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30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 14:03

 

À l’heure où l’opération israélienne « Pilier de la défense » a tué de nombreux civils palestiniens, et où la Palestine vient enfin d’obtenir le statut « d’État observateur non membre » de l’ONU, il semble bon de se pencher sur ce conflit que l’on qualifie volontiers « d’insoluble ». Le conflit israélo-palestinien est récurrent depuis la création de l’État d’Israël en 1948. Il couvait même déjà depuis l’occupation de la Palestine par les troupes anglaises en 1917. Quelle est son histoire ? Quels sont ses blocages ? Quelles sont ses possibles perspectives de dénouement ?

 

Les origines antiques

Il y a un peu plus de trois mille ans, une tribu sumérienne installée à proximité d’Ur en Mésopotamie décide de marcher vers l’ouest et de s’établir au bord du littoral méditerranéen. Pour quelles raisons ? « Injonction de Dieu », selon son chef Abraham. Pour qui doute de l’existence de « Dieu », les motifs réels de l’exil décidé par Abraham demeurent inconnus. Établie au bord du littoral, la tribu vit en vase clos, refusant les mariages avec les autochtones cananéens. Une famine la pousse en Égypte. Des siècles plus tard, rentrant d’Égypte sous la direction de Moïse, les Hébreux conquièrent le pays de Canaan et s’y établissent durablement. Puis, chassés par les Romains vers l’an 70, les Hébreux sont contraints de se disperser dans le monde entier. L’existence de cette communauté éclatée oscillera entre cohabitation heureuse avec les habitants (en Andalousie ou en Afrique du Nord) et persécutions (pogroms dans les pays slaves ; Shoah entre 1934 et 1945).

 

 

La Déclaration Balfour

 

Deux millénaires après l’exil forcé des Juifs, au cours des années 1860-1870, la Palestine, province arabe de l’Empire ottoman, acquiert son indépendance. Mais, dans le cadre de la première guerre mondiale, en 1917, les troupes anglaises « libèrent » la Palestine de la domination ottomane et s’y établissent. Sous la pression du mouvement sioniste fondé par Theodor Herzl et de la diaspora juive (notamment Lord Rothschild), le Britannique Lord Balfour déclare par écrit que « le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un Foyer national pour le peuple juif. » Comme le fera remarquer Arthur Koestler, « une nation a solennellement promis à une seconde le territoire d’une troisième ». Le drame à venir est enclenché.

 

Shoah, Alya, Naqba

 

Pendant la seconde guerre mondiale, l’idéologie nazie commet la déportation et l’extermination de plusieurs millions de Juifs dans toute l’Europe. C’est la « Shoah ». En 1945, les Juifs survivants éprouvent la nécessité de quitter l’Europe pour une terre où ils se sentiraient en sécurité. C’est ainsi qu’ils émigrent massivement en direction de la Palestine, qu’ils considèrent comme leur appartenant, comme « donnée à eux par Dieu ». C’est « l’Alya », l’émigration en « Terre Sainte ». De nombreux Palestiniens voient leurs maisons et leurs terres confisquées de gré ou de force, sont expulsés, exterminés par des commandos juifs et contraints de s’exiler hors d’Israël, en Cisjordanie, dans la bande de Gaza et dans les pays arabes voisins – Liban, Syrie, Transjordanie, Égypte… C’est la « Naqba », la « catastrophe », du point de vue des Palestiniens. Point culminant de cette Naqba : dans la nuit du 8 au 9 avril 1948, le village de Deir Yâsîn, comptant 254 hommes, femmes et enfants palestiniens qui n’ont pas accepté de fuir sous la pression des colons juifs, est massacré froidement et méthodiquement, comme à Oradour-sur-Glane, par les commandos juifs Irgoun et Stern, dirigés par M. Begin. Terrorisés par ce massacre, les Palestiniens de l’ensemble du pays fuient alors en masse leurs maisons et leurs terres – ce qui était précisément l’objectif des commandos juifs : vider l’espace de façon à pouvoir l’occuper. « Il n’y a pas de place pour les deux peuples dans ce pays. Il n’existe pas d’autre moyen que de déplacer les Arabes dans les pays voisins, tous les Arabes. Tous doivent prendre la direction de la Syrie et de l’Irak, et même de la Transjordanie » avait déjà affirmé huit ans plus tôt, en 1940, Y. Weitz, responsable du développement des terres au Fonds national juif. Telle est restée la situation aujourd’hui, soixante-quatre ans après la création de l’État d’Israël : un peuple est venu s’établir après deux mille ans d’exil sur une terre qu’il considère comme étant « la sienne » ; un autre peuple qui vivait là depuis deux mille ans se trouve terrorisé, exproprié et chassé pour lui céder la place.

