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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 14:42

L’idée de « main invisible » de Smith a légitimé et érigé le libéralisme économique au rang de système infaillible, car prétendument « autorégulé ».
Les économistes ont seulement oublié que cette « main invisible » ne concernait que l’ajustement spontané des prix entre producteurs et consommateurs grâce à la libre concurrence des entreprises (ce qui est exact, et correspond à la pensée réelle de Smith).
Ce qui est malheureusement vrai également, c’est qu’en période de chômage de masse (causée par exemple par un gain de productivité très élevé sans redistribution du temps de travail), les salaires de ceux qui travaillent chutent par l’effet d’un moins-disant salarial dans les négociations entre employeurs et employés. Cette baisse des salaires entraîne un appauvrissement de la population, une diminution de la consommation des ménages, une baisse des recettes fiscales, un accroissement des dépenses sociales et un surendettement des collectivités et des ménages. C’est précisément la situation que nous connaissons aujourd’hui.
Cependant qu’à l’inverse, le PIB continuant de croître, on assiste à une explosion des hauts revenus, des dividendes des actionnaires, de la masse des capitaux sur les marchés financiers et des bulles spéculatives dangereuses pour l’économie mondiale. C’est également ce que nous connaissons.
Ce cercle vicieux inégalitaire produit de l’aigreur et du ressentiment chez le peuple, lesquels s’expriment à terme sous la forme d’émeutes sociales et/ou de progression des partis extrémistes.
La « main invisible » de Smith légitime donc l’autorégulation du libéralisme économique (autrement dit de l’économie de marché) sur le plan de l’équilibre des prix entre producteurs et consommateurs, mais pas sur celui de l’équilibre entre salaires et revenus du capital dans une configuration de chômage de masse.
Si Smith avait constaté les dégât causés par le quintuplement de la productivité sans redistribution du temps de travail, en terme de chômage de masse et de baisse de salaire, il aurait probablement préconisé du keynésianisme pour une régulation de la distribution du temps de travail et de l’équilibre entre salaires et dividendes.

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3 novembre 2015 2 03 /11 /novembre /2015 13:02

Tant que des millions de personnes resteront au chômage, les salaires de ceux qui travaillent continueront de baisser (par le phénomène de moins-disant salarial), la pauvreté s’aggravera, les inégalités s’accentueront, les dépenses sociales augmenteront, les recettes fiscales diminueront, les déficits publics s’aggraveront, l’endettement public de la France se creusera plus encore et le FN progressera toujours plus.

Or, le chômage de masse est foncièrement causé par le quintuplement de la productivité depuis cinquante ans sans que la semaine de cinq jours de travail établie en 1945 n’ait été adaptée à ces gains de productivité révolutionnaires.
Le PIB de la France peut aujourd’hui être produit avec 20 % d’heures de main d’œuvre en moins.

Seules une réduction sensible et une redistribution (progressive) du temps de travail (quatre jours de travail par semaine) seront à même d’éradiquer le chômage de masse et tous les fléaux qu’il engendre en cascade.

Devant l’impuissance, l’immobilisme et la paralysie des partis politiques au pouvoir depuis trente ans, seuls un mouvement politique radicalement différent dans sa forme (comme par exemple Nouvelle Donne), ou une insurrection populaire, ou une grève générale, ou une révolution seront à même de réformer notre organisation sociale.
Il n’y a aucun espoir à attendre du système existant pour cette question du chômage de masse.

Comment redistribuer le temps de travail ?
Passer à quatre jours de travail n’est raisonnablement pas possible pour une petite entreprise artisanale (qui ne bénéficie pas de forts gains de productivité).
Une grosse entreprise ayant réalisé d’importants gains de productivité par robotisation ou informatisation, en revanche, est en mesure de réduire le temps de travail de ses salariés et d’en embaucher entre 10 et 20 %. Car ses bénéfices ont augmenté, sans qu’il n’y ait eu augmentation de ses coûts de main d’œuvre.

Les entreprises ayant réalisé de forts gains de productivité qui se sont soldés par d’importantes augmentations de dividendes ou de hauts salaires, et par des compressions de personnel (autrement dit des « licenciements boursiers ») doivent être fiscalisées de façon dissuasive avec pour objectif la réduction du temps de travail à 30 h et l’embauche.

Seules de telles mesures seront à même de nous faire revenir – progressivement – du chômage de masse au plein emploi.
Ces considérations ne concernent pas seulement la France, mais également nos voisins européens et l’ensemble des pays du G20.


Chr. Chomant, 03-11-2015

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16 mars 2015 1 16 /03 /mars /2015 09:46

Dans les médias, à l’Assemblée nationale, Manuel Valls a crié au loup du FN. Avec la même efficacité qu’un sorcier faisant une danse pour empêcher la grêle. Car il est trop tard et rien n’y fera : les électeurs voteront massivement FN – ou s’abstiendront, ce qui revient au même. Les cris d’orfraie de Valls n’y changeront rien. Pire, ils risquent de légitimer et exacerber le mouvement.

Une question que ne se pose pas le Premier ministre (ou qu’il se pose mal) est : pourquoi les gens votent-ils FN ? Car agir sur le thermomètre n’est d’aucune efficacité sur la fièvre. À croire que nos hommes politiques, enfermés dans leurs couloirs feutrés, n’ont plus fait de porte à porte pour discuter avec les gens depuis longtemps. Ils y auraient pourtant appris que les Français votent FN pour au moins deux raisons majeures :

- Le chômage de masse entraîne la baisse des salaires, et l’appauvrissement des travailleurs et des moyens publics, au bénéfice des dividendes exilés dans les paradis fiscaux, ainsi qu’un sentiment d’insécurité sociale, fléaux face auxquels nos politiciens, de gauche comme de droite, restent les bras ballants, enfermés et paralysés dans leur huis clos sectaires. M. Le Pen ne propose pas de bonnes solutions. Mais elle en propose. Ce pourquoi, par défaut, les gens votent pour elle.

