Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
29 juillet 2013 1 29 /07 /juillet /2013 18:28

Au nom de la démocratie et du libéralisme, doit-on tout laisser montrer à la télévision ? Au risque de paraître rabat-joie ou « réactionnaire », je répondrais non. En matière de télévision, l’État me semble en effet devoir exercer une mission d’éducation, de pédagogie et de culture (que l’on me pardonne ces « gros mots ») auprès des citoyens.
Distinguons d’abord deux choses : la télévision publique, qui doit être investie de missions morales et éducatives ; et la télévision privée, libre de ses programmes – avec toutefois certaines limites, que nous allons évoquer.
Passons en revue quelques sujets :
La télévision publique est financée par la redevance télévisuelle et l’argent public. Elle n’a donc pas à diffuser de publicité, qui abêtit les esprits et transforme les citoyens en moutons consommateurs, soit l’inverse exact des missions d’un État digne de ce nom. Que la télévision privée diffuse de la publicité relève par contre de sa liberté et de celle du téléspectateur : cette télévision privée n’est pas investie d’une mission éducative régalienne ; et elle doit par ailleurs se financer.
La télévision publique ne doit pas diffuser de jeux où les candidats gagnent de l’argent en répondant à des questions plus ou moins intelligentes et méritantes. Ces jeux font l’apologie de l’argent facile sans travailler (comme celui du rentier, du spéculateur ou de l’assisté). Ils aiguisent et encouragent la cupidité, celle du joueur et celle du téléspectateur. Ils dévalorisent la notion de travail, aux antipodes de la mission pédagogique et morale de l’État. Les télévisions privées peuvent se réserver ce droit de diffusion, bien qu’il soit permis de s’interroger également sur une réglementation possible en la matière, dans l’intérêt général du pays et de la mentalité de nos concitoyens.
La télévision publique ne doit pas diffuser de « télé-réalité », dans laquelle des individus sont mis en concurrence, ridiculisés, humiliés, jetés comme des gladiateurs dans des situations dégradantes. Ces programmes flattent et cultivent également le voyeurisme du téléspectateur, aux antipodes des principes moraux les plus élémentaires. Il est même permis de s’interroger sur une réglementation de ces émissions dans le secteur privé. Le voyeurisme et l’utilisation d’êtres humains comme cobayes ou gladiateurs ont leurs limites, qu’on a probablement perdu de vue en s’y habituant progressivement.
La violence doit bien évidemment être bannie de la télévision publique, et mieux réglementée par ailleurs sur la télévision privée. La violence, à force d’être diffusée, se banalise. Elle contribue à rendre les téléspectateurs et citoyens violents eux-mêmes. Les différentes tueries observées ces dernières années dans les pays occidentaux furent causées par des individus abreuvés de programmes violents ; sans ces programmes, ils n’auraient pas causé ces tueries. Ces recommandations s’appliquent bien sûr également aux jeux vidéos. Les jeux vidéos violents, où par exemple tuer rapporte des points, devraient être interdits à la vente (au même titre que sont interdits les groupuscules politiques prônant la violence ou l’assassinat). L’attribution de points par l’assassinat d’individus (même virtuels) constitue une apologie psychologique de la violence. Ce sont une mentalité et des valeurs morales qui sont en jeu : tuer l’autre, ou le respecter.
On sait que le journal télévisé d’informations, quels que soient les événements survenus dans le monde, doit durer trente minutes, faire de l’audimat, et qu’il se focalise sur les drames, le sordide et le sensationnel, au mépris parfois de la vérité ou de la dignité humaine. Ce qui pourrait être résumé en « six minutes » est délayé en trente minutes de rabâchage et de voyeurisme. On ne peut bien sûr pas exclure l’information de la télévision : c’est aussi l’une de ses missions. Mais il convient alors de l’accompagner d’émissions pédagogiques qui éduquent à son analyse et à son décryptage, comme savait si bien le faire par exemple un Daniel Schneidermann avec « Arrêt sur images ».
La pornographie ne doit pas être diffusée à la télévision, ni publique ni privée. Cette interdiction ne relève pas d’un puritanisme effrayé par le sexe ; la sexualité a toute son importance dans la vie normale de l’être humain et contribue à son équilibre. Ce qui est en jeu, c’est que la diffusion de pornographie par la télévision lui confère auprès de certaines populations un caractère légitime et officiel (parce que diffusé par la télévision). Elle confère une légitimité usurpée à un certain type de pratiques sexuelles qui ne sont pas celles de la « vraie vie », qui ne sont pas celles d’une sexualité épanouie, respectueuse des personnes. Cette « légitimation » télévisuelle de la pornographie aboutit à des dérèglements dans les pratiques familiales de certains milieux sociaux, comme on a pu l’observer à Outreau et en d’autres cas, où, notamment, les enfants sont utilisés comme objets sexuels des fantasmes adultes, ce qui est une dérive monstrueuse, inacceptable et destructrice de la sexualité. En la matière, il ne faut pas attendre de réprimer en aval (il est trop tard), il faut d’abord prévenir et empêcher en amont.
Enfin, au risque de choquer et de paraître « ringard », la télévision publique doit jouer un rôle éducatif. On doit y voir – entre 17h et 20h – des émissions intelligentes, didactiques et attrayantes sur la sociologie, l’anthropologie, l’économie, la politique, la philosophie (autant de matière dont l’enseignement fait défaut à l’école et qui manquent cruellement à la culture des Français)… « Capital » d’Emmanuel Chain était par exemple une remarquable émission d’économie et d’entrepreneuriat… diffusée sur une chaîne privée, quand elle aurait due être conçue par la télévision publique. LCP est une chaîne d’un contenu remarquable, dont certaines émissions auraient vocation à être diffusées sur les grandes chaînes publiques. Est-ce une hérésie d’affirmer aujourd’hui que les chaînes de télévision publique ont la mission « d’éduquer » les téléspectateurs, comme dans les années 1960 ?
Publicité, jeux, télé-réalité, violence, information, pornographie, rôle éducatif… En résumé, la télévision d’aujourd’hui, devenue une sorte de grand n’importe quoi où règnent les lois de l’audimat, des recettes publicitaires, du sensationnalisme, de la violence, de l’exhibitionnisme, du voyeurisme, de la sottise et de la cupidité, qui en est arrivée à flatter les bas instincts de l’être humain pour faire de l’audience et de l’argent, doit être redressée sur le plan de ses contenus, avec autorité, dans l’intérêt général du peuple et du pays. Le libéralisme économique, oui. Le laisser-faire télévisuel et médiatique au nom soi-disant de la « liberté » ou de la « démocratie », non. Les Français méritent mieux que ça !
Au-delà de la télévision, c’est d’ailleurs la notion de « l’État » et de l’intérêt public qui doit être redressée, plutôt que baisser les bras devant toute supposée « fatalité ». Revendiquons une conception non pas fataliste mais exigeante de la télévision et de l’autorité publique !


Chr. Chomant, le 29 juillet 2013

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : Christophe Chomant - Social-Démocratie
  • : Actualités politiques du militant social-démocrate Christophe Chomant
  • Contact

Recherche

Archives