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9 avril 2014 3 09 /04 /avril /2014 17:41

Mardi 8 avril 2014 à 15h, le Premier Ministre Manuel Valls a prononcé devant l’Assemblée Nationale son « Discours de politique générale ». Un discours parfaitement en phase avec les contingences de notre pays et les missions qui incombent au gouvernement. Les propos de Manuel Valls sont lucides, énergiques et courageux, sans hypocrisie ni faiblesse. C’est le discours d’une gauche moderne, réaliste et combative, sans dogmatisme ni démagogie :

Monsieur le président, Mesdames, messieurs les députés,
Trop de souffrance, pas assez d’espérance, telle est la situation de la France. Et c’est conscient de cette réalité que je me présente devant vous. Les Français nous regardent. Ils attendent beaucoup de nous. Et mon devoir, c’est de me hisser à la hauteur de leurs exigences. Par leur vote ou leur abstention historique lors des dernières élections municipales, ils ont dit leur déception, leur doute, leur mécontentement et parfois leur colère. Ils ont dit leur peur de l’avenir. Leur avenir, et celui de leurs enfants. Et puis il y aussi cette exaspération quand, à la feuille de paie déjà trop faible, s’ajoute la feuille d’impôt trop lourde. Enfin, ils ont exprimé leur soif de justice.
J’ai entendu leur voix. J’ai aussi entendu leur silence.
Ils se sont prononcés contre l’impuissance politique. Ils veulent des résultats concrets en matière d’emploi, de lutte contre la précarité, de vie chère.
Ce message, très clair, le Président de la République l’a entendu. Il en a tiré les enseignements politiques.
Et c’est conscient de la responsabilité que m’a confiée le Chef de l’État que je me présente devant vous, pour ouvrir une nouvelle étape du quinquennat.
Je veux rendre, ici, hommage à Jean-Marc Ayrault. Il a agi avec droiture, sens de l’État, pendant vingt-deux mois. J’ai été fier d’être son ministre de l’Intérieur, comme socialiste, comme républicain et comme patriote.
Dans des circonstances bien différentes, à cette même tribune, il y a soixante ans, un homme nous a montré la voie. Le mot d’ordre de Pierre Mendès-France – dire la vérité – m’oblige, nous oblige. La vérité, c’est le premier principe de la démocratie.
Je dirai donc la vérité aux Français. Je la leur dois.
Vérité sur la situation d’urgence de notre pays. Vérité sur les solutions qu’il faut y apporter.
La France est à un moment de son histoire où il faut se concentrer sur l’essentiel.
Et l’essentiel, c’est de redonner confiance aux Français dans leur avenir. Dire l’essentiel pour retrouver l’essentiel : la confiance des Français. Tel sera mon propos.

Mesdames et messieurs les députés,
La réalité est là, et il faut la regarder, sans trembler.
J’ai vu, j’ai écouté ces retraités qui, à l’issue d’une existence d’efforts, vivent avec une maigre pension ; ces ouvriers qui attendent, depuis trop longtemps, de pouvoir retravailler ; ces salariés précaires pour qui le quotidien n’est pas le travail, mais la survie ; ces patrons de PME, ces artisans, ces commerçants qui n’ont qu’une seule obsession : sauver leur activité pour sauver leurs équipes ; ces agriculteurs, attachés à leur exploitation, qui font face à l’endettement et aussi à une forme de solitude. J’ai vu ces visages fermés. Ces gorges nouées. Ces lèvres serrées…
Disons les choses simplement : beaucoup de nos compatriotes n’y croient plus. Ils ne nous entendent plus. La parole publique est devenue pour eux une langue morte. Le présent est instable, l’avenir est illisible. Peu de Français se sentent à l’abri. Ils se disent qu’il ne suffirait pas de grand-chose pour perdre ce qu’ils ont construit pour eux et pour leurs enfants.
Voilà, la peur lancinante du déclassement !
Mais la crise économique et sociale n’explique pas, à elle seule, la crise de confiance. Il y a aussi une crise civique, une crise d’identité.
Dans un monde qui bouge si vite, les Français doutent de la capacité de notre modèle républicain à promouvoir, à protéger et à intégrer.
Dès lors, la tentation du repli devient plus grande, partout, dans nos territoires ruraux, périurbains, mais aussi dans nos villes lézardées par des fractures communautaristes qui prennent le dessus sur l’idée d’appartenir à une même nation.
Nous assistons également à une montée du racisme, de l’antisémitisme, de l’intolérance. Et les paroles, les actes anti-juifs, anti-musulmans, anti-chrétiens, homophobes, doivent être combattus avec une même fermeté.
Notre société est traversée par la violence. Il y a la menace terroriste qui s’est globalisée et qui pèse sur nos démocraties. Il y a surtout la violence du quotidien. Ce phénomène n’est pas nouveau : les atteintes aux personnes sont en progression continue depuis plus de trente ans. Le phénomène inédit, c’est que la délinquance se déplace vers des territoires – je pense aux villes moyennes, aux villages – qui, jusqu’à présent, avaient le sentiment d’être épargnés. Nos quartiers populaires sont gangrenés par ce fléau que sont les trafics de drogue. Ils abîment une part de notre jeunesse et, pour fructifier, tentent d’imposer un autre ordre que celui de la République. L’augmentation des cambriolages depuis cinq ans est majoritairement responsable de la hausse du sentiment d’insécurité. Se faire voler, et surtout quand on a peu, est un traumatisme profond. Il y a enfin toutes ces incivilités, ces défis, ces bravades, contestant l’autorité et qui pourrissent la vie des gens. Tout cela joue sur le moral de nos concitoyens. La vérité, la voilà ! Le pire serait de fermer les yeux.

Mesdames et messieurs les députés,
La première chose que je dois aux Français, c’est l’efficacité. C’est pour cela que j’ai composé un gouvernement compact, resserré et solidaire
Solidaire, ce gouvernement est aussi paritaire ! Parce que l’égalité femmes-hommes est au cœur de toute société moderne.
La seconde chose que je dois aux Français, c’est la sincérité.
La sincérité, c’est expliquer.
Je crois que nous n’avons – tous ici ! – pas donné assez de sens aux efforts et aux sacrifices que les Français consentent depuis des années.
Le monde dans lequel la France agit et tient son rang est un monde riche d’opportunités mais il est également dur, injuste, parfois violent.
Dans une économie globalisée, nos entreprises font face à une concurrence mondiale, qui ne leur fait pas de cadeau. Il faut donc les protéger. C’est également le cas pour notre culture qu’il faut soutenir, et aussi défendre parce qu’elle est exceptionnelle.
Notre monde, c’est aussi l’ère du numérique qui relie les hommes et qui accélère l’échange des savoirs, des marchandises, des services. Et c’est pourquoi la fracture numérique est bien plus qu’une fracture technique, c’est une fracture économique, sociale et culturelle !
Face à toutes ces mutations, nous n’avons pas d’autre choix que de nous mettre au niveau. Le plus élevé. Et de prendre nos responsabilités en développant notre attractivité, notre compétitivité, notre créativité. Et puis nous devons aussi aller au-devant du monde, pour renforcer notre commerce extérieur, notre tourisme, notre technologie, notre excellence dans bien des domaines ; c’est le but de notre diplomatie économique.
Notre voix, celle du Chef de l’État, notre diplomatie, nos armées sont respectées. Et je veux, ici, rendre hommage à nos soldats engagés à l’étranger, notamment au Mali, en Centrafrique, pour assurer la paix et la sécurité. Et je n’accepte pas les accusations injustes qui pourraient laisser penser que la France ait pu être complice d’un génocide au Rwanda alors que son honneur, c’est toujours de séparer les belligérants.

Mesdames, messieurs les députés,
Rien n’est possible sans l’écoute et le dialogue.
Et parce que c’est un homme de dialogue, je veux rendre hommage à Jean-Louis Borloo et lui souhaiter tous mes vœux de rétablissement.
Une démocratie forte c’est un Parlement respecté.
La Constitution de notre Vème République, à laquelle je suis très attaché, précise clairement les choses : l’exécutif détermine le cap, et le Parlement « vote la loi, contrôle l'action du Gouvernement et évalue les politiques publiques ». Vous, élus de la Nation, vous êtes l’expression de la souveraineté nationale.