- La campagne présidentielle de F. Hollande (dirigée par M. Valls lui-même, rappelons-le), axée sur l'anti-sarkozysme et les valeurs, mais balayant d’un revers de manche les réalités de l’entreprise, de l’emploi et des finances publiques, promit plus qu’elle ne pouvait tenir, jetant aujourd’hui nombre d’électeurs socialistes et communistes désabusés dans les bras de la « bête immonde ». Dans certaines circonscription, 30 % des ex-électeurs de F. Hollande voteront cette fois FN.

L’analyse des causes n’est que la première étape, qui doit être suivie des remèdes :

- Contre le chômage, seule une redistribution du temps de travail réconciliera l’explosion de la productivité à la répartition du PIB. La croissance des Trente Glorieuses ne reviendra jamais. Et seul le retour au plein emploi éradiquera l’extrême droite. Il n’existe aucune autre voie.

- Il ne faut jamais promettre plus qu’on ne peut tenir. C’est une faute morale et politique majeure. le Parti Socialiste doit devenir et s’assumer social-démocrate, et ne plus jouer la sérénade du grand soir et du rasage gratis à des électeurs de gauche en perte de repère. Le changement, c’est maintenant : la pédagogie, pas la démagogie !

Une remarque sur l’évolution du FN : 35 % des Français sont-ils des nazis ? Évidemment non. Il faut remettre ce parti à sa vraie place, qui est celle d’une droite dure, nationaliste, à laquelle l’UMP, à force de s’édulcorer et de draguer sur les terres de gauche et du centre, a laissé le champ libre. L’UMP s’est en effet amollie en une droite républicaine universaliste ; l’UDI se proclame « droite de progrès » (sic) (ou lol, selon) ; le Modem est empli de socio-démocrates ; le PS campe sur de vieilles lunes marxistes ; et le PCF pèse 2 %. Cherchez l’erreur. C’est que, par électoralisme, l’ensemble de l’échiquier politique français a glissé vers la gauche, laissant sur sa droite une agora pour cette droite nationaliste, anti-européenne, anti-mondialiste et anti-libérale qu’est le FN. Si chacun commençait par récupérer et ré-assumer ses propres valeurs, on y verrait déjà plus clair, et il ne resterait pas de chaise vide pour la démagogie d’extrême droite.

Ne crie pas au loup, Manu : ce sont des moulinets dans le vide. Éradique plutôt le chômage, par des mesures imaginatives, audacieuses et radicales !

Christophe Chomant, le 16-03-2015

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28 février 2015 6 28 /02 /février /2015 16:23

En 1945 à Sétif, en Algérie française, lors des manifestations de joie pour la Libération, un policier tua un jeune Algérien qui brandissait un drapeau de son pays. Par vengeance, des Algériens tuèrent cent colons français. À leur tour, par représailles, l'armée française et les colons tuèrent dix mille Algériens. Le Général Duval, chargé de la répression, rétablit l’ordre. Mais il prévint : la paix retrouvée ne serait durable que si l'Algérie française renonçait au racisme, aux brimades et à l'apartheid contre les Algériens. Les pieds-noirs, sûrs de leur supériorité sur les Arabes, cramponnés à leurs privilèges et accrochés à une terre qu’ils croyaient la leur, ne l’entendirent pas ; racisme, brimades et apartheid se poursuivirent en toute insouciance. En 1962, au terme d’une guerre sanglante, les pieds-noirs, qui détenaient pourtant le pouvoir absolu sur tous les pans de la société (administration, justice, école, armée, police, médias), se trouvèrent jetés à la mer. À leur grande surprise.
Que les Juifs d’Israël entendent la leçon ! Plus les Juifs israéliens persistent à maltraiter les Palestiniens, à ne pas les considérer comme leurs égaux, plus ils accroissent la probabilité de se trouver un jour anéantis. Laïcité, égalité des droits et liberté de circulation en Palestine-Israël aujourd’hui ! Pour le propre salut des Juifs d’Israël demain !


Christophe Chomant

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28 février 2015 6 28 /02 /février /2015 16:20

Dans les années 1960, quinze ans après la Shoah, j'ai été élevé par ma mère dans l'esprit d'un sionisme idéaliste, fraternel et pacifiste, avec le culte du kibboutz et la photo de Golda Meïr accrochée au mur. Ce que je vois aujourd'hui – mépris, brimades et massacre de Palestiniens par Israël – me fait honte et me met en colère. La droite israélienne n'est pas seulement bête et brutale mais encore aveugle : si les Palestiniens ne sont pas dûment indemnisés aujourd'hui pour la Naqba et intégrés dans une société laïque et égalitaire, alors Israël finir tôt ou tard par être rayée de la carte, et les Juifs jetés à la mer, comme le furent les pieds-noirs d'Algérie en 1962. Qui eut dit en 1945, lors des massacres de Sétif et Guelma, que les pieds-noirs seraient jetés à la mer dix-sept ans plus tard ? L'Algérie française était sûre d'elle ; elle a finalement perdu. De la même façon, la confiscation et l'occupation de la Palestine par la force et la violence est une impasse, une voie sans issue, qui ne peut déboucher sur aucune solution pacifique durable. On ne chasse pas impunément et durablement des gens de leur pays, de leurs maison, de leurs terres ; l'Histoire le démontre depuis des millénaires. La création d’un État religieux et inégalitaire fut une erreur. Il eut fallut instaurer d’emblée un État laïc égalitaire et pluriethnique, dans le prolongement de la Palestine pacifique du 19ème siècle, et au sein duquel les Juifs d’Europe seraient venus acquérir des biens de façon légale. La place des Juifs aujourd'hui est soit dans la diaspora, soit comme des égaux des Palestiniens parmi eux ; pas comme des maîtres absolus régnant sur un territoire confisqué au nom de « Dieu ». Simplement parce que ce territoire était déjà peuplé avant 1948 ; et que par ailleurs Dieu n'existe pas.


Christophe Chomant

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6 février 2015 5 06 /02 /février /2015 11:24

 

On se retrouve de nouveau aujourd'hui, comme dans les années 1930, avec des extrémistes de gauche et de droite – tous anti-libéraux, anti-européens et anti-mondialistes – aux portes du pouvoir en Europe. Pourquoi ?

