »
« Il est dommage que l’écoute des GJ par le gouvernement succède à la casse, comme s’il fallait attendre que les gens cassent pour qu’ils soient écoutés. »
Je sens que les GJ reprochent à EM d’aller trop vite et avec des œillères, comme un bulldozer, en balayant d’un revers de manche les objections, sans tenir compte des difficultés et souffrances du peuple.
Son profil, sa façon de s’habiller et de parler, surtout de façon tranchante et hautaine, passent mal ; eux qui sont ouvriers ou employés en souffrance sociale n’arrivent pas à s’identifier à lui.
Maryse conclut : EM nous a donné beaucoup d’espoir, un espoir de renouveau, une volonté de « casser les codes ». La déception est à la hauteur de l’espoir suscité, ce pourquoi « ça pète » aujourd’hui.
Guillaume revient sur l’ISF. Il a l’impression qu’EM favorise les riches. Il me rappelle que le « S » d’ISF signifie « solidarité », en l’occurrence solidarité avec les pauvres. Donc par quoi, par quelle solidarité envers les pauvres, l’ISF a-t-il été remplacé ? L’ISF n’aurait pas dû être supprimé avant que les pauvres soient aidés d’une façon ou d’une autre. Il y a de fait une certaine logique dans son discours. Surtout, dans son esprit, l’ISF a force de symbole, de symbole fort, plus que pour ceux qui ont décidé ou accepté sa suppression pour des raisons plutôt technocratiques.
Guillaume conclut en disant que les aides et les taxes doivent être équilibrées. Il reconnaît avoir bénéficié d’une baisse de 120 € de sa taxe d’habitation, mais a calculé que les surcroîts de taxe et de prélèvement (CSG) lui ont coûté plus de 120 €. Il s’estime donc lésé, et grugé par rapport aux plus riches, dont certains salaires sont effarants et indécents.
Macron paye pour ses prédécesseurs, remarque Maryse, honnête. « Pas de chance pour lui, mais c’est ainsi ».
Tous les propos rapportés ci-dessus ont été exprimés textuellement par des GJ ; je n’ai rien transformé.
En conclusion, tout au long de l’échange, d’un GJ à l’autre, certains points reviennent de façon récurrente, comme des leitmotivs :
- La suppression de l’ISF, précoce, a été perçue comme une préférence donnée d’emblée aux riches, avant que des mesures ne soient prises en faveur des plus démunis (alors que cet impôt consiste précisément en une « solidarité » à l’égard des plus pauvres) ;
- Des taxes supplémentaires dont on ne voit pas à quoi elles sont utilisées et où va l’argent concrètement – et sur lesquelles les contribuables ont pourtant droit de regard ;
- Des taxes supplémentaires alors que les services publics sont en régression. C’est illogique et contradictoire pour les GJ.
Dans l’entourage et parmi ceux qui prennent la parole, je n’entends pas d’allusions au RN ou à la FI, ni à MLP ou JLM. L’atmosphère est apolitique, avec probablement beaucoup de personnes abstentionnistes, qui se sont senties flouées par les partis de gouvernement successifs, et plus encore par le dernier en date, parce qu’il avait soulevé en eux beaucoup d’espoir.
Une deuxième caravane de cars de CRS passe, sirènes hurlantes, en direction du centre ville cette fois-ci.
Un GJ vient à moi en me tendant la main : je reconnais l’un des premiers marcheurs, avec lequel j’avais partagé le porte-à-porte de la « Grande Marche » en juin 2016. Nous sommes heureux de nous retrouver et d’échanger. Je lui donne des nouvelles de LaREM.
Il se met à pleuvoir plus sérieusement. Le brasero manque de mettre le feu à mon manteau. Les militants se serrent sous l’auvent. Le moment pour moi de laisser les GJ à leur combat et de m’éclipser, enrichi de cette écoute…

D’abord l’écoute, avant l’analyse ou la préconisation. Un homme politique qui n’écoute pas ne peut tout simplement pas agir correctement.

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3 décembre 2018 1 03 /12 /décembre /2018 11:55

Les remèdes à apporter aux Gilets Jaunes en urgence sont une chose ; les causes – et remèdes – profonds en sont une autre. La France paye aujourd’hui (pour l’essentiel) la facture de quatre décennies de dysfonctionnements économiques :
- L’intelligence artificielle remplace l’humain dans le travail et génère (et n’a pas fini de générer) des millions de chômeurs – et de GJ ;
- Le chômage de masse provoqué par ce « grand remplacement technologique » provoque à son tour, par un mécanisme de « moins-disant salarial » à l’embauche, une baisse générale des salaires, qui paupérise l’ensemble de la collectivité (y compris les comptes publics), au profit des salaires de chef d’entreprise, des dividendes et des exils fiscaux ;
- Enfin, les sur-dividendes produits par ce phénomène n’alimentent pas l’économie réelle mais nourrissent des bulles spéculatives, qui finissent toujours par exploser (cf. 1929 et 2008), en laminant le système bancaire mondial, donc le financement des entreprises, donc l’emploi, donc la richesse et le niveau de vie des citoyens.
Apporter des solutions d’urgence face à la souffrance sociale des GJ apaise les symptômes de ces maux. Mais il importera également de traiter les causes à leurs racines et de leur apporter des remèdes :
- accompagner la transition technologique en préparant la redistribution à venir du temps de travail, laquelle nous ramènera à un plein emploi et à un mécanisme de « mieux-disant salarial » à l’embauche ;
- renforcer (par un Bâle 4 ?) la régulation des mécanismes de spéculation financière internationale.
Des mesures qui pourront être appliquées avec efficacité non pas au seul niveau d’un pays mais de façon concertée par l’Europe ou le G20.