 

Création d’un état religieux juif sur la terre de Palestine

 

1948 voit la création d’un État religieux juif, Israël, sur le territoire de la Palestine. Cette création est applaudie par la communauté internationale, éprise de compassion à l’égard des Juifs martyrs de la barbarie nazie. Cette communauté internationale en a-t-elle correctement évalué la légitimité, les enjeux et les conséquences ? Un état est en effet créé là où existait déjà un autre État (privé de ses droits par les Anglais) : celui de Palestine, habité par les Palestiniens.

 

Par surcroît, cet État d’Israël n’est pas un État laïc qui permettrait une cohabitation égalitaire des deux communautés juive et arabe musulmane ; il s’agit d’un État religieux, fondé sur la croyance en la religion juive et l’appartenance à la « communauté juive », fondé sur la croyance en la « terre promise » donnée par « Dieu » au « peuple élu ». Ce caractère religieux de l’État créé ne va pas favoriser le respect de l’égalité des droits entre les citoyens des deux communautés.

 

Après la prétendue « libération » (en réalité la colonisation) de la Palestine par les Anglais et la Déclaration Balfour en 1917, deux événements sont donc la cause originelle d’un conflit aujourd’hui réputé insoluble : le fait de créer un État là où il en existait déjà un ; le fait que cet État créé soit non pas laïc mais religieux.

 

Cette création d’un État religieux juif sur le territoire de Palestine en 1948 soulève plusieurs questions :

 

La terre de Palestine « appartient-elle » aux Juifs ?

 

La terre de Palestine appartient-elle aux Juifs, comme le prétendent certains Religieux ? Peut-on s’arroger la propriété d’une terre au motif qu’elle a été habitée par ses ancêtres deux millénaires auparavant, et alors que d’autres personnes l’ont habitée depuis ? Peut-on revendiquer la propriété d’une terre en arguant du fait qu’elle a été donnée ou « promise » par « Dieu » ? Selon quels fondements la communauté juive, en 1945, considère-t-elle le territoire de Palestine comme étant sa « propriété » ? De quel droit, réciproquement, les Palestiniens, qui habitent sur place depuis toujours, sont-ils expulsés de leurs maisons et de leurs terres ? Ces différentes questions en soulèvent deux autres : un « peuple » possède-t-il un sol ? Qu’est-ce que la « judéité » ?

 

Un « peuple » possède-t-il un sol ?

 

Nous savons qu’un individu, à l’échelle de sa vie, dans tous les pays, a des droits officiels et peut notamment détenir une propriété – une maison, un terrain. En est-il de même d’un « peuple », c’est-à-dire d’un ensemble d’individus, ce à l’échelle de quarante générations ? Ai-je, moi, aujourd’hui, des droits sur un terrain du Périgord au motif que l’un de mes ancêtres y a vécu il y a deux mille ans ? Non. Pour récupérer ce terrain, pourrais-je arguer du fait qu’il m’a été « promis par Dieu » ? L’argument n’est pas non plus tenable. Réciproquement, peut-on chasser un être humain de sa maison et de son terrain au motif qu’un autre le réclame au nom d’un droit ancestral cautionné par « Dieu » ? Un « peuple » (c’est-à-dire un ensemble d’individus) peut-il se déclarer « propriétaire » d’un territoire au nom d’une ancestralité avalisée par Dieu ? Peut-il s’absenter d’une terre et revenir y faire la place deux mille ans plus tard, chasser les habitants de leurs maisons et de leurs terrains ? Si la récupération d’une propriété confisquée a un sens et une légitimité à l’échelle de la vie individuelle, en a-t-elle à l’échelle d’un « peuple » et de quarante générations ? Qui a légitimement le droit de se prétendre « propriétaire » d’une maison ou d’un terrain : un « peuple » à l’échelle des millénaires, ou un individu à l’échelle de sa propre vie ?