Parce qu'en dépit de la promesse de « main invisible » d'Adam Smith, l'économie de marché ne parvient pas à réguler naturellement le chômage de masse, plus exactement à ajuster la distribution du temps de travail aux bonds fulgurants de la productivité au cours des cinquante dernières années.

Le chômage de masse, par moins-disant salarial sur le marché du travail, entraîne mécaniquement une baisse générale des salaires et un appauvrissement de la population (que nous vivons depuis la fin du 20ème siècle).

Cet appauvrissement génère une baisse de la consommation, un déficit des recettes publiques (aggravé par l'exil fiscal), une augmentation des dépenses sociales (communes, départements, régions, État) et un accroissement de la dette publique, en une spirale sans fin.

La baisse de la consommation, de son côté, provoque une asphyxie de l'activité des entreprises et aggrave le chômage.

Tous ces phénomènes conjugués provoquent la défiance des électeurs à l'égard de la classe politique au pouvoir (depuis le PS jusque l'UMP) et de l'économie de marché. Cette défiance nourrit les extrémismes politiques, de gauche comme de droite, qui ne tarissent pas de démagogie.

Les promesses électoralistes (et non réalistes) de F. Hollande en 2012, plus encore, ont, de façon logique et prévisible, généré la transfusion massive d'électeurs de gauche, dupés et désabusés, vers le FN. C'était écrit.

Ne perdons pas de vue que la cause première de tous ces maux est le chômage de masse, et que la cause de cette cause première est la distorsion entre le quintuplement de la productivité depuis cinquante ans et le maintien de la semaine de travail définie en 1945 (par les communistes et gaullistes alors réunis) à 40 heures sur cinq jours par semaine, là où le PIB français n'aurait plus besoin aujourd'hui que de 30 heures réparties sur quatre jours pour que tout le monde puisse travailler.

Nous savons aussi que le taux de croissance des Trente Glorieuses ne reviendra jamais, et que même une reprise de la croissance à quelques points ne parviendra pas à résorber le chômage et restaurer le plein emploi.

Réduire et répartir le temps de travail pour éradiquer le chômage de masse, sans pour autant mettre en difficulté les entreprises ni déséquilibrer les comptes collectifs : telle est la gageure de notre pays, à laquelle bien peu d'hommes politiques (hormis Larrouturou ou De Robien) se sont attelés jusque-là.

Cet enjeu n'est ni de gauche ni de droite, ni modéré ni extrémiste. Il est simplement collectif et démocratique.

Le paramètre aggravant est que nos hommes politiques, de droite comme de gauche, enfermés dans des œillères gestionnaires, des logiques électoralistes et des querelles sectaires, ont renoncé au pouvoir politique qui leur est conféré par le bulletin de vote (et dont comptent bien en revanche se servir les extrémistes en embuscade).

Comment éradiquer les extrémismes politiques et autres fléaux issus du chômage de masse ? Par une révolution sociale de la distribution du temps de travail. Car dans une économie de marché, où l'argent et les profits existent pour les plus riches, seule la restauration du plein emploi permettra mécaniquement une augmentation des salaires pour les plus pauvres.

À ce titre, le schisme de l'UMP révélé (ou plutôt confirmé) par le 2ème tour de la législative partielle dans le Doubs n'est qu'un épiphénomène (dont les médias tirent bien sûr profit pour faire buzz et choux gras, mais sans analyse profonde) d'un problème global : la vraie question est celle du chômage de masse et de la distribution du temps de travail. C'est pour cette raison que des électeurs UMP se déchirent aujourd'hui entre voter FN ou PS – tout comme demain des électeurs PS se déchireront entre voter extrême gauche ou UMP. La racine et le carburant de ces dérives dangereuses sont le chômage de masse, la paupérisation, l'inquiétude et le sentiment d'injustice éprouvés par les couches populaires et moyennes.

Sans électrochoc social, sans révolution de la répartition du temps de travail, notre pays continuera de s'enfoncer dans le chômage, les déficits, la paupérisation et les montées extrémistes. Tout comme dans les années 1930. L'Histoire se répète. L'homme occidental d'aujourd'hui, pressurisé le jour par le rendement « compétitif », et drogué le soir à la télé abêtissante, a-t-il choisi le fatalisme et l'impuissance ?

Une éradication keynésienne du chômage de masse par une redistribution du temps de travail provoquerait une hausse mécanique des salaires et mettrait fin à la paupérisation, aux déficits publics et à l'extrême droite. Nous y viendrons certainement un jour, car, en l'absence d'une croissance significative, il n'y a probablement pas d'autre issue à l'ensemble de nos problèmes.

 

Christophe Chomant

06-02-2015

 

 

 

 

 

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19 décembre 2014 5 19 /12 /décembre /2014 09:33

C'est le chômage de masse qui est responsable à la fois de la baisse des salaires, de l'appauvrissement général de la population, des déficits publics (donc de la dette) et de l'extrême droite.
Mais il n'y a pas de fatalité! Pour briser le chômage aujourd'hui, une solution – la seule possible – est de redistribuer le temps de travail : travailler moins pour travailler tous!
Pourquoi? Parce que, grâce aux robots et à l'informatique, la productivité a quintuplé en 50 ans, et que notre PIB est aujourd'hui produit avec 20% de main d'oeuvre en moins. Ce phénomène de révolution technologique est irréversible.
La chute de la croissance est elle aussi irréversible, parce que les êtres humains, pour préserver les ressources de la planète par une « frugalité durable », vont moins consommer.
Nous savons aussi que la redistribution du temps de travail ne pourra pas être accomplie par les hommes politiques (de gauche comme de droite). Pourquoi ? Parce que ceux-ci sont paralysés par des logiques immobilistes d'institutions, de partis, de popularité électorale et de clivages sectaires.
Seul un mouvement social unitaire de grande ampleur, comme par exemple une grève générale, sera à même de pousser la classe politique à redistribuer le temps de travail, par le passage progressif et incitatif à une semaine de 4 jours.
Sachons mener les révolutions pacifiques nécessaires... avant que n'adviennent les violences entre classes sociales, entre camps politiques, entre communautés...!