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20 novembre 2018 2 20 /11 /novembre /2018 21:16

Les réseaux sociaux relaient des posts montrant des incivilités ou violences de la part des Gilets Jaunes, posts que nous, militants LaREM, nous empressons de relayer, railler et condamner.
Mais tous ces Gilets Jaunes sont-ils des fachos ? Tous les Gilets Jaunes roulent-ils en 4x4 Mercedes? Quel pourcentage des Gilets Jaunes représentent les dérapages ?
N’assisterions-nous pas plus exactement à la Jacquerie d’une population exaspérée par des décennies de serrage de ceinture, de souffrance sociale et d’impatience ?
Quelle est la situation sociale en France ? Trois décennies de chômage de masse, 300.000 offres d’emploi pour six millions de chômeurs, des jeunes sortant de qualification sans espoir de travail, des bac+5 payés au smic, une crise financière venue d’Amérique qui a injustement laminé l’économie, l’emploi et la société française, une diminution d’accès aux services publics (Poste et guichets administratifs) alors que le PIB augmente (?), des salaires qui stagnent quand les dividendes s’envolent, des inégalités de revenus jamais aussi élevées que sous Louis XVI, un exil fiscal vingt fois supérieur aux fraudes sociales, des pauvres isolés en campagne, n’ayant que la voiture pour trouver quelques heures de boulot ici ou là, des agriculteurs rémunérés quelques centaines d’euros par mois et exposés à leur insu à des produits cancérigènes, des salariés sur le carreau parce que la direction informatise, délocalise et augmente les dividendes des actionnaires, etc… Des drames humains dont peu d’entre nous, diplômés urbains à l’abri du besoin, souffrons.
Et si cette augmentation des carburants, pourtant légitime, nécessitée par la lutte contre la pollution de l’air et le réchauffement climatique, n’était que la goutte d’eau faisant déborder le vase de trois décennies de souffrance sociale ?
« Il faut un certain confort pour pratiquer la vertu », disait Barbey d’Aurévilly. Les gens sont comme les enfants : ce sont ceux qui souffrent le plus qui deviennent violents. Les gens heureux ne se révoltent pas.
Et si nous allions voir un peu plus loin que le bout de notre nez…?
Sans approuver l'action des Gilets Jaunes, ne peut-on comprendre certains mobiles de leur colère...?

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20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 09:56