Je connais les attentes de la majorité parlementaire, je les partage, et je veux travailler avec elle sur la base d’un contrat qui nous engage mutuellement. Je veux définir un mode de travail performant, avec les socialistes et les radicaux, mais aussi avec les écologistes. Et je dis au groupe GDR que je n’ai pas d’adversaire à gauche et que nous pouvons avancer ensemble sur beaucoup de sujets, dans l’intérêt de la France. Gouverner, c’est écouter l’ensemble de la représentation nationale et donc l’opposition. Gouverner, ce n’est pas rechercher la victoire d’un camp sur un autre. L’opposition vient de remporter les élections municipales. Elle a donc une responsabilité vis-à-vis des Français. Je veux l’écouter. Je proposerai aux présidents des groupes UMP et UDI de me rencontrer dès la semaine prochaine. Le dialogue, c’est également le dialogue social. Il a permis, depuis deux ans, d’importantes avancées en matière d’emploi, de marché du travail, de formation professionnelle, de retraites. Il doit se poursuivre. Et je rencontrerai les partenaires sociaux dès vendredi. L’exigence de dialogue vaut également pour les élus locaux. Je mesure leur rôle pour la cohésion sociale, mais aussi le dynamisme et l’attractivité de notre économie.
Le dialogue, c’est aussi celui que je veux avoir directement, sur le terrain, avec les Français.

Mesdames et messieurs les députés,
Nous devons aller à l’essentiel. Et l’essentiel, c’est la France! Son avenir, sa jeunesse, sa force.
Si nous voulons que la France reste une nation maîtresse de son destin, nous devons lui rendre la force économique qu’elle a perdue depuis dix ans. Il faut donc produire en France, créer de la richesse en France, créer des emplois durables en France. Pour faire reculer le chômage de masse.
C’est le but du pacte de responsabilité proposé par le Président de la République.
Le chômage assomme notre pays depuis des décennies. Il s’est aggravé mois après mois depuis 2008 : 1,3 million de demandeurs d’emploi supplémentaires en six ans, avant que nous ne parvenions, fin 2013, à ralentir le rythme. La politique de l’emploi conduite depuis vingt-deux mois en direction des jeunes a eu des résultats : il y a moins de jeunes chômeurs aujourd’hui qu’il y a un an. Mais cela ne suffit pas ! Sans une croissance plus forte, nous ne ferons rien. Et la croissance ne se décrète pas. Elle se stimule, avec pragmatisme et volontarisme. Sans croissance pas de confiance, et sans confiance, pas de croissance. Je le dis sans détour : nous avons besoin de nos entreprises, de toutes nos entreprises, de nos PME, de nos « start-up », de nos artisans, de nos associations et coopératives. Entreprendre, créer, prendre des risques, embaucher : c’est cette démarche positive que je veux encourager parce qu’elle fait du bien à notre pays. Sortons des défiances, des postures, des caricatures. Et c’est pourquoi je salue nos entreprises, nos PME-PMI, nos artisans, nos agriculteurs, nos commerçants qui travaillent dur, qui aiment leur métier et qui considèrent que le travail est une valeur. Soutenir les entreprises, c’est soutenir l’emploi, l’investissement, les exportations. Alors oui, nous agirons pour encourager les entreprises, pour soutenir la recherche et l’innovation, améliorer le fonctionnement du marché du travail, alléger les coûts, simplifier les procédures et favoriser le dialogue social à tous les niveaux. Avec exigence, car les entreprises ont des responsabilités vis-à-vis de leurs cadres, leurs employés, leurs ouvriers. Ce sont eux qui font leur richesse. L’idée du Pacte de responsabilité et de solidarité est simple : chacun doit s’engager pour l’emploi. C’est une initiative novatrice dans un pays comme le nôtre. Notre pays doit apprendre à oser ces compromis positifs et créatifs. Les divergences d’intérêt existent, il ne s’agit pas de les effacer mais de les dépasser, pour l’intérêt général. C’est ça la modernité ! Il faut maintenant donner corps à ce Pacte.
Le Président de la République avait indiqué, le 14 janvier, que le Gouvernement engagerait sa responsabilité sur ce Pacte. C’est donc ce que je fais aujourd’hui devant vous. Comment imaginer d’ailleurs une déclaration de politique générale si elle n’abordait pas ces sujets ? Mais il y aura d’autres débats et d’autres votes. Fin avril, l’Assemblée nationale sera saisie du programme de stabilité et de la trajectoire des finances publiques. Au début de l’été, un projet de loi de finances rectificative traduira les économies nouvelles que nous aurons proposées. Et il y aura évidemment le rendez-vous crucial de la loi de finances initiale. Ces débats ces votes qui traduiront notamment la mise en œuvre du pacte de responsabilité et de solidarité permettront aux parlementaires d’être des acteurs à part entière de son contenu. Rien ne peut se faire sans le Parlement. Je crois qu’il est responsable et transparent, de vous présenter, à vous députés, et aux Français, dès ce premier discours devant le Parlement, les orientations du Pacte de responsabilité et de solidarité. Une négociation entre partenaires sociaux a fixé des engagements pour l’emploi. Le moment de la décision est venu.

D’abord, il y a le coût du travail. Il doit baisser. C’est un des leviers de la compétitivité – pas le seul – mais il pèse lourd. Le gouvernement de Jean-Marc Ayrault avait engagé le mouvement avec la création du Crédit d’Impôt Compétitivité Emploi qui doit atteindre douze milliards cette année et vingt milliards l’année prochaine. Nous porterons les allégements du coût du travail à trente milliards d’ici 2016. Comment ? Je refuse d’opposer l’effort pour les emplois les moins qualifiés – dont nous avons besoin – et celui pour les emplois qualifiés qui font notre compétitivité – notamment dans l’industrie. L’un répond à l’urgence de créer des emplois, l’autre à la nécessité d’exporter. Nous ferons donc les deux.
- Au niveau du SMIC, les cotisations patronales à l’URSSAF seront entièrement supprimées au 1er janvier 2015. Zéro charges pour l’employeur d’un salarié payé au SMIC. Voilà une vraie révolution. Le barème des allégements existants entre le SMIC et 1,6 fois le SMIC sera modifié en conséquence. Nous y consacrerons 4,5 milliards d’euros.
- Pour les salaires jusqu’à trois fois et demi le SMIC, c’est-à-dire plus de 90% des salariés, les cotisations Famille seront abaissées de 1,8 point au 1er janvier 2016. Cela représente un allégement supplémentaire de près de 4,5 milliards d’euros. Cela ne pénalisera en rien le financement de la politique familiale, qui se verra affecter d’autres recettes pérennes.
- Les travailleurs indépendants et artisans qui représentent des gisements de créations d’emplois, bénéficieront d’une baisse de plus de trois points de leurs cotisations famille dès 2015 (soit un milliard d’euros). Voilà l’effort de l’État. Il est à la hauteur de l’enjeu. Trente milliards de baisse du coût du travail, l’équivalent des cotisations famille comme l’avait dit le Président de la République, le 14 janvier dernier. Pour relever l’investissement, le gouvernement agira aussi par la fiscalité.

D’abord, en réduisant les impôts de production, comme la « contribution sociale de solidarité des sociétés – C3S » payée par 300.000 entreprises. Elle sera entièrement supprimée en trois ans. Cela représente environ six milliards d’euros de marges supplémentaires, dont un milliard dès 2015.
- Concernant l’impôt sur le résultat des sociétés, la «surtaxe » instaurée sous la mandature précédente sera supprimée en 2016. Le taux normal de cet impôt sera par ailleurs abaissé à 28 % en 2020, avec une première étape intermédiaire en 2017. Pour simplifier notre système fiscal, plusieurs dizaines de petites taxes complexes et de faible rendement seront enfin supprimées. L’État a pris ses responsabilités. Aux employeurs de tenir leurs engagements. Ils ont été précisés dans l’accord passé entre les partenaires sociaux, le cinq mars dernier. Cet accord fixe deux grands objectifs :
- La création d’emplois, en particulier pour les jeunes et les seniors.
- La qualité de l’emploi, la formation des salariés, l’amélioration et la reconnaissance des qualifications.
Autour de ces objectifs, les négociations doivent s’engager, dans les prochaines semaines, dans chaque branche professionnelle. La grande conférence sociale qui se réunira à l’été permettra de mesurer ensemble la dynamique ainsi créée. Le Pacte est aussi un Pacte de solidarité, il doit améliorer le pouvoir d’achat des salariés les plus modestes. Le meilleur moyen c’est d’agir sur les cotisations salariales pour augmenter le salaire net, celui que l’on touche à la fin du mois. Dès le 1er janvier 2015, elles seront diminuées pour les salaires au niveau du SMIC pour procurer 500 euros par an de salaire net supplémentaire. C’est presque la moitié d’un mois pour un salarié payé au SMIC. Ce gain sera dégressif entre le SMIC et 1,3 fois le SMIC. Par ailleurs, mon gouvernement proposera d’alléger la fiscalité pesant sur les ménages modestes, en particulier ceux qui sont entrés dans le champ de l’impôt sur le revenu ces dernières années alors même que leur situation ne s’était pas améliorée. L’ensemble de ces mesures en faveur des ménages modestes représentera cinq milliards d’euros à l’horizon 2017.