Christophe Chomant, le 19-12-2014

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11 juillet 2014 5 11 /07 /juillet /2014 11:03

Trois jeunes Juifs retrouvés morts, un adolescent palestinien enlevé par des fascistes juifs et brûlé vif (l'autopsie a révélé des traces de suie dans ses poumons)... et voici rallumée la guerre sans fin - depuis 1948 - entre Palestiniens et Sémites.

Pourquoi cette guerre, pourquoi cette violence?

Citoyens de première et seconde catégories; Expropriés cloîtrés dans des ghettos; brimades, persécutions, privations; passeports intérieurs, checks-points, mur ségrégationniste; arrestations, interrogatoires, passages à tabac et emprisonnements arbitraires; vergers brûlés ou coupés à la souche; familles séparées; épuration ethniques; colonies de peuplement pour la "race élue"...

Allemagne nazie? Apartheid sud-africain? Non: Palestine-Israël aujourd'hui. Un ségrégationnisme ethnique et religieux psychopathe qui ne mène nulle part - nulle part ailleurs qu'à une guerre sans fin. L'Israël actuelle est un cauchemar en regard de nos rêves sionistes pacifistes de l'après-Shoah. L'une des situations politiques les plus honteuses du globe.

Où est donc passée la formidable capacité des Juifs à inventer des solutions intelligentes? Le QI se divise-t-il avec le nombre? Avec la religion?

Comment en est-on arrivé là? Comment en sortir? Les deux questions sont jumelles.

Remontons le film:

- 1917 : Lord Balfour, Goy britannique, promet à Lord Rotschild, Juif britannique, l'établissement d'un foyer national juif en Palestine;

- 1948 : est déclarée la création d'un Etat national et religieux juif sur le territoire de Palestine, avec la complaisance et la bonne conscience des Etats d'Occident. C'est la "Naqba" : les Palestistiniens - hommes, femmes, enfants - sont chassés de leur maison, canon de fusil dans le dos.

- 9 avril 1948 : 254 habitants du village de Deir Yasin sont massacrés froidement et méthodiquement, comme à Oradour-sur-Glane, par les commandos juifs Stern et Irgoun. Terrorisés, 750.000 Palestiniens fuient leur propre pays. La logique de terreur, d'oppression et de ségrégation qui conduit à l'impasse actuelle est enclenchée.

Comment sortir aujourd'hui de ce piège? Tentons un peu d'audace et d'imagination:

- 1ère phase : dédommagement des Palestiniens pour la Naqba, par un fonds alimenté par les pays d'émigration juive, d'un montant conséquent. Parce que les pays d'Alya sont en partie responsables de la situation. Pour que l'argent répare expropriations, injustices et rancoeurs.

- 2ème phase : établissement de l'égalité des droits entre les citoyens sur l'ensemble du territoire Palestine-Israël;

- 3ème phase : transformation de l'Etat religieux d'Israël en un Etat laïque, pluri-ethnique et multiconfessionnel de "Palestine-Israël". Fusion des drapeaux juif et palestinien.

- 4ème phase : abolition des frontières intérieures, suppression des checks-points, destruction du mur. Poursuite et sanction ferme des Juifs coupables de brimades, persécutions ou destructions à l'égard des Palestiniens.

- 5ème phase : droit au retour pour les cinq millions de descendants des exilés palestiniens.

Pour qu'en somme soit (ré)établi ce principe moral et politique simple: les Juifs ont le droit de s'établir en Palestine; pas d'en chasser ses habitants. Pour que toute rancoeur et haine de l'ensemble des Arabes à l'égard des juifs se trouve dissoute par la réparation. Parce qu'il n'est jamais trop tard pour réparer.

Une grande partie des Juifs - nationalistes et religieux - jugeront de telles perspectives inimaginables, inconcevables et inacceptables, pour ne pas dire scandaleuses et provocatrices. Elles sont pourtant les seules issues vers une paix et une sécurité durables pour le peuple juif. Lequel, après deux mille ans de persécutions et la Shoah, le mérite bien.

Partager avec son frère, dans l'égalité et la dignité : si Yahvé existe, recommanderait-il autre chose à son peuple...?

 

Christophe Chomant, 10 juillet 2014

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2 juin 2014 1 02 /06 /juin /2014 12:43

Dimanche 25 mai 2014, à l’occasion des élections européennes, les électeurs français se sont prononcés à 25 % pour le FN, 20 % pour l’UMP et 15 % pour le PS. On pleure, on s’indigne, on hurle au loup, on manifeste même… pour un désastre pourtant programmé de longue date. Après la dérégulation euphorique des années 1990 et son résultat, le crack financier de 2008, le chômage de masse tire en effet les salaires vers le bas, accentue les inégalités et creuse les déficits publics, obligeant chacun à se serrer la ceinture. Pourquoi une telle défiance de l’électeur à l’égard de l’UMP et du PS ? Entre 2002 et 2012, la droite n’a pas réduit les déficits ; la gauche est condamnée à le faire aujourd’hui, oui, mais sans l’avoir annoncé dans son programme. Les Français, pris à la gorge, mal payés, surimposés, apauvris, dupés par la démagogie du « demain on rase gratis », se sentent trahis par les deux camps… et se jettent dans les bras du FN – ou s’abstiennent, ce qui revient au même.
Différents comportements observables dans les grands partis – carriérisme, professionnels de la politique, désignations non démocratiques, cumul horizontal et vertical des mandats, verrouillage des idées, préjugés de classe, querelles sectaires, inaction, etc… – viennent renforcer le vote anti-UMPS.
La gauche de la gauche, de son côté, qui n’a toujours pas intégré la faillite de l’économie dirigée exprimée par la chute du Mur, a perdu toute autorité sur le vote des ouvriers, employés et chômeurs, qui quittent le navire pour voter massivement FN. Cette gauche de la gauche ne se réduit plus qu’à une poignée de demi-intellectuels pratiquant le marxisme comme foi religieuse.
Quelles leçons tirer de ce réveil douloureux ?