La méthode proposée par M. Fillon pour (espérer) réduire le chômage a le mérite d’être clair : 40 milliards d’allègements fiscaux et sociaux pour les entreprises, financés par une augmentation de la TVA de 2 % et une suppression de 500.000 fonctionnaires, avec la prévision de 100 milliards d’euros d’économie sur 5 ans. Ces 500.000 fonctionnaires seraient supprimés par une augmentation du temps de travail à 39h et le non-remplacement d’un partant à la retraite sur deux.
On ne sait si ce moyen peut réussir. On sait par contre ce qu’en seront les conséquences :
- Une augmentation de 2 % des prix pour un smicard ou une personne au RSA, ce sera un coût de la vie toujours plus cher et des difficultés plus grandes à boucler les fins de mois ;
- 500.000 fonctionnaires supprimés, ce seront 500.000 personnes de plus en recherche d’emploi et autant de services publics disparus pour les citoyens, services pourtant déjà restreints de façon drastique depuis la crise de 2008.
Les Français sont éreintés par la baisse de leur pouvoir d’achat et la dégradation des services publics (combien d’heures d’attente à la poste ? quelle disponibilité des personnels dans les hôpitaux…?). Est-il pertinent d’aggraver plus encore cette situation ?
Il convient certes de réduire notre fameuse « dette publique ». Mais quelle est la cause de cette dette, et qui en est responsable ? Les citoyens ?
Et si nous prenions du recul par rapport aux mécanismes du chômage de masse et de ses conséquences ?
Les gains de productivité (par la robotisation et l’informatisation) ont été tels depuis cinquante ans que la production de notre PIB ne requiert plus que 80 % de la main d’œuvre disponible. Ceci signifie que les Français pourraient travailler 20 % de temps en moins pour produire le même PIB, et pour travailler tous. À défaut, six millions d’entre eux sont aujourd’hui au chômage.
Ce chômage de masse, installé depuis quarante ans, engendre une série de fléaux sociaux en cascade, qu’il importe de rappeler :
- de façon directe, il plonge dans la dépression et l’appauvrissement ceux qui en sont touchés ;
- par phénomène de « moins-disant salarial » (« Si tu n’es pas content de ton salaire, va voir ailleurs ! »), il fait stagner et baisser l’ensemble des salaires des gens qui travaillent (on recrute parfois aujourd’hui un bac+5 au smic) ;
- cette baisse générale des salaires entraîne mécaniquement une baisse des recettes publiques, puisque celles-ci sont nourries par la TVA et par l’impôt sur le revenu ;
- cette baisse des recettes publiques entraîne deux effets mécaniques : un endettement public et une dégradation des services publics ;
- la baisse générale des salaires asphyxie la consommation, donc la croissance, donc l’emploi ;
- de l’autre côté, comme le PIB continue de progresser (et comme cependant les salaires baissent), les revenus des hauts salaires et des dividendes explosent, de façon injustifiable et immorale. La part du PIB récupérée par les dividendes du capital est ainsi passée de 33 % à 43 % en une dizaine d’années (et celle des salaires, symétriquement, de 67 à 57 %). Là est la raison de l’appauvrissement et de l’endettement de notre pays ;
- de surcroît, une part importante de ces revenus exorbitants du capital s’enfuit vers les paradis fiscaux, à hauteur de 60 milliards d’euros par an – des revenus qui échappent à l’impôt et ne participent pas à la consommation et à la croissance en France. Ces revenus exilés à la fois ont été confisqués sur les salaires et à la fois échappent à la fiscalité et à l’économie française – triple perte pour les citoyens français.
- de surcroît, l’inflation des revenus financiers génère des bulles spéculatives (forcément, puisque ces personnes doivent « placer » leur énorme quantité d’argent). Or, ces bulles ne manquent pas d’exploser un jour ou l’autre (comme celle de l’immobilier pour la crise des subprimes en 2008), en provoquant d’immenses dégâts bancaires, économiques et sociaux d’ampleur mondiale ;
- le sentiment de désespoir et d’insécurité sociale face à l’ensemble de ces fléaux en ajoute un supplémentaire : un vote d’extrême droite, aujourd’hui à 25 %.
Les Français, qui produisent par leur travail un PIB sans cesse croissant, voient leurs salaires et la qualité de leurs services publics sans cesse se dégrader. Quelle est la raison de ce mécanisme diabolique ? C’est que le phénomène du chômage de masse a, par moins-disant salarial, confisqué 150 milliards d’euros cumulés sur les salaires en direction des revenus du capital et que, cerise sur le gâteau, 60 milliards de ces revenus du capital échappent à l’impôt et à l’économie française.
Si le plein emploi était rétabli, les mécanismes se trouveraient inversés :
- les chômeurs retrouveraient du travail, amélioreraient leur niveau de vie et retrouveraient leur dignité perdue ;
- il se produirait un phénomène de « mieux-disant salarial » (« Je te propose une augmentation, ne va pas chez un concurrent »), qui génèrerait une hausse générale des salaires ;
- cette hausse générale des salaires entraînerait une hausse des recettes de l’État, via la TVA et l’impôt sur le revenu ;
- cette hausse des salaires entraînerait également une hausse de la consommation, donc de la croissance, donc de l’emploi ;
- moins de hauts revenus s’enfuiraient vers les paradis fiscaux, au bénéfice de la fiscalité, de la consommation et de la croissance ;
- la baisse des revenus boursiers réduirait le risque de bulle spéculative et de crise financière mondiale ;
- la situation générale s’améliorant, l’extrême droite s’affaiblirait, jusque son poids minimal.
Il importe donc de soigner le chômage de masse non par des pansements douloureux (comme se serrer la ceinture), mais par sa cause : l’augmentation vertigineuse de la productivité ces 50 dernières années, et le déséquilibre créé entre le temps de travail global nécessaire et le temps de travail global disponible.
En clair, il faudrait passer de la semaine de cinq à quatre jours, en priorité dans les entreprises (généralement tertiaires) réalisant de forts gains de productivité : là où elles ont pris l’habitude d’effectuer des « licenciements boursiers », il faudrait les contraindre fiscalement à transformer ces gains de productivité en réduction du temps de travail et/ou en embauches. Tout en faisant preuve bien sûr de discernement : une grande entreprise ayant réalisé d’importants gains de productivité peut réduire le temps de travail et/ou embaucher ; une petite entreprise artisanale ne le peut pas.
Pour éviter un phénomène de dumping social, cette mesure se montrerait efficace si elle est concertée à un niveau international. Cette concertation internationale peut être espérée, parce que la résorption du chômage de masse (et la paix sociale et internationale) regarde l’intérêt de chaque État dans le monde.
Dans les années 1930, ces mêmes phénomènes de gain de productivité, de crise financière, de chômage de masse et de montées nationalistes conduisirent à une guerre mondiale. Il fallut attendre 1945 pour que la France passe de la semaine de 6 à 5 jours. N’attendons pas la prochaine guerre pour agir !
En conclusion, l’austérité n’est pas une politique juste, car elle fait payer l’endettement de notre État à ceux qui ont travaillé dur et n’en sont pas fautifs. Par surcroît, en appauvrissant les pauvres et les classes moyennes, elle asphyxie la consommation, la croissance et l’emploi.
Il y a peut-être mieux comme projet politique – et économique – que de demander aux classes laborieuses françaises de se serrer la ceinture…

Chr. Chomant
20-04-2017

 

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17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 11:10

En cette élection présidentielle 2017, Nathalie Arthaud (Lutte Ouvrière) et Philippe Poutou (Nouveau Parti Anticapitaliste) nous proposent « d’interdire les licenciements ». Leur raisonnement est le suivant : « le chômage est causé par les licenciements. Donc si on interdit les licenciements, on fera progressivement disparaître le chômage ».
Ce raisonnement n’est malheureusement pas valide. Pour quelles raisons ? Parce que le chômage n’est pas causé par les licenciements mais par un déficit d’activité et d’embauche.
Dans une économie de marché, les entreprises connaissent des fluctuations d’activité qu’elles ne maîtrisent pas. Une fabrique de cigarettes, une distillerie ou un abattoir connaîtront par exemple une baisse d’activité si les gens se mettent à moins fumer, à moins boire d’alcool ou à moins manger de viande.
Face à cette baisse d’activité subie, une entreprise, si elle conserve l’ensemble du personnel (avec l’ensemble de ses coûts salariaux) et si elle voit à la fois ses ventes baisser, sera irrémédiablement conduite à la faillite, avec pour conséquence la suppression de la totalité de ses emplois.
Pour pouvoir conserver ses emplois, une entreprise doit pouvoir réduire ses effectifs si elle se trouve confrontée à une baisse d’activité et de recettes.