 

Qu’est-ce que la « judéité » ?

 

Nous savons que tous les êtres humains appartiennent à l’espèce humaine homo sapiens sapiens apparue il y a une centaine de milliers d’années. Nous savons ce qu’est être blanc ou noir : une question de couleur de peau. Nous savons ce qu’est être bouddhiste ou protestant : une question de religion. Nous savons ce qu’est être A1sacien ou Breton : le fait d’habiter dans telle ou telle région.

 

Mais qu’est-ce qu’être « Juif » ? Quel est le sens de ce qualificatif ? S’agit-il d’une caractéristique religieuse, ethnique, culturelle ?

 

S’agit-il d’une religion ? Dans ce cas, la religion étant une affaire privée, donne-t-elle le droit à la revendication d’une maison ou d’un terrain et à l’expulsion de ses habitants ?

 

S’agit-il d’une appartenance ethnique, « génétique » (si l’on s’en réfère à la coutume du « mariage fermé » et à la « filiation par la mère ») ? Cette notion, au-delà de son caractère « raciste », ne se met-elle pas en porte-à-faux avec l’universalité génétique d’homo sapiens sapiens ? Quelle est par ailleurs la valeur de cette « appartenance ethnique » si l’on considère le brassage manifeste des gènes entre Juifs et non-Juifs depuis deux mille ans ?

 

S’agit-il seulement d’une culture ? Alors en quoi se justifierait la création d’un État, et qui plus est d’un État religieux ?

 

La question de la « judéité » – de ses fondements, de sa nature, de ses justifications – interroge donc, autant que celle de la « propriété » intergénérationnelle d’un territoire par un « peuple ».

 

La question finale qui peut être posée est : en quoi un ensemble d’être humains peuvent-ils chasser de leurs maisons et de leurs terrains d’autres êtres humains au motif que leurs ancêtres ont occupé cette terre deux mille ans auparavant ?

 

L’impasse actuelle

 

Au-delà de ces questions, la situation actuelle est la suivante :

 

- Une population de 5.700.000 Juifs issus de la diaspora occupe ou contrôle 98,7 % du territoire de Palestine (puisque seule la bande de Gaza n’est pas sous le contrôle d’Israël) et a créé, avec l’aval de l’ONU, un État religieux pour y entériner et légitimer sa présence ;

 

- 8.000.000 de Palestiniens vivent hors de l’État d’Israël – reclus en Cisjordanie, dans la bande de Gaza (sous embargo, avec le minimum vital) ou exilés dans les pays arabes limitrophes ;

 

- la communauté internationale est partagée entre sa compassion à l’égard des Juifs martyrs de la Shoah, sa responsabilité d’avoir accepté la création d’un État juif religieux sur le territoire de la Palestine en 1948 et sa compréhension du drame humain palestinien. Elle est partagée entre deux compassions contradictoires. Elle est donc impuissante, ne sachant comment « trancher » ni comment « aller de l’avant ».

 

De fait, Israël et les territoires palestiniens sont depuis 1948 en guerre permanente, avec un bilan de milliers de morts civils de part et d’autre (beaucoup plus du côté arabe que juif).

 

Cette situation conflictuelle est en apparence insoluble parce que :

 

- jamais les Juifs n’accepteront de remettre en cause la légitimité de l’État d’Israël, dont ils estiment avoir hérité la propriété d’un droit ancestral ou de Dieu, ni de laïciser leur État, ni d’envisager l’égalité des droits avec les Arabes musulmans, ni d’envisager la libre circulation des Palestiniens sur le territoire Palestine-Israël ;

 

- jamais les Palestiniens, de leur côté, n’accepteront ni ne pardonneront d’avoir été chassés par les Juifs de leurs maisons, de leurs terrains et de leur pays, avec la complicité bienveillante de la communauté internationale.

 

Le processus de séparation ethnique initié par les Juifs en 1948 et cautionné par l’Occident est sans issue pacifique.