1ère chose : le vote FN est la sanction d’un mensonge par omission
Le vote massif des électeurs des classes populaires – chômeurs, ouvriers, employés – pour le FN est le résultat direct de leur déception d’avoir voté pour un président qui leur promettait le « changement maintenant » mais qui avait soigneusement éludé les difficultés réelles de notre pays – à savoir un déficit public en chute libre et des entreprises incapables de créer de l’emploi sous le poids des charges. Ayant le sentiment d’avoir été dupé, le peuple se venge de la droite et de la gauche réunies : il vote en masse à l’extrême droite, qui leur promet à son tour monts et merveilles sur un tissu de contrevérités. Le vote populaire massif pour le FN aujourd’hui est le résultat direct des mensonges par omission de la campagne présidentielle de F. Hollande sur les difficultés de notre pays. Un vote qui continuera de s’aggraver tant que l’emploi ne sera pas de retour.

2ème chose : la politique menée actuellement est néanmoins la bonne
Contrairement à ce que prétendent les 41 députés socialistes « dissidents », la politique actuellement menée par Manuel Valls est pertinente : la France doit maîtriser ses dépenses pour équilibrer ses comptes, et oxygéner ses entreprises pour qu’elles soient en mesure de créer de vrais emplois productifs et durables. L’erreur, ce n’est pas la politique menée par Manuel Valls, c’est le fait de ne pas avoir annoncé la couleur pendant la campagne. À choisir, il eut mieux valu prévenir que des choses difficiles seraient à affronter. Quand Churchill annonce aux Londoniens « du sang, de la sueur et des larmes », il n’en devient pas moins populaire pour autant ; au contraire, son discours de vérité le rend plus crédible. À l’inverse, embellir l’horizon pour se faire élire plus facilement est forcément une bombe à retardement en terme de crédibilité, qui explose aujourd’hui à la figure de F. Hollande comme en témoigne son record d’impopularité. L’électeur populaire se sent trompé par les fausses promesses, et se venge durement.
Il n’était pourtant pas interdit de défendre des idées et valeurs de gauche tout en expliquant la vérité aux gens. « Ce n’est pas en dépensant qu’on réduit sa dette ; oxygéner l’entreprise pour créer de l’emploi ; la social-démocratie, pas la démagogie ! » pouvait-on lire textuellement sur mes affiches aux législatives 2012, sous l’étiquette « La Gauche Moderne ». Des slogans peu sexys certes, mais respectueux des contingences économiques.

3ème chose : la politique de redressement devra, pour revenir au plein emploi, se doubler d’un partage du temps de travail
La politique menée actuellement par Manuel Valls est pertinente et courageuse. Il s’agit toutefois d’une politique de « survie », de remise à flot. Cette politique vise à équilibrer nos comptes et créer de l’emploi. Elle ne sera malheureusement pas suffisante pour éradiquer le chômage de masse, lequel est la cause originelle en cascade des salaires tirés vers le bas, de la pauvreté, de la fuite du PIB vers les revenus du capital, du surendettement public, et, in fine, du vote FN.
Pour éradiquer le chômage de masse, qui est notre objectif final incontournable, nous devrons réfléchir aux conséquences du quintuplement de la productivité au cours des cinquante dernières années, et à la répartition du temps de travail, qui n’a pas changé depuis la semaine de cinq jours instaurée en 1945. Nous devons penser et préparer une révolution sociale, qui redistribuera de façon équitable le temps de travail et les revenus qui leur sont liés. Cette révolution sociale devra se faire de façon ni brutale ni sanglante, mais intelligente, pacifique et réfléchie. Elle respectera par exemple la différence entre les entreprises à fort ou faible gain de productivité, et versant ou non des dividendes. Par une fiscalité incitative, elle encouragera les entreprises qui le peuvent à partager le temps de travail et à créer de l’emploi, comme le réussit jadis la défunte loi de Robien.
Le retour au plein emploi par le partage du temps de travail réintroduira mécaniquement des salaires tirés à la hausse, colmatera les fuites du PIB, redistribuera le travail et la richesse au peuple, comblera les déficits publics, et éradiquera naturellement l’extrême droite. Il n'y a pas d'extrême droite dans une économie de plein emploi.
Pour mémoire, en 1932, trois ans après la crise de 1929, le président américain Roosevelt instaure la semaine de cinq jours et une harmonie fiscale dans l’ensemble des États, assurant des décennies de plein emploi, de richesse et de croissance en Amérique du Nord. En Europe, à la même époque, la semaine de cinq jours n’est pas instaurée. Le chômage, concentré sur l’Allemagne par le fait du Traité de Versailles, génère le nazisme et cinquante millions de morts. La semaine de cinq jours ne sera instaurée en France qu’en 1945, par un accord historique entre gaullistes et communistes. Faut-il des guerres pour que l’intelligence avance ?

Récapitulons :
- S’insurger contre le score élevé du FN part d’un bon sentiment, mais est une pleurnicherie inutile. La seule façon d’éradiquer le FN est d’éradiquer le chômage.
- Le score catastrophique du FN est le résultat combiné d’une droite qui n’a pas réduit les déficits publics et d’une campagne présidentielle socialiste qui n’a pas prévenu qu’elle allait devoir le faire.
- Remettre le pays sur les rails comme le fait aujourd’hui Manuel Valls est nécessaire pour sauver le pays, mais insuffisant pour éradiquer le chômage et le FN. Il nous faudra éradiquer le chômage de masse par une remise à plat de la distribution du temps de travail et du PIB dans notre pays – et au-delà. Nous devrons nous montrer keynésiens, contre la « main invisible » de Smith qui ne fonctionne pas dans ce contexte de chômage de masse.
- Être de gauche n’interdit pas d’expliquer avec franchise aux électeurs les difficultés économiques auxquelles le pays est confronté. Le Parti socialiste doit sur ce point opérer un aggiornamento.
- On peut être d’une gauche modérée et néanmoins militer pour une révolution sociale du partage de l’emploi et des richesses, que même des hommes politiques de droite et des chefs d’entreprise appellent de leurs vœux depuis plusieurs décennies.
À défaut, nous assisterons, impuissants, à des insurrections non contrôlées et/ou à l’accès de l’extrême droite au pouvoir, pour lesquels tous les ingrédients sont aujourd’hui réunis.