Plus avant, la consommation des gens fluctue entre différents produits et entreprises : l’année 2015 peut voir par exemple une plus grande consommation de glaces au citron au détriment de la limonade, cependant que l’année 2016 montrera l’inverse. La consommation globale des gens est stable, mais se répartit de façon différente selon les années et les types de produits.
Dans ce contexte, il est naturel, et même salutaire, que l’entreprise de limonade licencie du personnel en 2015, lequel ira travailler dans l’entreprise de glaces au citron ; et inversement l’année suivante. Le taux d’emploi global est préservé, précisément grâce aux licenciements.
Sans licenciements par l’une des deux entreprises, du reste, l’autre entreprise manquerait d’ailleurs.
L’emploi n’est pas un « gâteau fixe », mais un turn-over permanent entre différents secteurs d’activité, les uns en expansion, les autres en repli, dans un incessant mouvement aléatoire et imprévisible.
Dans ce maelström de l’activité économique, le chômage n’est pas le produit des licenciements, mais simplement le différentiel entre les embauches et les licenciements : si les premières sont supérieures aux seconds, le chômage baisse ; si les seconds sont supérieurs aux premières, le chômage augmente.
Embauches et licenciements ont lieu chaque jour par milliers, de façon permanente. C’est là le fonctionnement normal, inévitable et « sain » d’une économie de marché.
Quels seraient les effets d’une « interdiction des licenciements » comme le prônent LO et le NPA ? Ils seraient doublement néfastes :
- les entreprises connaissant une baisse d’activité seraient conduites à la faillite, et à la suppression de la totalité de leur personnel ;
- les chefs d’entreprise, craignant de ne pas pouvoir licencier en cas de baisse d’activité, arrêteraient d’embaucher, même en cas de possibilité de développement de l’entreprise.
« L’interdiction de licenciement » prônée par LO et le NPA, loin de réduire le chômage, causerait au contraire une augmentation du chômage, par une multiplication des faillites et un arrêt des embauches et du développement économique.
Le principe « d’interdiction du licenciement » n’est jugé bénéfique que par des esprits qui ne connaissent pas le fonctionnement de l’économie ou qui réfléchissent peu. Ce slogan simpliste poursuit, au-delà de son « bon sens » idéologique, un objectif essentiellement séducteur et électoraliste.
Bien sûr, ces considérations s’inscrivent dans le cadre d’une économie de marché. Serait-ce à dire que LO et le NPA envisagent une autre forme d’organisation économique ? Mais quelle organisation économique diffère de celle de l’économie de marché ? L’économie dirigée soviétique, avec l’échec qu’on en a observé (inadéquation aux besoins, retard technologique, pénurie, appauvrissement de la population, émergence d’une aristocratie d’apparatchiks…) ?

Jean-Luc Mélenchon, de son côté, plus prudent, se cantonne à une interdiction des « licenciements boursiers ».
Qu’est-ce qu’un « licenciement boursier » ? Il s’agit, dans l’esprit de la gauche radicale, d’un licenciement qui n’est pas un « licenciement économique », c’est-à-dire qui survient alors que l’entreprise est prospère.
Pourquoi ce type de licenciement est-il surnommé « boursier » ? Parce qu’il est supposé, par sa baisse des coûts salariaux, augmenter les bénéfices de l’entreprise, donc augmenter le cours de son action en bourse et les dividendes des actionnaires.
Pour quelle raison une entreprise peut-elle se permettre ce type de licenciement ? Généralement parce qu’elle a opéré des gains de productivité, permis par la robotisation ou l’informatisation, lesquels outils permettent de réaliser la même production avec un effectif de personnel moindre. Plutôt que de réduire le temps de travail du personnel, l’entreprise supprime des effectifs, ce qui lui permet d’augmenter ses bénéfices, d’augmenter le cours de son action en bourse et de verser des dividendes aux actionnaires.
Ce type de licenciement est doublement bénéfique pour l’entreprise :
- à court terme, il lui permet de réduire ses coûts salariaux et d’augmenter ses bénéfices ;
- à moyen terme, ces licenciements nourrissent le chômage de masse, lequel génère un phénomène de « moins-disant salarial », permettant aux entreprises d’embaucher avec des salaires moindres, ce phénomène provoquant par agrégation une baisse générale des salaires, au profit des dividendes des actionnaires.
Ce type de « licenciement boursier » génère au moins six effets nocifs pour la société :
- il crée de nouveaux chômeurs (moins riches et moins heureux que des gens qui travaillent) ;
- il ne réduit pas le temps de travail du personnel (ce qui pourrait pourtant être permis par les gains de productivité) ;
- en nourrissant le chômage de masse, il concourt au moins-disant salarial et à la baisse générale des salaires des gens qui travaillent ;
- cette baisse générale des salaires entraîne une baisse générale des recettes de l’État (puisque les recettes de l’État proviennent en partie des revenus et de la consommation des ménages), donc un appauvrissement et un surendettement de l’État (devenu aujourd’hui critique) ;
- l’argent perdu par les salariés sur leurs salaires est autant d’argent supplémentaire de gagné pour les hauts salaires et les actionnaires, argent dont une grande partie s’évade vers les paradis fiscaux offshore (60 milliards d’euros par an), sans passer par les cases impôt ni consommation ;
- le chômage, la pauvreté et les inégalités sociales nourrissent le vote d’extrême droite.
Les licenciements effectués par une entreprise prospère grâce à des gains de productivité sont nocifs pour l’emploi et pour la société.