Mesdames, messieurs les députés,
La croissance, c’est aussi l’économie verte. La transition énergétique sera l’une de mes priorités. C’est une formidable opportunité économique. Concrètement, la transition énergétique réduit notre déficit commercial et renforce notre souveraineté. Elle redonne du pouvoir d’achat grâce aux économies liées à la rénovation énergétique des logements et aux véhicules qui consomment peu. Elle encourage des secteurs extrêmement porteurs en termes d’emplois. Je pense en particulier au bâtiment. Mais il y aussi la nécessité écologique. Le climat est probablement le domaine où le besoin de régulation se fait le plus pressant. La France accueillera à Paris, fin 2015, la grande conférence sur le climat. Il s’agit là d’un enjeu planétaire majeur, auquel nous répondrons en nous dotant d’une véritable « stratégie bas carbone » qui sera présentée par le gouvernement au Parlement.
L’objectif est de réduire de 30% notre consommation d’énergie fossile d’ici 2030 et de 40 % nos émissions de gaz à effet de serre à la même échéance. L’engagement du Président de la République de passer à 50 % la part du nucléaire dans la production d’électricité d’ici 2025 sera tenu. Il sera inscrit dans la loi sur la transition énergétique soumise au conseil des ministres avant l’été. Cette loi sera le texte fondateur de notre nouvelle politique énergétique.

Mesdames et messieurs les députés,
Notre redressement passera aussi par notre indépendance financière.
La dette publique est notre responsabilité collective.
Là encore, il faut dire la vérité. La dette, Lionel Jospin l’avait stabilisée à un peu plus de 50 % du PIB en 2002. En 2007, lorsque Jacques Chirac quitte l’Élysée, elle représentait 65 % des richesses que nous produisions chaque année. Cinq ans plus tard, à la fin du mandat de Nicolas Sarkozy, elle avait explosé, et atteignait 90% de la production nationale. Aujourd’hui, elle représente 30.000 euros pour chaque Français. Cette situation nous oblige, tous.
Les gouvernements successifs ont choisi de redresser nos comptes en privilégiant les augmentations répétées des prélèvements. C’est particulièrement vrai depuis 2010. La précédente majorité y a pris sa part (trente milliards) autant que l’actuelle. Ces hausses n’ont pas épargné les classes moyennes. Il faut en finir avec l’inventivité fiscale qui génère une véritable angoisse chez nos concitoyens.
En 2012, nous avons trouvé une dette qui s’était envolée, et un déficit des comptes publics de 5,2 % du PIB. Nous l’avons déjà ramené à 4,3 % fin 2013. Et nous allons poursuivre ce redressement tout au long du quinquennat.
Je vous propose un changement de rythme pour éviter tout recours à l’impôt et financer le redressement de notre économie : cinquante milliards d’euros d’économies sur trois ans de 2015 à 2017. L’effort sera partagé par tous. L’État et ses agences en prendront la plus grande part, dix-neuf milliards d’euros. Dix milliards proviendront de l’assurance maladie et dix milliards supplémentaires des collectivités locales. Le reste viendra d’une plus grande justice, d’une mise en cohérence et d’une meilleure lisibilité de notre système de prestations.
Mais je ne veux pas casser la croissance, sinon nos déficits ne diminueront pas et le chômage ne sera pas réduit. Bien sûr, il faut redresser nos comptes publics mais sans casser notre modèle social et nos services publics, sinon les Français ne l’accepteraient pas.
Je suis pour le respect de nos engagements, pour le sérieux budgétaire, pas pour l’austérité !

Ce nécessaire équilibre, nous allons, à nouveau, l’expliquer à nos partenaires européens. La reprise économique est là, mais elle est fragile. Nous devons l’entretenir comme un feu naissant, l’accompagner. Et les efforts que nous faisons sur la réduction de nos déficits, sur nos réformes structurelles, sur la compétitivité des entreprises, sur le coût du travail, ne doivent pas être balayés par un niveau trop élevé de l’euro. Il est aujourd’hui 10 % plus cher qu’à l’été 2012 ; ce qui évidemment pèse sur nos exportations. La Banque Centrale Européenne mène une politique monétaire moins expansionniste que ses consœurs américaine, anglaise ou japonaise. Et c’est dans la zone euro que la reprise économique est la moins vigoureuse. Ce sujet, qui va d’ailleurs être au cœur des prochaines élections européennes, je veux l’aborder très directement. Car il appartient à l’Europe d’apporter des réponses concrètes aux attentes des peuples. Ce qui est essentiel, c’est de remettre l’Union Européenne sur le chemin de la croissance au travers de politiques de grands investissements, des politiques pour l’emploi, notamment tournées vers la jeunesse. Sinon, tous les efforts de réduction des déficits seront vains. Et je ne veux pas que cette magnifique aventure qui a uni notre continent perdre son éclat et finalement sa logique. Je reste convaincu que la France ne peut pas se passer de l’Europe et que l’Europe ne peut pas se passer de la France. Et je suis très attaché à la solidité du couple franco-allemand.
Notre indépendance financière passe aussi par des réformes de structures. La France est prête à ces réformes et notamment celle du « millefeuille territorial ». Je propose quatre changements majeurs susceptibles de dépasser les clivages partisans :
- Le premier concerne nos régions. Il s’inspire du rapport des Sénateurs Yves Krattinger et Jean-Pierre Raffarin. Nos régions doivent disposer d’une taille critique. Ainsi elles auront tous les leviers, toutes les compétences, pour accompagner la croissance des entreprises et encourager les initiatives locales. Je propose de réduire de moitié le nombre de régions dans l’hexagone. Sur la méthode, il s’agit de faire confiance à l’intelligence des élus. Les régions pourront donc proposer de fusionner par délibérations concordantes. En l’absence de propositions, après les élections départementales et régionales de mars 2015, le gouvernement proposera par la loi une nouvelle carte des régions. Elle sera établie pour le 1er janvier 2017.
- Mon deuxième objectif, c’est l’intercommunalité. Une nouvelle carte intercommunale, fondée sur les bassins de vie entrera en vigueur au 1er janvier 2018.
- Mon troisième objectif, c’est la clarification des compétences. C’est pourquoi je proposerai la suppression de la clause de compétence générale. Ainsi, les compétences des régions et des départements seront spécifiques et exclusives.
- Enfin, mon dernier objectif est d’engager le débat sur l’avenir des conseils départementaux. Je vous propose leur suppression à l’horizon 2021. Je mesure l’ampleur de ce changement. Il nous faudra notamment répondre au sentiment d’abandon qui existe dans nos départements et territoires ruraux. Ce changement donnera lieu à un profond débat dans le pays qui associera les élus et les citoyens. Mais il est désormais temps de passer des intentions aux actes. Pour ce qui concerne l’État, sa présence sur l’ensemble du territoire est indispensable. Le maillage territorial des préfectures, des sous-préfectures, ne sera pas remis en cause, mais il faudra l’adapter progressivement à la nouvelle donne territoriale. C’est la garantie d’un égal accès de tous les citoyens aux services publics. Je veux d’ailleurs rendre hommage à l’ensemble de ces agents, qui sont le visage du service public.

Mesdames, messieurs les députés,
Redresser la France, c’est la redresser dans la justice. La France sera forte, si elle est juste. Notre nation est singulière : elle ne peut pas concevoir la force sans la Justice. L’un de nos grands génies, Blaise Pascal, l’a formulé de façon lumineuse : « la justice sans la force est impuissante. La force sans la justice est tyrannique ». Nous ferons tout pour que notre pays soit fort et juste. Le gouvernement que je conduis accompagnera les Français les plus modestes. Là encore, aucune dispersion. Le Président de la République a indiqué le cap. Il faut aller à l’essentiel : l’école et le logement. Ces sujets sont vastes. Je n’évoquerai donc que les points essentiels.

Investir dans l’école de la République, dans ses enseignants, et pour ses élèves, c’est réinvestir la République de sa mission première : chaque enfant, peu importe son milieu social, doit bénéficier des mêmes opportunités. Depuis deux ans, nous avons engagé une re-fondation de l’école : réforme des métiers, rétablissement de la formation des maîtres, lutte contre l’échec scolaire, priorité donnée au primaire, relance de la scolarisation des moins de trois ans. Le redressement de l’école doit être poursuivi.

L’aménagement des rythmes scolaires est une bonne réforme car avec elle beaucoup plus d’enfants ont accès à des activités périscolaires, sportives, culturelles très complémentaires de l’éducation donnée par les enseignants. 93 % des communes s’y sont déjà engagées. Cependant, j’ai entendu les remarques de bonne foi venant des élus. Ainsi, le cadre réglementaire sera assoupli après les concertations nécessaires avec les enseignants, les parents et les élus.
Ce qui doit compter et nous rassembler, c’est la réussite des élèves, partout en France.