 

Christophe Chomant,
Social-Démocratie,
La justice sociale sans la démagogie.

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19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 09:43

Les 50 milliards d’euros d’économie sur nos comptes publics annoncés mercredi 16 avril 2014 par Manuel Valls indignent une grande partie de la gauche de la gauche. Ces 50 milliards d’économie, ni de gauche ni de droite mais simplement nécessaires à l’équilibre de nos finances, sont pourtant déjà chiffrés depuis le rapport Attali de janvier 2008, il y a six ans. Ils ne sont donc pas une surprise.
Pourquoi donc s’en indigner ?
« 50 milliards d’euros d’économie à réaliser en trois ans sans l’avoir annoncé dans le programme électoral, bon courage Monsieur Ayrault ! » pouvait-on lire sur ma page d’accueil au lendemain de la nomination du Premier Ministre le 15 mai 2012.
En effet, le « problème » n’est pas tant cette économie de 50 milliards, nécessaire au rééquilibre de nos finances, connue de longue date et courageusement mise en œuvre aujourd’hui – enfin ! – par Manuel Valls. Le « problème » est d’avoir sciemment éludé cette contrainte pendant la campagne présidentielle afin d’optimiser le résultat électoral. C’est d’avoir fait croire – ou laissé croire – que notre pays avait des comptes équilibrés et pourrait se passer d’un assainissement financier.
Le réveil est évidemment douloureux pour tous ceux, simples militants comme députés, qui pensaient probablement qu’on pouvait laisser les déficits se creuser à l’infini, ou qu’on disposerait d’une planche à billets dans les sous-sols de l’Élysée.
Premier constat : on ne promet pas un horizon radieux qu’on ne saurait tenir, sous peine de se prendre un retour de manivelle une fois parvenu aux commandes. C’est là l’explication des records d’impopularité subis aujourd'hui par François Hollande. À choisir, il est préférable au contraire d’annoncer clairement la couleur, d’emblée, sans faux-fuyant, comme le pratiquait un Pierre Mendès-France ou un Michel Rocard, de façon à éviter de décevoir ensuite – et d’essuyer de cinglantes sanctions électorales.
Deuxième constat : Manuel Valls est dans le rôle d’un gestionnaire éclairé et courageux des comptes de notre pays, ce pays dont la capacité d’action politique (et notamment d’une action politique de gauche) ne pourrait que s’amenuiser à mesure que s’accroitraient nos déficits. Il s’agit donc là d’une gestion ni ‘de gauche’ ni ‘de droite’ mais simplement responsable – qui permettra ensuite une « vraie » politique de gauche, au sens « traditionnel » du terme.
La question qui divise aujourd’hui la gauche – et le PS – est : « Est-il de gauche d’économiser 50 milliards ? » Répondons par une question : qu’est-ce qu’être « de gauche » ? C’est agir pour la justice sociale et la solidarité ; c’est contre-différencier, autant que faire se peut, les inégalités sociales que peut générer une économie de marché mal régulée. Ce sont là les valeurs emblématiques de la gauche (quand la droite privilégiera de son côté la tradition, la religion, l’ordre ou la nation).
Mais mener une politique de gauche (comme par exemple dispenser des prestations sociales en direction des plus démunis) suppose de disposer d’argent public ; un État pauvre ne pourra pas mener une politique de gauche.
Or, l’argent public ne se fabrique pas mais se collecte. Et collecter de l’argent public – par le biais de la TVA, de l’impôt sur les sociétés et de l’impôt sur le revenu – suppose d’avoir de l’emploi, des entreprises dynamiques, de la consommation et de la croissance.
Or, dynamiser l’économie, l’emploi et la croissance suppose de juguler d’abord les dépenses non maîtrisées et les gaspillages hérités des Trente Glorieuses, lorsque que la croissance était à deux chiffres.
C’est cette même maîtrise des dépenses qu’ont déjà mis en œuvre, depuis de longues années, et avec succès, tous nos voisins européens, par des efforts qui portent à présent leurs fruits. Notre pays est lanterne rouge en matière d’équilibre des comptes (comme elle l’est également en matière de coût du travail, de compétitivité et d’emploi).
Est-il de gauche de laisser filer les déficits sans se soucier de l’équilibre des comptes ? Un ménage dépensier et endetté est-il « de gauche » ? Un ménage raisonnable est-il « de droite » ? Non. La gestion responsable des comptes n’est ni de gauche ni de droite. Elle est simplement nécessaire, même si notre habitude à plus d’aisance peut évidemment faire grincer des dents.
Mener une politique de gauche, ce n’est pas continuer de servir du champagne pendant que le bateau coule, mais de commencer par sauver le bateau. Une fois le bateau renfloué, on pourra en récolter les fruits et recommencer à distribuer de bonnes choses.
Certains confondent la « bonne » dépense publique, qui consiste, en période de croissance, d’emploi et de recettes publiques, à venir en aide aux plus démunis ; et la « mauvaise » dépense publique, qui consiste, en période plus difficile, à laisser le robinet grand ouvert alors que l’on parvient de moins en moins à venir en aide aux plus faibles. Il faut ici séparer le bon grain de l’ivraie : faire la chasse aux mauvaises dépenses, de façon à pouvoir oxygéner les bonnes.
Si certains électeurs et dirigeants politiques s’étranglent à l’annonce des mesures de Manuel Valls, c’est parce qu’ils méconnaissent les rouages de l’économie française, ou ne savent peut-être plus ce qu’est être « de gauche ». Croient-ils qu’être ‘de gauche’, c’est dépenser toujours plus d’argent public sans jamais en maîtriser ni le volume ni l’équilibre ? Non, être de gauche, ce n’est pas continuer de jeter par la fenêtre l’argent public qu’on n’a plus, c’est au contraire recréer les saines conditions de création d’argent public, qui permettront une saine politique de redistribution, de solidarité et de justice sociale.
Certains esprits critiques objecteront qu’il est indigne de mener une politique de « rigueur » ou « d’austérité » quand cinq millions de nos concitoyens sont au chômage, dont un grand nombre au-dessous du seuil de pauvreté, cependant que les revenus du capital, des dirigeants de grosses entreprise et des banquiers s’envolent. Ils ont raison. Ce qu’ils rapportent est vrai, indécent et scandaleux. Mais il s’agit d’un autre problème, lequel sera réglé par d’autres solutions – comme par exemple une redistribution du temps de travail (consécutive au quintuplement de la productivité depuis cinquante ans), seule à même de rééquilibrer le marché de l’offre et de la demande en matière d’emploi et de salaire, et qui réduira mécaniquement les écarts de revenus. Il est bon de pas mélanger les sujets économiques. En outre, la perspective d’une redistribution du temps de travail et des fruits de la productivité pour réduire les inégalités de revenu ne dispense pas de maîtriser les dépenses et d’équilibrer les comptes publics. Réciproquement, laisser partir les comptes publics à vau-l’eau ne résoudrait en rien les problèmes du chômage de masse, du moins-disant salarial et des écarts de revenus.
Enfin, accessoirement, l’affrontement responsable et courageux par Manuel Valls des contingences difficiles de notre pays ouvre la porte à une nouvelle gauche, plus en phase avec la réalité, susceptible d’élargir son spectre électoral vers le centre et de recueillir, au niveau national, des votes d’adhésion positive (et non pas seulement de réaction ou de dépit) dans les années et décennies à venir. Et si cette gauche ne peut plus être identifiée comme étant « socialiste », eh bien elle le sera comme « sociale-démocrate » !