 

Ce qui aurait pu être fait

 

Pour essayer d’entrevoir quelles solutions auraient pu être envisagées, nous pouvons nous fonder, au nom des Droits de l’homme, sur les principes axiomatiques suivants :

 

- On ne peut pas interdire aux Juifs qui le souhaitent de venir s’établir sur le sol de Palestine ;

 

- On ne peut pas obliger les Palestiniens à céder leurs biens ou se déplacer ;

 

- Le fait d’avoir subi le drame de la Shoah, aussi horrible fut-il, ne donne pas aux Juifs le droit de priver les Palestiniens de leurs propres droits.

 

Dans ce cadre, en 1945, les pays occidentaux auraient pu financer un fonds mondial pour l’achat légal, au prix fort, de maisons et de terrains auprès de Palestiniens volontaires pour vendre leurs biens, ce sans recours à la force, ni pression, ni expulsion, ni exécutions, ni massacres, ni exil.

 

Les pays occidentaux auraient pu également, de façon cohérente avec cette démarche, empêcher l’instauration d’un État religieux juif à l’intérieur d’un pays, et contribuer à la transformation de la Palestine en un État laïc égalitaire et multiconfessionnel, permettant au deux communautés musulmane et juive de vivre en bonne intelligence sur le même sol. Il y avait, il y aurait eu, de la place pour tout le monde.

 

Les Palestiniens volontaires auraient pu vendre leurs biens immobiliers à un prix fort leur assurant une vie plus que décente, soit sur le sol de Palestine soit à l’étranger. Il n’y aurait pas eu d’expulsions, ni de menaces, ni de massacres, ni de camps de réfugiés, ni de « ghetto de Gaza ». Considérés comme des citoyens égaux aux Juifs en droit et en dignité dans un État de Palestine laïc et multiconfessionnel, les Palestiniens n’auraient pas souffert et n’auraient donc pas nourri de ressentiment à l’égard des Juifs comme c’est aujourd’hui le cas.

 

Si les pays occidentaux, à commencer par la Grande-Bretagne, avaient procédé de cette façon, la situation serait aujourd’hui celle d’un État laïc, égalitaire, multiethnique, multiculturel et multiconfessionnel vivant en paix.

 

Financement du fonds d’achat légal

 

Qui aurait financé ce fond d’achat légal des biens palestiniens ? Les Juifs ? Non. Car ils ne sont pas responsables de la Shoah (qui est la cause de l’Alya).

 

La responsabilité de la Shoah incombe aux pays occidentaux, à la deuxième guerre mondiale, à la montée du nazisme, à la crise financière de 1929, à la spéculation boursière, au Traité de Versailles, à la première guerre mondiale… Elle incombe de façon globale aux pays occidentaux belligérants entre 1914 et 1945.

 

En 1945, c’était donc aux pays occidentaux réunis, les pays d’Alya en particulier (France, Angleterre, Espagne, Maghreb, États-Unis, mais aussi Argentine, Russie…), de financer un fonds d’achat légal des biens palestiniens, dans le contexte, nous l’avons dit, d’un État de Palestine laïc, égalitaire et multiconfessionnel établi par les Nations Unies.

 

Chaque pays concerné aurait pu cotiser à ce fonds à hauteur de l’effectif de sa diaspora juive émigrant en Palestine.

 

La face du Proche Orient en serait aujourd’hui différente.

 

Au lieu de cela, les pays occidentaux ont laissé les Juifs exproprier les Palestiniens et créer un État religieux juif à la place de l’État palestinien.

 

Il est vrai que les pays occidentaux avaient alors d’autres urgences à régler, des finances exsangues et un sentiment de culpabilité et de redevance vis-à-vis de la communauté juive, à laquelle ils ont laissé les mains libres sur le sol palestinien. Les pays occidentaux se sont débarrassés à bon compte de la question juive par le sacrifice de la Palestine et des Palestiniens, considérés comme menu fretin.

 

Est-il trop tard pour bien faire ?