Cette (louable) volonté d’interdire les licenciements boursiers ne répond toutefois pas à un certain nombre de questions :
- Comment, concrètement, d’un point de vue légal, interdit-on à une entreprise d’effectuer des « licenciements boursiers » ?
- Comment distingue-t-on de façon rigoureuse les licenciements boursiers des licenciements économiques ?
- Les entreprises désirant effectuer des « licenciements boursiers » ne seront-elles pas tentée de les maquiller en (faux) licenciements économiques, ou de tricher de toute autre manière ?
- Si l’objectif poursuivi est la réduction du chômage, comment peut-on obliger ou permettre à une entreprise bénéficiant d’un gain de productivité de réduire le temps de travail de ses employés ?
- Quid de la réduction du temps de travail dans les petites entreprises (par exemple artisanales), qui ne réalisent pas de gains de productivité ?
- Si on légifère au seul niveau national, ne risque-t-on pas d’assister à une fuite des entreprises (et donc des emplois) vers l’étranger ? Ne serait-il pas plus opportun de légiférer au niveau international, voire dans l’idéal mondial (puisque le marché économique est mondial) ?
- Quel impact cette mesure aurait-elle sur le chômage ?
Ces questions ne sont pas éclairées par le programme de Jean-Luc Mélenchon.
C’est dommage, car la transformation des (énormes) gains de productivité en réduction du temps de travail est probablement la clef de l’éradication du chômage de masse (et de tous ses fléaux en cascade – paupérisation, accroissement des inégalités, endettement public, extrême droite…). S’il ne devait y avoir qu’une seule proposition dans un programme politique national, ce devrait être celle-là.
Interdire les « licenciements boursiers », donc : pourquoi pas ? Mais quels en seront les modalités et les effets ?

En conclusion, « interdire tout licenciement » est une ineptie économique qui conduirait la plupart de nos entreprises à la faillite, en jetant au chômage la totalité de leur personnel, et qui dissuaderait par ailleurs les chefs d’entreprise d’embaucher, générant des millions de chômeurs supplémentaires.
Quant à « interdire les licenciements boursiers », l’intention est sensée, mais quid de la mise en œuvre, du législatif et des effets produits ?

Christophe Chomant
17-04-17

 

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8 décembre 2015 2 08 /12 /décembre /2015 10:52

On sait que 30 % des Français votent FN à cause du chômage de masse, non résolu depuis 40 ans et considéré comme une « fatalité ».
Régler cette question, c’est-à-dire réguler le marché du travail lorsque la « main invisible » de Smith n’y parvient plus, relève pourtant de la mission du politique.
Les dirigeants du PS, de l’UDI et de l’UMP, qui n’ont pas réussi à supprimer le chômage de masse depuis 40 ans, sont bien mal placés pour s’indigner aujourd’hui du score FN.
Quelle est la cause du chômage de masse ? On sait qu’il est causé par le quintuplement de la productivité depuis 50 ans (automatisation, robotisation, informatisation) et la disparition durable de la croissance des Trente Glorieuses.
En conséquence, il n’y a guère d’autre solution, pour éradiquer le chômage de masse, que de réduire massivement le temps de travail, à 4 jours ou 32 heures par semaine, afin de partager le temps de travail entre les Français. Cette révolution sociale est devenue aujourd’hui incontournable, comme le fut en son temps celle de la semaine de 5 jours. Le remède nécessaire se situe bien au-delà de mesurettes nationales.
Comment procéder ?
Traitons le mal par sa cause : les entreprises dégageant de forts gains de productivité doivent, par pression fiscale, transformer les fruits de ces gains en emplois, plutôt que de licencier et augmenter les dividendes comme elles le font aujourd’hui grâce au renoncement des politiques.
Les petites entreprises commerciales ou artisanales, sans gains notables de productivité, doivent être aidées à embaucher et soulagées des charges Unedic.
Quand – oui, d’une façon keynésienne ! – nos politiciens mettront en œuvre le partage du temps de travail, le chômage de masse et le FN disparaîtront simultanément, car l’effet disparaît avec sa cause.
L’éradication du chômage de masse et de la misère, c’est ce que réussit Franklin Roosevelt en imposant le New Deal et la semaine de 5 jours aux États-Unis au début des années 1930, après la crise de 1929. L’Europe, qui ne sut pas le faire, hérita, elle, des fascismes allemand, italien et espagnol.
Mais le politicien français a-t-il encore du pouvoir et du courage ? Ou bien est-il comme un « hamster dans sa roue », poursuivant sa carrière, non concerné par les souffrances et paralysé devant l’action ?
Les scores FN ne s’apparentent-ils pas à un coup de règle sur les doigts ? Si oui, les politiciens français sauront-ils en prendre les justes mesure et leçon ? Si non, si la colère du peuple n’est pas entendue et si le chômage n’est pas traité, alors nous devons nous préparer à pire encore – des scores FN pires, ou pire que le FN…

Chr. Chomant, 08-12-15

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16 mars 2015 1 16 /03 /mars /2015 09:46

Dans les médias, à l’Assemblée nationale, Manuel Valls a crié au loup du FN. Avec la même efficacité qu’un sorcier faisant une danse pour empêcher la grêle. Car il est trop tard et rien n’y fera : les électeurs voteront massivement FN – ou s’abstiendront, ce qui revient au même. Les cris d’orfraie de Valls n’y changeront rien. Pire, ils risquent de légitimer et exacerber le mouvement.