Christophe Chomant, 19-04-2014,
Social-Démocratie

Discours de Manuel Valls du mercredi 16 avril 2014


« Mesdames et messieurs,
Le 14 janvier dernier, le Président de la République a indiqué clairement le cap : donner plus de force à notre économie, encourager nos entreprises, soutenir la croissance, et donc créer plus d’emplois.
Plus d’emplois, c’est la première priorité. Nous devons agir davantage contre ce chômage de masse qui fait souffrir trop de Français : nos seniors, mais aussi notre jeunesse qui a le plus grand mal à débuter dans la vie. Et nous ne renonçons pas. Nous ne baissons pas les bras.
Aux Français je veux dire simplement, directement : il y a un chemin pour nous redresser, et pour redresser la France. Il faut l’aborder avec lucidité. Les efforts doivent se poursuivre dans la justice. Il n’y aura pas « deux poids, deux mesures ». Un seul objectif : le bien commun !
Ces efforts seront justes, car ils seront collectifs.
Ils seront justes, car ils seront équitablement répartis.
Enfin, ils seront justes, car ils serviront à tous.


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C’est la feuille de route fixée, il y a quatre mois, par le Président de la République.
Ces économies ont trois objectifs :
- Le premier, c’est la mise en œuvre du pacte de responsabilité et de solidarité. Pour parler simplement, c’est le moyen de mettre en mouvement notre économie : de baisser le coût du travail, de redonner du souffle à nos entreprises, nos PME-PMI, à nos TPE, à nos entrepreneurs, à nos artisans, à nos commerçants. Dans le même temps, nous devons aussi simplifier leurs démarches administratives. C’est le but des propositions faites par la commission Mandon-Poitrinal. En somme, nous devons redonner à notre tissu économique la capacité de mieux affronter la concurrence, pour développer davantage ses activités et se remettre à recruter. Sans qu’il soit besoin de remettre en cause nos règles sociales et notamment le SMIC.
- Le deuxième objectif c’est de redonner du pouvoir d’achat aux salariés. C’est aussi cela relancer notre économie et être plus juste. Dès le mois de juin, nous prendrons une mesure en faveur des contribuables les plus modestes. Le 1er janvier prochain les cotisations salariales seront allégées autour du SMIC, comme je l’ai annoncé la semaine dernière.
- Le troisième objectif, c’est la réduction de notre déficit public. Car, là aussi, je dois la vérité aux Français. Nos dépenses publiques représentent 57 % de la richesse nationale. Nous ne pouvons pas vivre au-dessus de nos moyens. Et nous devons casser cette logique de la dette qui, progressivement, sournoisement, est en train de nous lier les mains. La dette, je le rappelle, était de 50 % du PIB en 2002, de 65 % en 2007 et de 90 % à la fin du mandat de Nicolas Sarkozy. Nous devons retrouver notre souveraineté.
La France, je l’ai dit, tiendra ses engagements. Non pas par un quelconque entêtement, mais parce que tenir ses engagements, c’est la base de la crédibilité et de la confiance. Et la confiance, les Français en ont besoin.
Réduire les déficits, c’est retrouver des marges de manœuvre pour investir. Pour préparer l’avenir. C’est aussi assurer la pérennité de notre modèle social et la modernisation de nos services publics.


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Faire des économies implique de faire des choix et de respecter les engagements du Président de la République. La priorité donnée à la jeunesse fait que nous maintiendrons les créations de postes prévues dans l’Education nationale.
Pour garantir la sécurité des Français, nous créerons les postes prévus dans la police, la justice et l’administration pénitentiaire.
Nous préserverons les investissements nécessaires pour la recherche, l’innovation, la préparation de l’avenir.

Enfin, pour veiller au sort des plus démunis, les minima sociaux seront préservés.
Les économies seront équitablement réparties entre toutes les autres sources de dépenses publiques.
Et l’État y prendra toute sa part, avec 18 milliards d’euros d’économies.
L’État, c’est notre bien commun. Il a un devoir d’efficacité ; le devoir aussi de veiller à ne jamais gaspiller l’argent public.
La maîtrise des dépenses de fonctionnement des ministères se poursuivra. Il s’agira de faire des économies sur les dépenses immobilières, de regrouper ce qui peut l’être, je pense aux achats ou aux systèmes d’information. Un mot d’ordre : réduire davantage le train de vie de l’État.
Je sais ce que nous devons à nos fonctionnaires si essentiels à la vie de ce pays.
Chaque jour, ils agissent avec dévouement et sens du service public. Mais la situation nous oblige à leur demander de contribuer à notre effort commun. Nous confirmons le gel du point d’indice.
Mais les règles d’avancement dans la fonction publique d’Etat seront préservées.
Les effectifs des ministères, hors Education nationale, Sécurité et Justice continueront de diminuer. Ces diminutions s’accompagneront toutefois de redéploiements afin de préserver nos services publics.
Enfin, nous allons rationaliser les agences de l’État. Beaucoup ont été créées ces dernières années. Leurs effectifs seront réduits. Mais d’ores et déjà je veux dire que Pole Emploi et les Universités seront préservés. Ils devront faire des efforts sur leurs dépenses de fonctionnement tout en gardant un niveau d’exigence en termes d’efficacité et de lisibilité de l’action publique.