Deuxième priorité : le logement.
Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, c’est de relancer la construction là où les besoins existent.
Pour produire davantage de logements, moins chers, plus vite, il faut simplifier. Cinquante mesures de simplification de règles et de normes existantes seront prises sans transiger sur la qualité et la performance. Les arrêtés seront publiés avant l’été.
Le logement pour tous est une mission qu’il nous faut mener ensemble, État, collectivités territoriales, de droite comme de gauche, entreprises, bailleurs sociaux et privés.

Mesdames et messieurs les députés,
La réalité je l’ai décrite. Elle atteint le moral des Français. Car ce qu’il manque dans leurs yeux, c’est la confiance en eux-mêmes. La confiance est la clef de tout. Je veux la donner à travers vous. Mais je viens aussi la chercher en vous. Et je veux dire aux Français qu’ils doivent se regarder avec lucidité mais aussi fierté.

Notre pays a de la grandeur. Cette grandeur n’est pas une nostalgie, c’est l’ambition qui nous anime de génération en génération. Car la France a tant d’atouts. Nos services publics, nos infrastructures, nos grandes entreprises, la beauté de nos paysages et de nos villages. Il y aussi notre agriculture, notre ruralité à la fois notre patrimoine et notre modernité. Il y a aussi l’immensité de notre espace maritime. Et les Outre-mer ont un rôle primordial – sur les cinq continents – pour notre présence dans le monde. Tout comme l’ensemble de nos compatriotes qui sont établis et travaillent à l’étranger.
Notre pays a une culture magnifique. La Francophonie, c’est plus de deux cents millions de personnes, dans soixante-quinze pays, sur l’ensemble des continents. La France, c’est la cinquième puissance mondiale. Son message est entendu, sa voix est respectée. Son drapeau parle directement au cœur des peuples opprimés.
Notre pays a du génie, dans l’innovation, la création. Je pense à notre 7ème Art ou à notre musique qui sont capables de conquérir le monde. Je pense également à nos médecins, à nos chercheurs, à nos scientifiques, à nos prix Nobel.
Et puis, notre pays a le plus bel atout qui soit : la République et ses principes de tolérance, de solidarité, de respect et de progrès. La République, c’est avant tout les mêmes droits et les mêmes devoirs pour tous les citoyens. La République, c’est la sécurité. La République, c’est la laïcité. C’est l’essence de notre nation, sa sève, sa flamme.
La France, c’est aussi un pays de liberté. Cette majorité l’a montré en ouvrant le mariage aux couples de même sexe. Mais je souhaite l’apaisement, et c’est la volonté du Président de la République. Et c’est aussi cela la gauche ! La gauche est fidèle à elle-même et à ses valeurs quand elle sait s’adresser à tous et rassembler.
Dans un pays traversé par les fractures, les rumeurs, notamment sur cette soi-disant théorie du genre à l’école, tous les républicains doivent savoir s’écouter, se retrouver et éviter les surenchères dont les extrémismes sont les seuls vainqueurs.
Je pense à la réforme pénale, dont le but, je le rappelle, est de lutter contre la récidive.
Je pense à la famille, sujet sur lequel nous devons continuer à légiférer dans le seul intérêt de l’enfant.
Je pense à la politique d’immigration et d’asile : deux projets de loi vous seront bientôt soumis. Je pense aussi à la fin de vie pour laquelle un consensus peut être trouvé dans le prolongement de la loi Leonetti. Il faut croire en nous-mêmes et en notre jeunesse. C’est la grande priorité établie par la Président de la République. Notre jeunesse, toute notre jeunesse, celle notamment de nos quartiers populaires, victime trop fréquemment, je le sais, des discriminations. Souvent ces jeunes voudraient, mieux encore, aimer la France et être aimés d’elle. Je veux aussi dire à ces talents qui pensent que la France ne leur fait pas de place, que la France a besoin d’eux.

Soyons fiers d’être Français!

La France c’est un pays qui a toujours vu plus loin que lui. La France, c’est un pays qui porte son regard au-delà de lui-même. Et moi, je me battrai pour qu’il continue à voir plus grand. Car c’est cela être Français.
La France, c’est cette envie de croire que l’on peut pour soi et pour le reste du monde. La France ce n’est pas le nationalisme obscur, c’est la lumière de l’universel. La France, oui, c’est l’arrogance de croire que ce que l’on fait ici vaut pour le reste du monde. Cette fameuse « arrogance française » que nos voisins nous prêtent souvent, c’est en fait cette immense générosité d’un pays qui souhaite se dépasser lui-même.
La France a cette même grandeur qu’elle avait dans mon regard d’enfant, la grandeur de Valmy, celle de 1848, la grandeur de Jaurès, de Clemenceau, de De Gaulle, la grandeur du maquis. C’est pourquoi j’ai voulu devenir Français.
Voilà ce que nous sommes et ce que nous devons rester. Ne rétrécissons pas la France, ne rétrécissons pas ses rêves. Et je vous demande le cœur battant pour la France de m’accorder votre confiance. Pour qu’ensemble, cette confiance, nous la rendions aux Français !

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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 16:14

     Le mouvement d’idées « Social-Démocratie » est heureux de voir nommer à la tête du gouvernement M. Manuel Valls, qu’il avait soutenu lors des Primaires Socialistes, et dont il apprécie l’alliance de réalisme économique – assumant une économie de marché régulée – et d’engagement à gauche – pour la défense des valeurs de justice sociale et de solidarité.


     Manuel Valls a notamment la lucidité et le courage de s’affranchir de certains dogmes irréalistes et contre-productifs d’une certaine gauche obsolète, décalée des réalités économiques.


     Précisons à ce propos que la lucidité et le réalisme économiques n’excluent pas – mais permettent au contraire – une action progressiste à la fois volontariste et efficace sur le monde, notamment dans la lutte pour l’éradication du chômage de masse et ses fléaux – pauvreté, moins-disant salarial et baisse des salaires, fuite d’une partie du PIB vers les paradis fiscaux, chute de consommation et de croissance, asphyxie des entreprises, endettement public, austérité, extrême droite…


     Un homme de gauche est d’autant plus efficace dans son action qu’il est lucide sur les réalités du monde. On ne peut pas améliorer le monde si on n’en connaît pas – ou mal – les mécanismes, notamment ceux, difficiles et complexes, de la création d’emplois productifs et durables par les entreprises privées. Le conservatisme (qui se satisfait du monde tel qu’il est) a le droit d’être aveugle si ça lui chante ; le progressisme (qui veut améliorer le monde) a le devoir d’être lucide.


     Au sein d’une économie de marché régulée, notamment, l’homme politique a le devoir de mettre l’entreprise en situation de pouvoir créer de l’emploi. Il n’a pas pour autant le droit de la mettre en situation de devoir créer de l’emploi. Créer un emploi productif est en effet autre chose que de créer un poste de fonctionnaire ; ceux qui ont eu la difficulté – et le bonheur – de créer un jour un emploi le savent. Le pacte de responsabilité n’est pas un pacte d’obligation mais de confiance vis-à-vis de l’entreprise et de l’économie. Il n’y a pas de « cadeau au patronat », comme le pérore une certaine gauche haineuse et limitée, mais une mise en situation favorable de création d’emplois productifs et durables par les entreprises privées, qui est la meilleure façon pour l’homme politique d’aujourd’hui de rendre service à son pays et à ses concitoyens. Seule la création d’emplois, en effet, sera à même de réduire la pauvreté, l’injustice sociale et l’extrême droite ; l’indignation bien-pensante en la matière ne suffit pas. Dans une économie de marché mondialisée, être de gauche ne se réduit pas à brider et pressurer l’entreprise ; c’est quelque chose d’un peu plus complexe – et plus difficile – que cela.


     Au-delà de la nomination d’un Premier Ministre lucide et combatif, le mouvement d’idées « Social-Démocratie » souhaite que Manuel Valls incarne pour l’avenir de notre pays une gauche nouvelle, moderne, en phase avec les réalités économiques de l’entreprise et de l’emploi, à l’instar du Parti Social-Démocrate allemand, du New Labour britannique ou du Parti Démocrate américain.


Christophe Chomant, le 02-04-2014

 

     « Social-Démocratie » est un réseau national de militants progressistes issus de la motion 4 du Congrès du Mans et des courants socio-démocrates rocardiens et strauss-kahniens.