Une question que ne se pose pas le Premier ministre (ou qu’il se pose mal) est : pourquoi les gens votent-ils FN ? Car agir sur le thermomètre n’est d’aucune efficacité sur la fièvre. À croire que nos hommes politiques, enfermés dans leurs couloirs feutrés, n’ont plus fait de porte à porte pour discuter avec les gens depuis longtemps. Ils y auraient pourtant appris que les Français votent FN pour au moins deux raisons majeures :

- Le chômage de masse entraîne la baisse des salaires, et l’appauvrissement des travailleurs et des moyens publics, au bénéfice des dividendes exilés dans les paradis fiscaux, ainsi qu’un sentiment d’insécurité sociale, fléaux face auxquels nos politiciens, de gauche comme de droite, restent les bras ballants, enfermés et paralysés dans leur huis clos sectaires. M. Le Pen ne propose pas de bonnes solutions. Mais elle en propose. Ce pourquoi, par défaut, les gens votent pour elle.

- La campagne présidentielle de F. Hollande (dirigée par M. Valls lui-même, rappelons-le), axée sur l'anti-sarkozysme et les valeurs, mais balayant d’un revers de manche les réalités de l’entreprise, de l’emploi et des finances publiques, promit plus qu’elle ne pouvait tenir, jetant aujourd’hui nombre d’électeurs socialistes et communistes désabusés dans les bras de la « bête immonde ». Dans certaines circonscription, 30 % des ex-électeurs de F. Hollande voteront cette fois FN.

L’analyse des causes n’est que la première étape, qui doit être suivie des remèdes :

- Contre le chômage, seule une redistribution du temps de travail réconciliera l’explosion de la productivité à la répartition du PIB. La croissance des Trente Glorieuses ne reviendra jamais. Et seul le retour au plein emploi éradiquera l’extrême droite. Il n’existe aucune autre voie.

- Il ne faut jamais promettre plus qu’on ne peut tenir. C’est une faute morale et politique majeure. le Parti Socialiste doit devenir et s’assumer social-démocrate, et ne plus jouer la sérénade du grand soir et du rasage gratis à des électeurs de gauche en perte de repère. Le changement, c’est maintenant : la pédagogie, pas la démagogie !

Une remarque sur l’évolution du FN : 35 % des Français sont-ils des nazis ? Évidemment non. Il faut remettre ce parti à sa vraie place, qui est celle d’une droite dure, nationaliste, à laquelle l’UMP, à force de s’édulcorer et de draguer sur les terres de gauche et du centre, a laissé le champ libre. L’UMP s’est en effet amollie en une droite républicaine universaliste ; l’UDI se proclame « droite de progrès » (sic) (ou lol, selon) ; le Modem est empli de socio-démocrates ; le PS campe sur de vieilles lunes marxistes ; et le PCF pèse 2 %. Cherchez l’erreur. C’est que, par électoralisme, l’ensemble de l’échiquier politique français a glissé vers la gauche, laissant sur sa droite une agora pour cette droite nationaliste, anti-européenne, anti-mondialiste et anti-libérale qu’est le FN. Si chacun commençait par récupérer et ré-assumer ses propres valeurs, on y verrait déjà plus clair, et il ne resterait pas de chaise vide pour la démagogie d’extrême droite.

Ne crie pas au loup, Manu : ce sont des moulinets dans le vide. Éradique plutôt le chômage, par des mesures imaginatives, audacieuses et radicales !

Christophe Chomant, le 16-03-2015

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6 février 2015 5 06 /02 /février /2015 11:24

 

On se retrouve de nouveau aujourd'hui, comme dans les années 1930, avec des extrémistes de gauche et de droite – tous anti-libéraux, anti-européens et anti-mondialistes – aux portes du pouvoir en Europe. Pourquoi ?

Parce qu'en dépit de la promesse de « main invisible » d'Adam Smith, l'économie de marché ne parvient pas à réguler naturellement le chômage de masse, plus exactement à ajuster la distribution du temps de travail aux bonds fulgurants de la productivité au cours des cinquante dernières années.

Le chômage de masse, par moins-disant salarial sur le marché du travail, entraîne mécaniquement une baisse générale des salaires et un appauvrissement de la population (que nous vivons depuis la fin du 20ème siècle).

Cet appauvrissement génère une baisse de la consommation, un déficit des recettes publiques (aggravé par l'exil fiscal), une augmentation des dépenses sociales (communes, départements, régions, État) et un accroissement de la dette publique, en une spirale sans fin.

La baisse de la consommation, de son côté, provoque une asphyxie de l'activité des entreprises et aggrave le chômage.

Tous ces phénomènes conjugués provoquent la défiance des électeurs à l'égard de la classe politique au pouvoir (depuis le PS jusque l'UMP) et de l'économie de marché. Cette défiance nourrit les extrémismes politiques, de gauche comme de droite, qui ne tarissent pas de démagogie.

Les promesses électoralistes (et non réalistes) de F. Hollande en 2012, plus encore, ont, de façon logique et prévisible, généré la transfusion massive d'électeurs de gauche, dupés et désabusés, vers le FN. C'était écrit.

Ne perdons pas de vue que la cause première de tous ces maux est le chômage de masse, et que la cause de cette cause première est la distorsion entre le quintuplement de la productivité depuis cinquante ans et le maintien de la semaine de travail définie en 1945 (par les communistes et gaullistes alors réunis) à 40 heures sur cinq jours par semaine, là où le PIB français n'aurait plus besoin aujourd'hui que de 30 heures réparties sur quatre jours pour que tout le monde puisse travailler.