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L’État, je l’ai dit, prendra toute sa part. Les collectivités territoriales devront prendre la leur.
Il y a de nombreuses actions à mener pour clarifier les compétences des collectivités et en renforcer l’efficacité. Nos concitoyens ont également besoin de mieux savoir qui fait quoi.
11 milliards d’euros d’économies sont attendus au cours des trois prochaines années.
Dans leur rapport sur la « maîtrise collective des dépenses publiques » qui sera remis cet après-midi au Président de la République, Martin Malvy et Alain Lambert énoncent de nombreuses propositions. J’y suis très sensible, d’autant plus qu’elles proviennent des élus eux-mêmes. Ce sont eux qui contribuent, chaque jour, au dynamisme de nos territoires, et c’est à eux qu’il appartient d’en préparer l’avenir. Les élus sont conscients que des réformes de structures doivent être menées.

Plusieurs dispositions nouvelles permettront d’accompagner les collectivités dans cette démarche de maîtrise de leurs dépenses. Elles s’ajouteront à celles prévues dans le premier volet de la loi de décentralisation qui incite aux mutualisations entre les communes et les intercommunalités.
Le futur projet de loi de clarification des compétences des collectivités territoriales comportera des réformes profondes pour générer des économies. Je pense notamment à la suppression de la clause de compétence générale, à une meilleure sélection des projets financés, et à une rationalisation des syndicats intercommunaux.
D’ores et déjà, l’évolution de nos collectivités territoriales est en marche. Et je veux saluer les initiatives de rapprochement de régions qui s’esquissent un peu partout en France.


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Notre nouvelle stratégie nationale de santé est elle aussi un moyen de faire des économies : 10 milliards d’euros d’ici 2017 sur les dépenses de l’assurance maladie.
Ces efforts seront réalisés, je veux le dire très clairement, sans réduire la prise en charge des soins, ni leur qualité. Il s’agit d’amplifier les réformes structurelles déjà engagées, et notamment de mieux organiser les parcours de soins : la chirurgie ambulatoire montre qu’on peut réaliser des économies tout en améliorant la qualité de la prise en charge.
Il conviendra aussi d’optimiser notre dépense dans le domaine des médicaments.
Ceci passe par une consommation plus raisonnée, un plus grand recours au générique, mais aussi des prix davantage en adéquation avec l’innovation thérapeutique.
Enfin, 11 milliards d’euros d’économies seront réalisés sur la gestion du système social.
Des décisions ont déjà été prises. Elles sont porteuses d’économies pour plus de 2,9 milliards d’euros. C’est le cas de la réforme des retraites, de l’accord conclu pour les retraites complémentaires, et de la réforme décidée l’année dernière de notre politique familiale.
Il faut aller au-delà.
Il n’est pas question, évidemment, de diminuer le montant des prestations sociales. Mais dans le contexte exceptionnel qui est le nôtre, elles ne seront pas revalorisées jusqu’en octobre 2015.
Cette stabilité concernera les pensions du régime de retraite de base (1,3 milliards d’euros). Il pourra concerner aussi les retraites complémentaires qui relèvent des partenaires sociaux (2 milliards d’euros). Ces mesures temporaires épargneront les retraités dont les pensions sont les plus modestes puisque le minimum vieillesse continuera, lui, d’être revalorisé.

Le niveau des autres prestations sociales sera également stable jusqu’en octobre 2015 (0,7 milliard d’euros), à l’exception de tous les minima sociaux (RSA, ASS, Allocation Adulte handicapé), qui continueront d’augmenter au rythme de l’inflation.
Les engagements de revalorisation exceptionnelle décidés dans le plan pauvreté de janvier 2013 pour le RSA, le complément familial et l’allocation de soutien familial sont confirmés. Mais ces revalorisations seront décalées d’une année.
Une nouvelle convention d’assurance-chômage, sur laquelle les partenaires sociaux se sont accordés, va permettre d’améliorer le fonctionnement du marché du travail, notamment en matière de sécurisation de l’emploi et de la formation professionnelle. Le régime d’assurance-chômage devra mieux contribuer au bon fonctionnement du marché du travail, et permettre de rétablir l’équilibre financier de l’UNEDIC à l’horizon 2017 (2 milliards d’euros au total).
La poursuite de la modernisation de la politique familiale permettra 0,8 milliards d’euros d’économies.
Les caisses de sécurité sociale dégageront enfin 1,2 milliards d’économies, grâce à la dématérialisation et à une meilleure articulation entre les différents organismes. Ceci apportera de véritables simplifications pour les assurés.


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Mesdames et messieurs,
L’équipe gouvernementale croit en ces choix que nous vous présentons. Et nous y croyons parce que c’est le chemin du redressement de la France. Nous y croyons car nous avons la conviction qu’avec ces choix la France sera plus forte et donc plus juste.
Le conseil des ministres du 23 avril examinera le programme de stabilité qui sera soumis au vote de l’Assemblée nationale le 30 avril.
Les mesures d’économies trouveront leur traduction dans les textes financiers qui seront présentées avant l’été (PLFR et PLFSSR) puis à l’automne (loi de programmation des finances publiques, PLF, PLFSS).
Je sais les attentes, je sais les doutes. Mais l’équipe qui est autour de moi est dévouée au service des Français. Voilà la vérité que nous vous devions. Et la vérité c’est le chemin de la réussite. La réussite de la France. »


Manuel Valls

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