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4 février 2014 2 04 /02 /février /2014 13:12

Monsieur Yvon Robert,


Les 23 et 30 mars 2014 se dérouleront les élections municipales.
Votre gestion de la ville est bonne – sérieuse, solide, estimable. C’est là un fait incontestable.
Cependant, dans un contexte de grande difficulté économique, d’aggravation du chômage de masse, de détresse des électeurs et de défiance à l’égard de notre président F. Hollande, plusieurs sondages récents laissent envisager la possibilité d’une victoire de la droite dans notre ville.
Vous aurez donc besoin, pour gagner cette élection, de toutes les forces vives de la gauche plurielle, depuis le ralliement des communistes (dotés de formidables motivations dans le domaine du social, de la culture, de l’école et de la lutte contre l’illettrisme) jusqu’aux franges sociales-démocrates de centre gauche.
Les voix de la partie gauche du centre ne sont pas négligeables. Au nom de ces idées, qui allient les valeurs de justice sociale à une approche responsable et réaliste du monde de l’entreprise, de l’économie et de l’emploi, j’ai eu l’occasion de rassembler dans le canton de Rouen 6, 3,25 % des voix aux élections cantonales de 2011, puis 6,8 % des voix aux élections législatives de 2012.
Nous savons combien l’électorat centriste est décisif dans le résultat d’une élection.
Au-delà de ces considérations stratégiques dont vous avez probablement conscience, nous savons que les électeurs seront particulièrement sensibles, pour ces prochaines échéances, aux questions de la sécurité et de l’emploi.
Or, le chômage est-il une fatalité de dimension nationale ? Ni l’une ni l’autre. L’emploi peut être favorisé au niveau du pouvoir municipal, par différentes mesures que sont :
- un programme, collégial avec l’agglomération Rouen-Métropole, d’aménagement de terrains et de construction de locaux dédiés aux entreprises à des conditions attractives ;
- une sollicitation active des entreprises françaises et étrangères, quitte à nous déplacer physiquement pour aller chercher et convaincre les entrepreneurs de venir s’implanter sur notre territoire ;
- un effort accru dans la fluidification des transports (routiers, ferroviaires, fluviaux, automobiles, transports en commun), critères logistiques décisifs dans la décision d’implantation d’une entreprise ;
- une adaptation des différents systèmes de formation locaux aux besoins listés par les entreprises rouennaises ;
- et enfin une « Maison du travail et de l’emploi » réunissant l’ensemble des institutions en relation avec l’entreprise, l’emploi et la formation – chambres de commerce, d’industrie et d’artisanat, Pôle Emploi, Greta, écoles supérieures, centres de formation, etc. – de façon à optimiser le temps, l’énergie et la motivation du demandeur d’emploi ;
Les conditions attractives d’implantation des entreprises peuvent être contrebalancées par une maîtrise des dépenses de fonctionnement de nos collectivités locales – commune et agglomération. Les coûts d’une optimisation de l’emploi sont également compensés à terme par les économies en aides sociales permises par la création d’emplois.
Différentes communes et agglomérations en France – et pas seulement celle de Vitré – ont appliqué ces méthodes avec succès, parvenant à maintenir leur taux de chômage en dessous de la moyenne nationale. Il n’y a pas de fatalité.
Cette question de l’emploi, cruciale aux yeux des électeurs, doit être traitée dans les priorités d’un programme électoral.
Une large union de la gauche plurielle jusqu’au centre social-démocrate, associée à un traitement prioritaire du chômage : telles seront les clefs de votre réélection aux prochaines élections municipales.
Quelles que soient en tout cas les décisions stratégiques que vous prendrez pour la constitution définitive de votre liste et de votre programme, je me permets de vous souhaiter bonne chance pour conserver la mairie de Rouen.

 

Christophe Chomant,
Social-Démocratie

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15 janvier 2014 3 15 /01 /janvier /2014 16:43

Comme annoncé déjà en filigrane dans son allocution du 31 décembre 2013, le président François Hollande a confirmé hier mardi 14 janvier 2014 sa décision de mettre – enfin – en œuvre une politique sociale-démocrate pour combattre la crise qui nous frappe :
- Par son pacte de responsabilité allégeant les charges (parmi les plus élevées d’Europe) pesant sur les employeurs d’un montant de 30 milliards d’euros, il contribue à favoriser l’embauche et la création d’emplois privés par les entreprises.
- Oxygéner l’entreprise pour favoriser l’emploi implique évidemment de réduire les dépenses publiques. Ce à quoi s’attelle également François Hollande en se fixant un objectif de 15 milliards d’euros d’économies en 2014 pour un ensemble de 50 milliards d’euros à terme en 2017, sachant bien sûr que ces économies devront être ciblées avec précision, sans dommages pour notre système de protection sociale.
- Ainsi, les réductions de dépenses publiques permettront l’oxygénation des entreprises, laquelle permettra l’embauche, laquelle enrichira la collectivité, ce qui permettra au final une réduction de la dette publique et de l’impôt.
- Les collectivités territoriales sont elles aussi appelées à réduire leur coût de fonctionnement pour le contribuable et l’oxygénation générale de l’économie.
- La main tendue à l’Allemagne est par ailleurs un premier pas vers une Europe de l’homogénéité fiscale et sociale, clef de la croissance européenne.
- L’emploi ? Le président a clairement affirmé que c’est à l’entreprise privée de le créer, parce que cet emploi, à la différence des emplois aidés, est productif et durable.
- Oui, nos entreprises peuvent et doivent produire plus, mieux, et exporter aux quatre coins de la planète, dans une mondialisation qui est une opportunité à saisir pour notre pays !
- François Hollande ose – enfin – s’affirmer « social-démocrate », à savoir un homme de gauche et de progrès social qui sait prendre en compte les réalités et les logiques économiques de l’entreprise et de l’emploi.
Autant de propos et de résolutions qui vont dans le bon sens et redonnent espoir.

Certains électeurs se souviennent peut-être de ce que j’écrivais dans ma profession de foi pour les législatives 2012 :
Se désendetter et maîtriser les dépenses publiques :
Nous devons gérer l’État de façon plus raisonnable. En attendant que notre pays soit désendetté, et que la croissance et l’emploi reprennent, l’heure est à la maîtrise des dépenses.
Oxygéner l’entreprise pour créer de l’emploi :
Seules les entreprises ont le pouvoir de créer des emplois productifs et durables. L’État doit donc inciter les entreprises à embaucher, en commençant par alléger les charges sociales, qui sont parmi les plus élevées d’Europe. C’est ainsi qu’on créera réellement de l’emploi.

 

…et, sur mes affiches, les mots d’ordre suivants :

 

Ce n’est pas en dépensant qu’on réduit sa dette !
Oxygéner l’entreprise pour créer de l’emploi !
La social-démocratie, pas la démagogie !

 

Janvier 2014 : merci – enfin – Monsieur Hollande !
Il reste encore certes à mettre les paroles en musique. Mais les paroles, au moins, déjà, sont là! Ouf !

Christophe Chomant,
Social-Démocratie

15-01-2014

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25 août 2013 7 25 /08 /août /2013 21:32

Le Parlement a adopté le 18 juillet 2013 une loi passée quasiment inaperçue dans l’opinion publique et les médias, et qui est pourtant d’importance première, puisqu’elle porte sur la séparation et la régulation des activités bancaires.
On se souvient du fait que la crise financière de 2008 avait été causée par la diffusion et la spéculation incontrôlée sur des produits financiers hautement risqués (en l’occurrence les subprimes) par un certain nombre de banques dans le monde entier.
Cette crise financière avait d’abord provoqué une crise bancaire, puis une crise économique (puisque les banques ne pouvaient plus financer les entreprises) et conséquemment une explosion du chômage et des déficits publics, avec pour corollaire des tensions sociales et une montée des extrémismes politiques. On estime à treize millions le nombre d’emplois perdus depuis 2008 à cause de cette crise financière, avec les conséquences humaines et économiques qu’on peut imaginer pour les personnes et pour les États.
Ceci ne doit plus se reproduire. Les États se devaient d’agir pour assainir et réguler les activités bancaires (voir l’article daté du 20-12-12 : http://christophe.chomant.lgm.over-blog.com/pages/5-comprendre-la-crise-financiere-pour-en-eviter-de-nouvelles-8471170.html)
De fait, la loi de régulation bancaire votée le 18 juillet 2013 prévoit les dispositions suivantes :
- Les activités spéculatives d’une banque devront être séparées de l’activité de dépôt au sein d’une filiale autonome à partir de 2015, de façon à protéger la structure de dépôt (et les fonds des particuliers et des entreprises) en cas d’explosion de bulle sur un produit ou de crack boursier ;
- la commercialisation de certains produits financiers à haut risque devient interdite ;
- l’intégralité des activités, du personnel et de la comptabilité (produit, bénéfice, impôts, subventions…) des banques françaises dans l’ensemble du monde devra être rendu publique, de façon à prévenir la fuite éventuelle de bénéfices et de capitaux au sein de paradis fiscaux.
Tout manquement à ces principes sera suivi de sanctions.
Le texte est également assorti d’un volet protégeant les clients contre un certain nombre de frais bancaires abusifs.
Il est à noter également que, de façon prudente, le gouvernement remettra au parlement avant le 30 juin 2014 un rapport étudiant le possible impact de cette loi sur la compétitivité du secteur bancaire français par rapport aux établissements européens et américains.
En résumé, comme le formule le ministre de l’économie Pierre Moscovici, cette loi offre une réponse déterminée aux dérives de la finance et permet d’anticiper et de prévenir les crises futures.
Il reste bien sûr encore à faire, notamment au-delà des frontières de notre pays. La « sécurité financière » mondiale ne sera en effet assurée que lorsque l’ensemble des pays développés – Chine et Inde compris – soumettront leurs propres banques à ces mêmes obligations.
J’ajouterais que la mesure ne sera pleine que lorsque les nations développées unies souscriront comme un seul homme au niveau mondial à une fiscalisation des revenus financiers qui offrira le double avantage 1°) de dissuader la spéculation financière risquée et donc d’éviter les cracks 2°) d’inciter à l’investissement plutôt dans l’économie productive, favorisant ainsi l’emploi. Les pays du monde entier sont en mesure de comprendre que de tels principes poursuivraient leur propre intérêt sur le plan de leur santé économique, sociale et budgétaire.
Depuis les années 1990, les revenus financiers ont primé sur ceux du travail. Cette tendance doit être inversée si l’on veut rejoindre une situation de plein emploi dans l’ensemble du monde occidental au cours des prochaines décennies, et éviter les crises budgétaires, sociales, politiques – et militaires – qui pourraient découler du chômage de masse et de ses conséquences. On sait en effet que les crises financières, économiques et sociales nourrissent les crises politiques et les conflits internationaux.
Quoiqu’il en soit, quelles que soient les perspectives de coopération à venir sur le plan international dans le domaine de la régulation financière, la loi du 18 juillet 2013 demeure et demeurera comme ce qui devait être accompli, de façon pionnière et exemplaire, dans et par notre pays.