 

A-t-on procédé à l’estimation des biens – maisons, terrains – confisqués aux Palestiniens et des préjudices subis par leur exil ? Cette estimation est-elle irréalisable ? La valeur financière de cette estimation est-elle hors de portée des capacités financières actuelles des nations occidentales réunies ?

 

Lorsqu’un conflit – entre deux enfants, entre deux conjoints, entre deux familles – a pour origine une spoliation ou une injustice de nature légale et/ou financière, on sait que ce conflit n’a pas d’autre issue que la réparation de l’injustice initiale. Lorsque la justice est rétablie, même des décennies plus tard, le ressentiment s’apaise et le conflit s’éteint de lui-même, privé de raison d’être.

 

La solution

 

Il existe une solution au conflit israélo-palestinien : que les pays occidentaux évaluent le préjudice subi par chaque famille palestinienne à l’époque de la Naqba et réunissent les fonds nécessaires à leur indemnisation au prix fort. De la réparation naîtra l’apaisement et se dissoudront les rancœurs. Et seulement d’elle. Tant que vivront des Juifs et des Palestiniens, aucune autre issue ne sera à espérer.

 

L’ONU devra par ailleurs demander – au besoin imposer – à Israël la stricte égalité de droits sur son sol entre les citoyens juifs et arabes musulmans, sous peine d’être une société d’apartheid, raciste et ségrégationniste. Une fois cette égalité établie, les questions de « frontière » entre Israël et la Palestine n’auraient plus d’enjeu, n’auraient plus lieu d’être, non plus que la plupart des résolutions de l’ONU, non plus que le fameux « mur de la honte », les checkpoints, les vérifications d’identité, les miradors ou les embargos contre Gaza. Les Juifs et les Arabes cohabiteraient sur un même vaste territoire à égalité de droit. Ce tout simplement parce que, au-delà de leur différence religieuse, ils sont les uns et les autres des homo sapiens sapiens et qu’aucun ne détient plus que l’autre le « droit divin ou ancestral » de vivre sur cette terre ni de refouler son frère derrière des murs.

 

Oui, une solution existe : dédommager financièrement les Palestiniens au prix fort grâce à la constitution d’un fonds occidental, laïciser Israël et faire tomber les frontières entre les deux communautés.

 

Il est hautement probable qu’Israël et les Juifs du monde entier rejettent farouchement ce scénario. Ils comprendront un jour qu’il en va de leur propre intérêt, s’ils veulent vivre en paix et en sécurité parmi les Palestiniens sur le territoire de Palestine, que « Dieu » n’a donné à personne.

 

Un enjeu important pour la France

 

La France est probablement le pays du monde qui combine la plus forte proportion à la fois de citoyens juifs (entre 500.000 et 600.000), sensibles au sort des Juifs d’Israël, et de citoyens musulmans d’origine arabe (entre 5 et 6 millions), sensibles au sort des Arabes musulmans de Palestine et d’Israël. La France est donc le pays pour lequel l’impact négatif du conflit israélo-palestinien est le plus fort, qui risque notamment d’engendrer le plus de tensions, d’actes criminels et terroristes sur son territoire (comme en témoigne récemment le drame de l’affaire Mérah). La résolution du conflit israélo-palestinien est un enjeu majeur pour la France, très attachée au respect de ses communautés à la fois juive et musulmane, sans lesquelles la France ne serait pas la France.

 

 

 

Enfin, au-delà de l’intérêt de la France, il en va bien sûr de l’intérêt des populations palestiniennes, mais aussi de la communauté juive israélienne. Dans la défiance, la ségrégation, l’oppression, l’humiliation, la tension, la violence et la peur, on ne vit pas en homme ; on survit, en sous-homme.

 

 

La Déclaration de Lord Balfour de 1917, après avoir promis à Lord Rothschild la possibilité d’établissement d’un foyer juif en Palestine, précise : « …étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine. » Si on veut régler le conflit israélo-palestinien, il ne reste donc plus qu’à accomplir la Déclaration Balfour jusqu’à son point final – elle qui en fut le point de départ.

 

 

Chr. Chomant, 30-11-2012

 

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27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 14:57

M Rocard porte un regard pessimiste sur les perspectives de croissance française à court terme. Il parle d'une probable entrée en «récession».