Nous savons aussi que le taux de croissance des Trente Glorieuses ne reviendra jamais, et que même une reprise de la croissance à quelques points ne parviendra pas à résorber le chômage et restaurer le plein emploi.

Réduire et répartir le temps de travail pour éradiquer le chômage de masse, sans pour autant mettre en difficulté les entreprises ni déséquilibrer les comptes collectifs : telle est la gageure de notre pays, à laquelle bien peu d'hommes politiques (hormis Larrouturou ou De Robien) se sont attelés jusque-là.

Cet enjeu n'est ni de gauche ni de droite, ni modéré ni extrémiste. Il est simplement collectif et démocratique.

Le paramètre aggravant est que nos hommes politiques, de droite comme de gauche, enfermés dans des œillères gestionnaires, des logiques électoralistes et des querelles sectaires, ont renoncé au pouvoir politique qui leur est conféré par le bulletin de vote (et dont comptent bien en revanche se servir les extrémistes en embuscade).

Comment éradiquer les extrémismes politiques et autres fléaux issus du chômage de masse ? Par une révolution sociale de la distribution du temps de travail. Car dans une économie de marché, où l'argent et les profits existent pour les plus riches, seule la restauration du plein emploi permettra mécaniquement une augmentation des salaires pour les plus pauvres.

À ce titre, le schisme de l'UMP révélé (ou plutôt confirmé) par le 2ème tour de la législative partielle dans le Doubs n'est qu'un épiphénomène (dont les médias tirent bien sûr profit pour faire buzz et choux gras, mais sans analyse profonde) d'un problème global : la vraie question est celle du chômage de masse et de la distribution du temps de travail. C'est pour cette raison que des électeurs UMP se déchirent aujourd'hui entre voter FN ou PS – tout comme demain des électeurs PS se déchireront entre voter extrême gauche ou UMP. La racine et le carburant de ces dérives dangereuses sont le chômage de masse, la paupérisation, l'inquiétude et le sentiment d'injustice éprouvés par les couches populaires et moyennes.

Sans électrochoc social, sans révolution de la répartition du temps de travail, notre pays continuera de s'enfoncer dans le chômage, les déficits, la paupérisation et les montées extrémistes. Tout comme dans les années 1930. L'Histoire se répète. L'homme occidental d'aujourd'hui, pressurisé le jour par le rendement « compétitif », et drogué le soir à la télé abêtissante, a-t-il choisi le fatalisme et l'impuissance ?

Une éradication keynésienne du chômage de masse par une redistribution du temps de travail provoquerait une hausse mécanique des salaires et mettrait fin à la paupérisation, aux déficits publics et à l'extrême droite. Nous y viendrons certainement un jour, car, en l'absence d'une croissance significative, il n'y a probablement pas d'autre issue à l'ensemble de nos problèmes.

 

Christophe Chomant

06-02-2015

 

 

 

 

 

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2 juin 2014 1 02 /06 /juin /2014 12:43

Dimanche 25 mai 2014, à l’occasion des élections européennes, les électeurs français se sont prononcés à 25 % pour le FN, 20 % pour l’UMP et 15 % pour le PS. On pleure, on s’indigne, on hurle au loup, on manifeste même… pour un désastre pourtant programmé de longue date. Après la dérégulation euphorique des années 1990 et son résultat, le crack financier de 2008, le chômage de masse tire en effet les salaires vers le bas, accentue les inégalités et creuse les déficits publics, obligeant chacun à se serrer la ceinture. Pourquoi une telle défiance de l’électeur à l’égard de l’UMP et du PS ? Entre 2002 et 2012, la droite n’a pas réduit les déficits ; la gauche est condamnée à le faire aujourd’hui, oui, mais sans l’avoir annoncé dans son programme. Les Français, pris à la gorge, mal payés, surimposés, apauvris, dupés par la démagogie du « demain on rase gratis », se sentent trahis par les deux camps… et se jettent dans les bras du FN – ou s’abstiennent, ce qui revient au même.
Différents comportements observables dans les grands partis – carriérisme, professionnels de la politique, désignations non démocratiques, cumul horizontal et vertical des mandats, verrouillage des idées, préjugés de classe, querelles sectaires, inaction, etc… – viennent renforcer le vote anti-UMPS.
La gauche de la gauche, de son côté, qui n’a toujours pas intégré la faillite de l’économie dirigée exprimée par la chute du Mur, a perdu toute autorité sur le vote des ouvriers, employés et chômeurs, qui quittent le navire pour voter massivement FN. Cette gauche de la gauche ne se réduit plus qu’à une poignée de demi-intellectuels pratiquant le marxisme comme foi religieuse.
Quelles leçons tirer de ce réveil douloureux ?

1ère chose : le vote FN est la sanction d’un mensonge par omission
Le vote massif des électeurs des classes populaires – chômeurs, ouvriers, employés – pour le FN est le résultat direct de leur déception d’avoir voté pour un président qui leur promettait le « changement maintenant » mais qui avait soigneusement éludé les difficultés réelles de notre pays – à savoir un déficit public en chute libre et des entreprises incapables de créer de l’emploi sous le poids des charges. Ayant le sentiment d’avoir été dupé, le peuple se venge de la droite et de la gauche réunies : il vote en masse à l’extrême droite, qui leur promet à son tour monts et merveilles sur un tissu de contrevérités. Le vote populaire massif pour le FN aujourd’hui est le résultat direct des mensonges par omission de la campagne présidentielle de F. Hollande sur les difficultés de notre pays. Un vote qui continuera de s’aggraver tant que l’emploi ne sera pas de retour.