Chr. Chomant, 25 août 2013, la Rochelle

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23 août 2013 5 23 /08 /août /2013 13:55

Il y a deux facteurs capitaux dans la reprise de la croissance au sein d’une économie en récession. : la confiance des consommateurs et la confiance des entrepreneurs.
Ces facteurs sont favorisés par un exécutif lui-même confiant, apaisant, sécurisant et positif (et qui par ailleurs bien sûr effectue correctement son travail).
Ces facteurs favorables sont inversement bridés par un exécutif moralisateur, diviseur, alarmiste et anxiogène, qui décourage finalement la consommation, l’entrepreneuriat et la création d’emplois.
Sur ce plan, et même si le programme de F. Hollande pouvait sembler « séducteur » sur le plan économique par rapport à celui de N. Sarkozy, il semble que l’éxécutif de F. Hollande se comporte mieux sur le plan psychologique. Ce dont effet : il est possible que la promesse de F. Hollande, longtemps tenue pour illusoire, d’inverser la courbe du chômage avant la fin de 2013 soit en passe d’être accomplie.
La droite primait par sa lucidité économique affichée ; la gauche prime par son combat sur les valeurs et sa confiance affichée. Le résultat est que la croissance revient. Ce que la droite appelait – en vain – de ses vœux, la gauche semble le réussir.
Les ressorts et chemins de l’action politique s’avèrent donc assez tortueux. Ne vainc pas forcément celui qui crie la difficile réalité sur les toits. Il y a aussi une part de psychologie, d’état d’esprit et de méthode Coué dans la dynamisation de l’économie par les consommateurs et les entrepreneurs. Le sentiment de confiance, qui se répand de façon bénéfique entre les esprits, n’est pas moins important que l’analyse, possiblement anxiogène.
L’économie d’un pays semble finalement se comporter comme une personne : celle-ci, lorsqu’elle est mise en danger, a peut-être plus de chance d’être sauvée si on la rassure que si on l’inquiète.


Chr.. Chomant, 23 août 2013, La Rochelle

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23 août 2013 5 23 /08 /août /2013 13:49

(Interview accordée à Charles de Saint-Sauveur dans Aujourd’hui en France du 22 août 2013)

 

- Comment jugez-vous les outils mis en place pour faire repartir l’économie française ?

Luc Ferry – Je vois trois bonnes choses. D’abord l’accord sur la flexisécurité : la droite en avait rêvé, Hollande l’a fait. Autre point positif, les contrats de génération, qui sont ce qui peut se faire se mieux en termes d’emplois aidés. Enfin, le président a clairement affiché sa volonté – une première à gauche – de réduire les déficits publics. Je regrette que cette baisse se fasse essentiellement par l’impôt et non par la baisse des dépenses de l’État. Mais globalement, ça va dans le bon sens.

- Pensez-vous qu’Hollande puisse réussir son pari d’inverser la courbe du chômage d’ici la fin de l’année ?

- Si la croissance mondiale est là, la France ramassera elle aussi la mise. Il y aura toutefois, je pense, un décalage de quelques mois sur cette promesse. Six mois peut-être. Mais la courbe s’inversera à coup sûr s’il continue dans cette voie. Il a le courage de traîner le lourd chariot de la gauche vers la social-démocratie. Et ce malgré les boulets écologistes et les sorties de Mélanchon. La cohérence qu’il affiche jusqu’à présent peut s’avérer payante.

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15 août 2013 4 15 /08 /août /2013 20:48

Certaines mauvaises langues assimilent les crimes du communisme à ceux du nazisme. Calomnie ! Le nazisme promet d’exterminer cinq millions de personnes… et extermine cinq millions de personnes. Le communisme promet le paradis à cinq millions de personnes… et extermine cinq millions de personnes. Nuance!
Sans cette nuance de taille, le communisme n’aurait jamais pu exterminer quatre-vingt millions de personnes au 20ème siècle. Quiconque aurait cherché à l’en empêcher.
Les meurtres du nazisme sont intentionnels ; ceux du communisme ne le sont pas, ils sont « accidentels ». Raison pour laquelle aujourd’hui le parti nazi est interdit, et le parti communiste encore autorisé.
Des affiches récemment placardées sur les murs disaient : « Je suis communiste et ça fait du bien ! ». Signe que, à défaut d’être des économistes éclairés, plus experts en famine qu’en prospérité, les communistes sont dotés d’un subtil sens de l’humour, de type glacial et sophistiqué, notamment vis-à-vis des quatre-vingt millions de victimes du communisme passées dans les frais généraux de l’Histoire. « Le communisme est la seule maladie qu’on n’a pas essayée sur les animaux avant de l’essayer sur l’Homme », ironisait à ce propos l’un de nos grands humoristes.
Des amis socialistes me demandent : « Pourquoi tirer sur une ambulance ? » Je leur réponds : « Si le parti socialiste balayait devant la porte de ses alliances complaisantes, il ne s’en porterait que mieux : les démocrates centristes voteraient plus facilement pour lui, et il accèderait au pouvoir plus par adhésion des électeurs à ses valeurs que par rejet de la droite ». Et j’ajoute : « Également parce que le PS doit se dissocier du communisme par simple principe démocratique, tout comme l’UMP se dissocie du FN. » Car si le communisme à la tête d’une mairie est plutôt sympathique, à la tête d’un pays il peut devenir dévastateur.
Il est regrettable que les militants communistes français, qui sont des humanistes sincères et généreux, ardents militants de la justice sociale, de la culture et de l’éducation, se réclament encore de ce titre et de cette idéologie aux promesses idylliques et aux effets meurtriers. Comment peut-on se revendiquer aujourd’hui sans état d’âme d’un drapeau et d’un nom rougis par le sang ? La grande famille de la social-démocratie ne siérait-elle pas mieux aujourd’hui à leur idéal revendiqué d’humanisme et de justice ?

Chr. Chomant, 15 août 2013

 

Lecture utile : Stéphane Courtois (dir), Le livre noir du communisme, 1997, Robert Laffont.


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29 juillet 2013 1 29 /07 /juillet /2013 18:28