 

Manque de réactivité du gouvernement

 

Le gouvernement «était très lent à réagir», avant que n'intervienne la «grosse correction» des mesures en faveur de la compétitivité des entreprises, annoncées le 6 novembre par Jean-Marc Ayrault analyse-t-il. «Depuis vingt-cinq ans, jamais aucun gouvernement de la République, de droite ou de gauche, n'a pris une mesure conjoncturelle aussi forte». Pour l'ancien Premier ministre, «la prise en compte [par le gouvernement] du fait que nous sommes dans une vraie crise et pour des années n'est pas encore totalement faite». L'explication c'est que «François Hollande est un social-démocrate depuis trente ans. Il n'a pourtant pas eu la tête à l'économie et il est resté un homme formé par l'action politique quotidienne. Et l'action politique quotidienne a l'inconvénient de vous raccourcir l'horizon, centré sur le court terme», poursuit Michel Rocard.

 

Solidarité européenne

Face à ce constat pessimiste, il relève l'importance de la solidarité entre pays de la zone euro. «Il est impératif que l'Europe soit soudée face à cette mutation», explique-t-il en donnant en exemple l'évolution des derniers mois de l'Allemagne. Cette dernière «est en train d'entrer en récession par la baisse de ses ventes (exportations vers les pays européens affectés par la crise). Du coup, elle se découvre solidaire malgré elle».

 

Décalage idéologique du Front de gauche

Michel Rocard aborde enfin les relations houleuses entre le PS et le Front de gauche: «Je ne sais pas s'il [le FG] est capable d'analyser la situation telle qu'elle est. Il a toujours dans la tête une idée d'économie administrée. Le Front de gauche est un extraterrestre».

27-11-2012

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23 novembre 2012 5 23 /11 /novembre /2012 14:01

L’amélioration de l’état financier de notre pays, asphyxié par la dette souveraine et le manque de croissance, passe par une combinaison habile entre une réduction des dépenses (qui ne pénalise pas la protection sociale) et une fiscalisation (qui ne pénalise pas le dynamisme économique et l’emploi). Les dépenses de santé sont souvent pointées du doigt comme responsables d’une partie des déficits publics. Sur quels leviers peut-on agir pour réduire ces dépenses ? Quelques données et réflexions concernant les soins, les médicaments, la cigarette, l’alcool et le vieillissement de la population :

 

Les soins

Aujourd’hui, un médecin de garde ne se déplace plus à domicile en cas de nécessité. En conséquence, les gens se rendent aux urgences pour des motifs parfois bénins. Les usagers connaissent-ils le coût d’une entrée aux urgences pour la collectivité ? Il est de 280 €. Ne serait-il pas moins coûteux de faire déplacer un médecin de garde, qui serait rémunéré pour l’occasion entre 50 et 80 € – avec un ticket symbolique (par exemple de 5 € ?) restant à charge de l’usager pour éviter les abus ?

Concernant la part symbolique de participation de l’usager, le citoyen français souhaite généralement avoir le droit de bénéficier de toutes les protections gratuites possibles tout en payant le moins possible d’impôts. Eh bien non : 1°) Une protection sociale de qualité a un coût, qui implique la collecte de cotisations ; 2°) Si on veut éviter les gaspillages (donc les surcoûts, donc les augmentations d’impôts), tout ne doit pas être gratuit. Des participations symboliques doivent être demandées au citoyen-usager (dans le domaine des soins et des médicaments) pour le responsabiliser sur le coût des bienfaits collectifs, ce qui évite les gaspillages, c’est-à-dire les dépenses inutiles. Cette responsabilisation du citoyen n’est aucunement droitière ; elle est simplement humaniste : elle rend l’homme responsable et maître de ses actes.

 

Les médicaments

25 % de génériques sont vendus en France contre 65 % en Allemagne. Cette différence constitue un gros surcoût pour notre pays. S’agit-il d’une « fatalité française » contre laquelle on ne peut rien faire ? Ou bien faisons-nous évoluer les pratiques ?

