La recherche du futur Premier ministre français offre un désolant spectacle de clanisme et querelles de chapelle au détriment de l’intérêt général.
Les résultats du 07-07-24 montrent que 80 % des Français n’ont pas voté pour « Ensemble » au 1er tour.
Malgré des efforts en faveur de l’emploi, notre pays compte toujours 6 millions d’inscrits à France Travail (le chômage ne se réduisant pas à la catégorie A), avec un accroissement des inégalités sociales reflété par l’augmentation symétrique du nombre de millionnaires et du nombre de pauvres (10 millions). Cette trajectoire inégalitaire, rejetée par les urnes, ne peut pas durer.
Le modèle du libéralisme non régulé (ou régulé a minima) et même favorisé par l’État (dit « néolibéralisme ») instauré dans les années 90 par Thatcher et Reagan atteint aujourd’hui ses limites. L’économie de marché a bien sûr ses vertus, mais, si elle est insuffisamment régulée, bascule dans des maux supérieurs à ses vertus.
Au-delà des querelles gauche/centre/droite, la France doit, contre le « business as usual », se réorienter vers une plus grande régulation politique de l’économie (ou « keynésianisme »), particulièrement dans quatre domaines :
- La France est aujourd’hui un marché ouvert à tous les vents en Europe, et l’UE est un marché ouvert à tous les vents dans le monde. Les travailleurs français s’y trouvent soumis à la concurrence salariale et sociale des travailleurs de l’Europe de l’Est et de l’autre bout du monde. Sauver nos emplois passera par une plus grande régulation et protection de nos échanges (en porte-à-faux avec le dogme anti-protectionniste de Bruxelles).
- La France s’est laissée désindustrialiser. Nous devons la ré-industrialiser, de manière éclairée, avec un plan volontariste de soutien financier, là aussi en porte-à-faux avec Bruxelles, qui interdit l’aide financière par un pays auprès de ses entreprises.
- Les innovations technologiques réduisent le temps de travail nécessaire à la production du PIB. Les entreprises utilisent aujourd’hui ces gains de productivité pour licencier et augmenter les dividendes. Nous devons intervenir, là encore de façon keynésienne (mais non par une loi globale) pour favoriser le partage du temps de travail là où se trouvent les gains de productivité et dividendes les plus élevés, de façon à ce que la réduction globale du temps de travail ne détruise pas l’emploi.
- Montrons-nous également vigilants aux impacts de l’immigration estudiantine et économique sur le marché du travail français (tout en sanctuarisant bien sûr l’immigration humanitaire et familiale). L’immigration économique est docile, bon marché et profitable pour les employeurs, au détriment des travailleurs français. On constate d’ailleurs que l’immigration en contexte de plein emploi n’est pas problématique du point de vue des classes populaires (le FN n’obtient que 0,75 % au 1er tour de la présidentielle de 1974), mais le devient en contexte de chômage de masse, qui conduit les classes populaires à plébisciter le programme anti-migratoire de l’extrême droite. A minima, pour ne pas être récupérée par l’extrême droite, l’immigration – économique, estudiantine, familiale et humanitaire – doit être exposée, explicitée et justifiée auprès des électeurs (dont 6 millions sont inscrits à France Travail).
La persistance du chômage de masse depuis 40 ans, avec une baisse globale des salaires et traitements de fonctionnaires par rapport à l’évolution du PIB (parce que les employeurs s’y trouvent en position de force pour imposer un moins-disant salarial), conduit la population à la frustration et au ressentiment, particulièrement les populations rurales, peu diplômées et demandeuses d’emploi, qui se sentent – à juste titre – lésées par le système. A contrario, les populations urbaines, diplômées et en emploi (dont fait partie la plupart des responsables politiques nationaux) ne voient les affres du chômage que de façon lointaine, abstraite, sans impact personnel.
Le chômage ne se réduit pas non plus simplement à une baisse des revenus, mais aussi à une perte du sentiment d’identité sociale, susceptible de se transfigurer en identitarisme nationaliste cultivé par le RN. Quoiqu’en pensent les libéraux, l’indemnisation du chômage (quand bien même généreuse) n’est pas suffisante pour le rendre indolore. L’emploi, c’est aussi l’identité sociale, le sentiment d’utilité et d’appartenance à un groupe.
Enfin, le chômage n’est pas qu’une cause directe de vote protestataire : en atteignant 30 % (cat.A) chez les 15-29 ans dans les Quartiers Prioritaires de la Politique de la Ville (QPV), il génère mécaniquement délinquance et criminalité, lesquelles, sur-relayées par les médias par souci de buzz et de profit, suscitent un vote sécuritaire mâtiné de racisme chez des Français en emploi ou retraités dans des campagnes tranquilles.
Notre futur Premier ministre, quel que soit son encartement politique (finalement secondaire), devra venir réguler l’économie de manière volontariste, de façon à éradiquer le chômage de masse, qui est le premier aliment du ressentiment et du vote régressif d’extrême droite.
Question : E. Macron, partisan d’une économie de marché régulée à minima, aura-t-il la capacité de désigner un Premier ministre keynésien ?
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