Au nom de la démocratie et du libéralisme, doit-on tout laisser montrer à la télévision ? Au risque de paraître rabat-joie ou « réactionnaire », je répondrais non. En matière de télévision, l’État me semble en effet devoir exercer une mission d’éducation, de pédagogie et de culture (que l’on me pardonne ces « gros mots ») auprès des citoyens.
Distinguons d’abord deux choses : la télévision publique, qui doit être investie de missions morales et éducatives ; et la télévision privée, libre de ses programmes – avec toutefois certaines limites, que nous allons évoquer.
Passons en revue quelques sujets :
La télévision publique est financée par la redevance télévisuelle et l’argent public. Elle n’a donc pas à diffuser de publicité, qui abêtit les esprits et transforme les citoyens en moutons consommateurs, soit l’inverse exact des missions d’un État digne de ce nom. Que la télévision privée diffuse de la publicité relève par contre de sa liberté et de celle du téléspectateur : cette télévision privée n’est pas investie d’une mission éducative régalienne ; et elle doit par ailleurs se financer.
La télévision publique ne doit pas diffuser de jeux où les candidats gagnent de l’argent en répondant à des questions plus ou moins intelligentes et méritantes. Ces jeux font l’apologie de l’argent facile sans travailler (comme celui du rentier, du spéculateur ou de l’assisté). Ils aiguisent et encouragent la cupidité, celle du joueur et celle du téléspectateur. Ils dévalorisent la notion de travail, aux antipodes de la mission pédagogique et morale de l’État. Les télévisions privées peuvent se réserver ce droit de diffusion, bien qu’il soit permis de s’interroger également sur une réglementation possible en la matière, dans l’intérêt général du pays et de la mentalité de nos concitoyens.
La télévision publique ne doit pas diffuser de « télé-réalité », dans laquelle des individus sont mis en concurrence, ridiculisés, humiliés, jetés comme des gladiateurs dans des situations dégradantes. Ces programmes flattent et cultivent également le voyeurisme du téléspectateur, aux antipodes des principes moraux les plus élémentaires. Il est même permis de s’interroger sur une réglementation de ces émissions dans le secteur privé. Le voyeurisme et l’utilisation d’êtres humains comme cobayes ou gladiateurs ont leurs limites, qu’on a probablement perdu de vue en s’y habituant progressivement.
La violence doit bien évidemment être bannie de la télévision publique, et mieux réglementée par ailleurs sur la télévision privée. La violence, à force d’être diffusée, se banalise. Elle contribue à rendre les téléspectateurs et citoyens violents eux-mêmes. Les différentes tueries observées ces dernières années dans les pays occidentaux furent causées par des individus abreuvés de programmes violents ; sans ces programmes, ils n’auraient pas causé ces tueries. Ces recommandations s’appliquent bien sûr également aux jeux vidéos. Les jeux vidéos violents, où par exemple tuer rapporte des points, devraient être interdits à la vente (au même titre que sont interdits les groupuscules politiques prônant la violence ou l’assassinat). L’attribution de points par l’assassinat d’individus (même virtuels) constitue une apologie psychologique de la violence. Ce sont une mentalité et des valeurs morales qui sont en jeu : tuer l’autre, ou le respecter.
On sait que le journal télévisé d’informations, quels que soient les événements survenus dans le monde, doit durer trente minutes, faire de l’audimat, et qu’il se focalise sur les drames, le sordide et le sensationnel, au mépris parfois de la vérité ou de la dignité humaine. Ce qui pourrait être résumé en « six minutes » est délayé en trente minutes de rabâchage et de voyeurisme. On ne peut bien sûr pas exclure l’information de la télévision : c’est aussi l’une de ses missions. Mais il convient alors de l’accompagner d’émissions pédagogiques qui éduquent à son analyse et à son décryptage, comme savait si bien le faire par exemple un Daniel Schneidermann avec « Arrêt sur images ».
La pornographie ne doit pas être diffusée à la télévision, ni publique ni privée. Cette interdiction ne relève pas d’un puritanisme effrayé par le sexe ; la sexualité a toute son importance dans la vie normale de l’être humain et contribue à son équilibre. Ce qui est en jeu, c’est que la diffusion de pornographie par la télévision lui confère auprès de certaines populations un caractère légitime et officiel (parce que diffusé par la télévision). Elle confère une légitimité usurpée à un certain type de pratiques sexuelles qui ne sont pas celles de la « vraie vie », qui ne sont pas celles d’une sexualité épanouie, respectueuse des personnes. Cette « légitimation » télévisuelle de la pornographie aboutit à des dérèglements dans les pratiques familiales de certains milieux sociaux, comme on a pu l’observer à Outreau et en d’autres cas, où, notamment, les enfants sont utilisés comme objets sexuels des fantasmes adultes, ce qui est une dérive monstrueuse, inacceptable et destructrice de la sexualité. En la matière, il ne faut pas attendre de réprimer en aval (il est trop tard), il faut d’abord prévenir et empêcher en amont.
Enfin, au risque de choquer et de paraître « ringard », la télévision publique doit jouer un rôle éducatif. On doit y voir – entre 17h et 20h – des émissions intelligentes, didactiques et attrayantes sur la sociologie, l’anthropologie, l’économie, la politique, la philosophie (autant de matière dont l’enseignement fait défaut à l’école et qui manquent cruellement à la culture des Français)… « Capital » d’Emmanuel Chain était par exemple une remarquable émission d’économie et d’entrepreneuriat… diffusée sur une chaîne privée, quand elle aurait due être conçue par la télévision publique. LCP est une chaîne d’un contenu remarquable, dont certaines émissions auraient vocation à être diffusées sur les grandes chaînes publiques. Est-ce une hérésie d’affirmer aujourd’hui que les chaînes de télévision publique ont la mission « d’éduquer » les téléspectateurs, comme dans les années 1960 ?
Publicité, jeux, télé-réalité, violence, information, pornographie, rôle éducatif… En résumé, la télévision d’aujourd’hui, devenue une sorte de grand n’importe quoi où règnent les lois de l’audimat, des recettes publicitaires, du sensationnalisme, de la violence, de l’exhibitionnisme, du voyeurisme, de la sottise et de la cupidité, qui en est arrivée à flatter les bas instincts de l’être humain pour faire de l’audience et de l’argent, doit être redressée sur le plan de ses contenus, avec autorité, dans l’intérêt général du peuple et du pays. Le libéralisme économique, oui. Le laisser-faire télévisuel et médiatique au nom soi-disant de la « liberté » ou de la « démocratie », non. Les Français méritent mieux que ça !
Au-delà de la télévision, c’est d’ailleurs la notion de « l’État » et de l’intérêt public qui doit être redressée, plutôt que baisser les bras devant toute supposée « fatalité ». Revendiquons une conception non pas fataliste mais exigeante de la télévision et de l’autorité publique !


Chr. Chomant, le 29 juillet 2013

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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 12:12

À l’approche des élections municipales, il n’est pas inutile de réfléchir sur les particularités, besoins et potentialités de notre ville de Rouen, dans l’objectif d’une amélioration de la vie quotidienne, ce notamment dans les domaines de l’emploi, des loisirs, du tourisme et de la gouvernance.

 

L’emploi est la première priorité d’une ville. Le chômage, c’est le mal-être, la pauvreté, les salaires tirés vers le bas, les surcoûts sociaux, l’appauvrissement et l’endettement de la ville, l’insécurité et les votes extrémistes. L’emploi, au contraire, c’est la dignité, le confort de vie, les salaires tirés vers le haut, l’équilibre des comptes, la prospérité de la ville, la paix civile, la tolérance et la démocratie. On sait que l’emploi, créé par l’entreprise privée, est un mécanisme économique qui échappe en grande partie au pouvoir du politique. Le politique peut-il pour autant favoriser l’emploi au niveau d’une ville, d’une agglomération ? Si oui, de quelle façon ?

L’emploi, tout d’abord, c’est l’entreprise. Sans entreprise, pas d’emploi. Pour faire venir les entreprises dans notre agglomération, il n’y a pas d’autre secret que de leur proposer des conditions d’implantations concurrentielles (locaux mis à disposition ou à loyers modérés, allègements d’imposition, etc…). Ces engagements impliquent bien sûr des choix budgétaires en amont, qui seront permis par une gestion rigoureuse des dépenses publiques (et notamment des frais de fonctionnement des collectivités publiques). Maîtrisons nos dépenses sans réduire l’impôt, et consacrons l’économie réalisée à l’implantation de nouvelles entreprises.

Au-delà de cette politique d’incitation à l’implantation, n’attendons pas que les entreprises viennent à nous ; comme à Vitré (35), allons les chercher activement, en France ou à l’étranger, et amenons-les chez nous !

Une autre clef de l’emploi est l’adéquation du système de formation aux besoins des entreprises. N’obligeons pas les entreprises à s’adapter à nos diplômés (ce qui les dissuade de s’implanter) ; adaptons au contraire nos formations professionnelles aux besoins listés par les entreprises, pour un ticket gagnant-gagnant entre les entreprises et les demandeurs d’emploi !

Troisième clef : la recherche d’emploi ne doit pas être un labyrinthe dissuasif pour le chômeur. Toutes les institutions liées à l’emploi (Pôle Emploi, CIO, CCI, Chambre de l’Artisanat, etc…) doivent être réunies en un seul et même lieu pour raccourcir la distance entre deux emplois. De même, les agents de Pôle Emploi ne doivent attendre ni les chômeurs ni les employeurs mais aller au-devant d’eux et les solliciter de façon active. C’est là une question d’émulation collective, impulsée par le politique.

Ces aspects logistiques de la dynamisation de l’emploi ne se décident bien sûr pas au seul niveau de la commune mais de son agglomération. L’emploi à Rouen passe par une action volontariste de la CREA (dont Rouen, rappelons-le, est la ville centre).