Autre remarque : un usager peut ressortir d’une pharmacie sans avoir la moindre idée du coût des produits qu’il emporte dans son sac, parce que le pharmacien lui a fait bénéficier du tiers payant par sa mutuelle et qu’il enregistre les produits par scanner du code-barre. Est-ce responsabilisant ? Le pharmacien ne peut-il donner à l’usager la connaissance de ce coût ?

 

La cigarette

Une ville de 75.000 habitants : c’est l’équivalent chaque année du nombre de Français qui meurent d’une maladie causée par le tabac. Au-delà de la catastrophe humaine, le coût des maladies causées par le tabac est un gouffre financier : 18 milliards d’euros. Est-il juste que les non-fumeurs financent les maladies des fumeurs ? Le paquet de cigarettes est-il trop cher, comme s’en plaignent souvent les fumeurs ? Les taxes sur le tabac font rentrer chaque année 12 milliards d’euros de recettes, soit beaucoup moins que le coût des maladies, laissant 6 milliards d’euros à la charge de la collectivité. En Irlande, le paquet de cigarettes est à 10 €… et en discussion pour être porté à 15 €. À ce niveau, les coûts de santé du tabac sont assurés par les fumeurs… et le tabac ne crée pas un trou de plusieurs milliards dans les comptes de la santé.

Sans compter que la baisse du nombre de fumeurs – qui est bien entendu souhaitable – entraîne une baisse des recettes destinées à financer les maladies du tabac. Il est donc nécessaire que les recettes soient nettement supérieures au coût des maladies, de façon à pouvoir anticiper la baisse du nombre de fumeurs et garantir le financement de leur traitement dans les décennies à venir. Les cancers à soigner dans trente ans concerneront en effet des personnes qui fument aujourd’hui mais ne fumeront peut-être plus demain.

Enfin, les femmes enceintes sont plus nombreuses à fumer en France qu’en Allemagne. On sait que le tabac pendant la grossesse altère la croissance et les capacités intellectuelles de l’enfant à naître. La facture à payer dans les années à venir en terme de santé et d’éducation sera bien sûr plus élevée dans notre pays. Le développement du tabagisme chez les femmes au cours des dernières décennies entraîne un « double coût » social : celui de leurs propres maladies et celui des troubles développés chez les enfants du tabac. Reste-t-on les bras croisés face à cette supposée autre « fatalité » française, qui est une « bombe à retardement » en terme de coûts sociaux ?

 

L’alcool

C’est, avec la cigarette, l’autre grande consommation coûteuse pour la collectivité en terme de soins de maladies. Or, la bière est la boisson par laquelle les adolescents s’initient à la consommation d’alcool, par laquelle les citoyens Français "entrent" dans l'alcool et dans l'alcoolisme. La bière française est parmi les moins taxées d’Europe. Taxer la bière en France permettrait à la fois de dissuader l’accès des jeunes à l’alcool, et de financer une partie des coûts de santé occasionnés par ce fléau. A-t-on peur de contrarier les électeurs buveurs de bière ? Ou trouve-t-on le courage de prendre des mesures politiques qui poursuivent l’intérêt de la population ?

 

Le vieillissement de la population

Indépendamment des économies susceptibles d’être réalisées, les dépenses de santé augmentent de façon naturelle et inexorable parce que la population vieillit et exige plus de soins. Avec l’élévation de l’espérance de vie, la fréquence des personnes malades augmente. La perte d’autonomie, notamment, a un coût. Pour cette seule raison, les dépenses de santé croissent naturellement chaque année d’environ 4 % (pour atteindre en 2013 entre 175 et 180 milliards d’euros). Comment finance-t-on cette augmentation constante ? Par des économies ? A réaliser sur quel poste ? Par une augmentation des cotisations des actifs ? Par une augmentation de la durée du travail (donc des cotisations sociales)…? Et si on responsabilisait les citoyens en leur expliquant la situation et en leur demandant leur avis ?

 

Maîtriser les dépenses, réduire les gaspillages, réaliser des économies, ajuster les recettes partout là où c’est possible… et ceci sans réduire la qualité des soins ni altérer la protection sociale : tel est le défi difficile auquel sont confrontés aujourd’hui notre gouvernement et notre ministre des Affaires sociales et de la Santé Marisol Touraine.

 

Chr. Chomant, 23-11-2012

 

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