2ème chose : la politique menée actuellement est néanmoins la bonne
Contrairement à ce que prétendent les 41 députés socialistes « dissidents », la politique actuellement menée par Manuel Valls est pertinente : la France doit maîtriser ses dépenses pour équilibrer ses comptes, et oxygéner ses entreprises pour qu’elles soient en mesure de créer de vrais emplois productifs et durables. L’erreur, ce n’est pas la politique menée par Manuel Valls, c’est le fait de ne pas avoir annoncé la couleur pendant la campagne. À choisir, il eut mieux valu prévenir que des choses difficiles seraient à affronter. Quand Churchill annonce aux Londoniens « du sang, de la sueur et des larmes », il n’en devient pas moins populaire pour autant ; au contraire, son discours de vérité le rend plus crédible. À l’inverse, embellir l’horizon pour se faire élire plus facilement est forcément une bombe à retardement en terme de crédibilité, qui explose aujourd’hui à la figure de F. Hollande comme en témoigne son record d’impopularité. L’électeur populaire se sent trompé par les fausses promesses, et se venge durement.
Il n’était pourtant pas interdit de défendre des idées et valeurs de gauche tout en expliquant la vérité aux gens. « Ce n’est pas en dépensant qu’on réduit sa dette ; oxygéner l’entreprise pour créer de l’emploi ; la social-démocratie, pas la démagogie ! » pouvait-on lire textuellement sur mes affiches aux législatives 2012, sous l’étiquette « La Gauche Moderne ». Des slogans peu sexys certes, mais respectueux des contingences économiques.

3ème chose : la politique de redressement devra, pour revenir au plein emploi, se doubler d’un partage du temps de travail
La politique menée actuellement par Manuel Valls est pertinente et courageuse. Il s’agit toutefois d’une politique de « survie », de remise à flot. Cette politique vise à équilibrer nos comptes et créer de l’emploi. Elle ne sera malheureusement pas suffisante pour éradiquer le chômage de masse, lequel est la cause originelle en cascade des salaires tirés vers le bas, de la pauvreté, de la fuite du PIB vers les revenus du capital, du surendettement public, et, in fine, du vote FN.
Pour éradiquer le chômage de masse, qui est notre objectif final incontournable, nous devrons réfléchir aux conséquences du quintuplement de la productivité au cours des cinquante dernières années, et à la répartition du temps de travail, qui n’a pas changé depuis la semaine de cinq jours instaurée en 1945. Nous devons penser et préparer une révolution sociale, qui redistribuera de façon équitable le temps de travail et les revenus qui leur sont liés. Cette révolution sociale devra se faire de façon ni brutale ni sanglante, mais intelligente, pacifique et réfléchie. Elle respectera par exemple la différence entre les entreprises à fort ou faible gain de productivité, et versant ou non des dividendes. Par une fiscalité incitative, elle encouragera les entreprises qui le peuvent à partager le temps de travail et à créer de l’emploi, comme le réussit jadis la défunte loi de Robien.
Le retour au plein emploi par le partage du temps de travail réintroduira mécaniquement des salaires tirés à la hausse, colmatera les fuites du PIB, redistribuera le travail et la richesse au peuple, comblera les déficits publics, et éradiquera naturellement l’extrême droite. Il n'y a pas d'extrême droite dans une économie de plein emploi.
Pour mémoire, en 1932, trois ans après la crise de 1929, le président américain Roosevelt instaure la semaine de cinq jours et une harmonie fiscale dans l’ensemble des États, assurant des décennies de plein emploi, de richesse et de croissance en Amérique du Nord. En Europe, à la même époque, la semaine de cinq jours n’est pas instaurée. Le chômage, concentré sur l’Allemagne par le fait du Traité de Versailles, génère le nazisme et cinquante millions de morts. La semaine de cinq jours ne sera instaurée en France qu’en 1945, par un accord historique entre gaullistes et communistes. Faut-il des guerres pour que l’intelligence avance ?

Récapitulons :
- S’insurger contre le score élevé du FN part d’un bon sentiment, mais est une pleurnicherie inutile. La seule façon d’éradiquer le FN est d’éradiquer le chômage.
- Le score catastrophique du FN est le résultat combiné d’une droite qui n’a pas réduit les déficits publics et d’une campagne présidentielle socialiste qui n’a pas prévenu qu’elle allait devoir le faire.
- Remettre le pays sur les rails comme le fait aujourd’hui Manuel Valls est nécessaire pour sauver le pays, mais insuffisant pour éradiquer le chômage et le FN. Il nous faudra éradiquer le chômage de masse par une remise à plat de la distribution du temps de travail et du PIB dans notre pays – et au-delà. Nous devrons nous montrer keynésiens, contre la « main invisible » de Smith qui ne fonctionne pas dans ce contexte de chômage de masse.
- Être de gauche n’interdit pas d’expliquer avec franchise aux électeurs les difficultés économiques auxquelles le pays est confronté. Le Parti socialiste doit sur ce point opérer un aggiornamento.
- On peut être d’une gauche modérée et néanmoins militer pour une révolution sociale du partage de l’emploi et des richesses, que même des hommes politiques de droite et des chefs d’entreprise appellent de leurs vœux depuis plusieurs décennies.
À défaut, nous assisterons, impuissants, à des insurrections non contrôlées et/ou à l’accès de l’extrême droite au pouvoir, pour lesquels tous les ingrédients sont aujourd’hui réunis.

 

Christophe Chomant,
Social-Démocratie,
La justice sociale sans la démagogie.

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