Enfin, la fluidité de circulation des marchandises et des employés est un atout majeur dans la décision d’implantation d’une entreprise, particulièrement dans notre ville. La fermeture du Pont Mathilde et l’absence de rocade Est causent dans notre agglomération des dégâts économiques dont les effets en terme d’emplois non créés se feront sentir dans les années à venir. Le tracé de la rocade Est vient enfin d’être arrêté par le Préfet. Il faut à présent passer à la vitesse supérieure, en espérant également qu’une amélioration générale de la situation en France permette le déblocage des substantiels fonds nécessaires. Sans fluidité de circulation, pas d’implantation d’entreprises, et donc pas d'emplois.

Incitation financière et active à l’implantation des entreprises, adaptation du système de formation, synergie des institutions de l’emploi, fluidification des voies de communication : telles sont les clefs, dans notre ville, et par notre agglomération, de l’emploi, enjeu crucial du bien-être des habitants et de la prospérité de la ville.

 

La seconde priorité pour notre ville réside dans le loisir et le tourisme. Lorsqu’on travaille et qu’on a payé ses impôts, le bonheur est de pouvoir jouir de son temps libre en famille ou avec des amis. Le développement du tourisme de son côté permet l’apport de devises et la création de nouveaux emplois dans notre ville. Plusieurs pistes existent.

Avant-port de Paris et seconde ville du Royaume pendant des siècles, Rouen possède un patrimoine historique et industriel exceptionnel sur lequel elle dort. Laine, écriture sur parchemin, imprimerie, textile, industries diverses… ses sous-sols et greniers regorgent de témoins d’un passé riche, qui n’attendent que la création de musées pour les valoriser et attirer un public nombreux. Ce public venu de l’extérieur alimentera commerces, restauration, hôtellerie et emplois. Le CHS Expotec 103, idéalement situé sur le sentier touristique du Robec, est un exemple de ce riche potentiel à développer en un « musée vivant du patrimoine industriel ».

Les boucles de la Seine depuis Les Andelys jusqu’à Villequier sont un site naturel d’une beauté exceptionnelle, jalonné d’étapes patrimoniales et culturelles de première importance (Musée Victor Hugo, Caudebec-en-Caux, Abbaye de Saint-Wandrille, Abbaye de Jumièges (également pôle départemental des arts visuels), Duclair, Abbaye Saint-Georges de Boscherville, La Bouille, Rouen bien sûr, Elbeuf, Abbaye de Bonport, Pont-de-l’Arche, barrage et base de loisir de Léry-Poses, Côte des Deux Amants, Moulin d’Andé, Château-Gaillard…). Il ne manque, avec une collaboration intercommunale, départementale et régionale, qu’une piste cyclable reliant ces différentes étapes, que desservirait également un bateau « Seinobus » le week-end et en haute saison, de façon à permettre aux Rouennais et touristes mille combinaisons possibles de balades et randonnées au cœur de ces sites enchanteurs. Au-delà du bénéfice apporté aux habitants et aux touristes, la fréquentation des sites culturels et de leurs expositions serait optimisée, la restauration et l’hôtellerie se développeraient, des emplois privés seraient créés.

Oasis de calme et d’oxygène au cœur de l’agglomération, le Jardin des plantes est un lieu d’une grande beauté et doté d’un fort potentiel de loisir et de tourisme. Les manifestations « Graines de jardin » ou « Arts décoratifs » ne sont qu’un début. L’orangerie, vide en belle saison, peut recevoir des salons du livre, de peinture, d’antiquités, de botanique, d’animaux, de collections diverses… La maison normande, équipée du matériel traditionnel pour broyer et presser les pommes, n’attend qu’un (ou plusieurs) agriculteur(s) pour animer un événement automnal populaire autour de la pomme, de son jus et du cidre. Le kiosque attend les fanfares, orchestres et musiciens individuels – de préférence acoustiques. L’époustouflante collection de plus de cent fuchsias différents, dont le jardin peut s’enorgueillir, doit être ouverte au public et aux touristes. Des tables d’échecs et de go doivent être mises à disposition des visiteurs. Enfin, un petit restaurant avec terrasse, comme aux Jardins du Luxembourg, rencontrerait beaucoup de succès et ferait du jardin un lieu privilégié de rendez-vous et de convivialité. Des grands panneaux d’information comme à Sotteville-lès-Rouen indiqueraient aux habitants et touristes le programme des animations du mois. Les associations culturelles environnantes (A Capriccio, Amis de l’Orgue St Clément, etc.) seraient également bénéficiaires de cette dynamisation du lieu et de l’affluence de visiteurs. Ces projets peuvent être mis en place à moindre coût, en se basant sur le partenariat et l’implication d’associations culturelles, nombreuses à Rouen. C’est, plus que de budget, une question de volonté, d’organisation et d’information.

La salle de spectacle Duchamp-Villon, idéale pour l’accueil des concerts acoustiques et chanteurs « à texte », est fermée depuis 2001 pour travaux. Sa programmation a été transférée au Hangar 23. Le Zénith accueille les grosses productions onéreuses pour le spectateur, et le Hangar 106 est dédié aux décibels. Rouen n’a plus les moyens d’accueillir des chanteurs auteurs compositeurs et concerts acoustiques. La salle Sainte-Croix des Pelletiers ou l’amphithéâtre des Deux-Rives (d’une acoustique exceptionnelle) seraient pourtant des lieux adaptés à ce type de programmation, ainsi qu’à la musique de chambre et au quatuor (en marge ou en extension de l’opéra). Il ne s’agit pas de créer de nouvelles structures mais de mieux exploiter les potentialités existantes.

Au 18ème siècle, le médecin rouennais Lépecq de la Cloture disait de Rouen : « Son enceinte est triste, étouffée par le peu de largeur de ses rues (…), trop peu ouvertes, par la hauteur relative et trop considérable de ses maisons, qui semblent être amoncelées si près les unes des autres que dans plusieurs endroits, elles se retirent mutuellement l’aspect du soleil, la lumière et l’air. Les places n’y sont ni assez multipliées, ni assez étendues. » Cette caractéristique de la ville de Rouen est produite par la présence immédiate de collines dès l’extérieur des remparts, difficilement constructibles. Dans la 2ème moitié du 20ème siècle, comme par « peur du vide », plusieurs occasions ont été ratées d’oxygéner Rouen (Place du Vieux Marché, Palais des Congrès, Espace du Palais, Immeuble EDF Place de la Pucelle…). Il est aujourd’hui essentiel, pour un mieux-vivre à Rouen, de ne pas reconstruire les espaces libérés intra-muros. Le PLU ayant par ailleurs un sens au niveau de l’agglomération plutôt que de celui de la commune, de l’espace libéré intra-muros peut être offert – aux habitants ou aux entreprises – en périphérie d’agglomération. Cette aération de l’espace intra-muros ne se fera pas en un jour, mais sa programmation doit être enclenchée aujourd’hui.

 

Troisième volet, la politique d’une ville ne se résume pas seulement à un programme ou un contenu mais également à sa gouvernance.

La première des priorités en la matière est de résoudre les différends avec le personnel municipal en général et celui des cantines scolaires en particulier, avec dialogue, ouverture et fermeté, de façon à faire cesser les grèves à répétitions, plus pénibles encore pour les parents qu’une grève d’enseignants (car il faut alors récupérer l’élève à 11h30 et le remettre ensuite à l’école à 13h, ce qui est une gageure lorsque les deux parents travaillent). Les services de cantine scolaire d’une ville ne doivent pas être régulièrement en grève ; ceci n'est pas une situation normale.

Second point, la ville est riche d’associations, qu’il suffit parfois simplement de mettre en connexion pour créer des événements nouveaux – dans le domaine du sport, de la culture ou du social. Il serait donc bénéfique de mettre en connexion permanente les présidents d’association de chaque secteur. L’établissement et l’animation de boucles e-mail par le maire adjoint du secteur concerné pourrait être un moyen de cette mise en connexion, qui dynamiserait la création et la pérennisation d’événements dans notre ville.

Un maire adjoint doit bien sûr être accessible chaque jour à son bureau et ne pas cumuler d’autres fonctions à plein temps, mais il doit également venir au-devant des habitants de façon régulière, en venant par exemple se mettre à leur écoute une fois par mois dans un lieu public.

Enfin, seule agglomération de France dont le président n’est pas le maire de la ville centre, Rouen – et avec elle « Rouen-Créa » (et non plus « Créa-tout-court ») – gagnera en force et en cohérence par la réunion de ces deux fonctions, ce de façon particulièrement cruciale sur le front de l’emploi.

 

Emploi, loisirs, tourisme et gouvernance : toujours avant-port de Paris et important lieu de transit de marchandises, Rouen est dotée d’un capital historique et touristique qui peuvent faire d’elle un centre économique de premier ordre dans les décennies à venir avec un taux d’emploi corrigé à la hausse, pourvu qu’on mette sur les rails aujourd’hui les projets qui fructifieront demain. Rouen ne mérite pas seulement une gestion saine, mais également une vision d’avenir pour nos enfants.

Rouen travailleuse, Rouen riche, Rouen rayonnante !

 Chr. Chomant, le 20-06-2013

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