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27 avril 2013 6 27 /04 /avril /2013 21:12

L’un de mes amis communistes m’explique que le communisme sous Staline était perverti, mais que le « vrai » communisme, lui, est bon, et que, s’il avait été réellement appliqué, il aurait accouché d’une société meilleure. Pour ce qui me concerne, j’estime au contraire que la nocivité stalinienne était déjà inscrite entre les lignes du Manifeste, et que les supposés « effets pervers » du stalinisme sont inhérents et intrinsèques à sa pensée : Staline n’a fait ni plus ni moins qu’appliquer le vrai communisme.
Qu’est-ce que le communisme, au fait ?
C’est d’abord supprimer l’économie de marché et faire planifier l’économie par l’État. C’est vouloir égaliser les revenus et les conditions de vie en confisquant la plus-value de l’activité depuis les mains privées pour la faire gérer par les fonctionnaires de l’État. C’est en réalité détourner la plus-value produite par l’économie en direction de personnes qui jouissent de privilèges, à commencer par un niveau de vie très largement supérieur à celui du peuple. C’est là où le bat blesse une première fois : le communisme n’est pas plus égalitaire que l’économie de marché. Pire : les inégalités y sont rigidifiées sous forme de castes, comme sous l’Ancien Régime, et non pas de façon méritocratique et mobile comme en démocratie libérale.
Le second problème est que la suppression de l’économie de marché conduit à une pénurie des produits dans les magasins, parce qu’il n’y a plus ni de création d’entreprise, ni d’innovation technologique, ni de concurrence, ni d’optimisation de la productivité. Dans un pays « capitaliste », où une saine concurrence règne entre les entreprises, la diversité et la qualité des produits augmentent sans cesse cependant que leur coût pour le consommateur baisse ; dans une économie dirigée, au contraire, la diversité et la qualité des produits baissent sans cesse cependant que leur coût augmente. C’est ce qui s’est passé dans les ex-pays socialistes (pour qui est allé y voyager hors des sentiers balisés)
Troisième souci : imposer le système communiste à l’ensemble des citoyens génère des mécontents. Toujours dans « l’intérêt du prolétariat », le régime est donc conduit, doucement mais inéluctablement, à minimiser la liberté d’expression, à museler la presse et à créer un service policier chargé de surveiller tout citoyen, de façon à ce qu’il ne se transforme pas en « suppôt du capitalisme international » ou autre « traître à la patrie du prolétariat ». Garantir la stabilité d’une économie communiste oblige à créer des NKVD, KGB, Stasi et autres polices d’État de sinistre mémoire. Que fait-on ensuite des rebelles ? À défaut de les exterminer comme au Cambodge, on les enferme dans des « camps de travail et de rééducation », autrement dits « goulags » ; on ne peut pas faire autrement.
Ces différents travers – castes inégalitaires, pénurie, famines, retard technologique, surveillance de la pensée, incarcération politique, exterminations –, déjà présents sous le stalinisme, encore présents aujourd’hui à Cuba, au Vietnam ou en Corée du Nord, sont inévitables sous un régime communiste. Ou bien alors c’est qu’il ne s’agit pas vraiment d’un régime communiste, mais d’une démocratie libérale.
80 millions de personnes ont été exterminées au 20ème siècle par des régimes communistes.
On peut se demander pourquoi le communisme, malgré ses dangers potentiels, jouit encore d’une si grande respectabilité dans la société française (cependant que l’extrême droite y est conspuée). Essentiellement parce que cette idéologie, avant d’être mise en application, est bien intentionnée. Elle veut (et croit) faire le bien des hommes : fraternité, égalité, partage, bonté, altruisme… Elle est sourire et bonté. Ce n’est que lorsqu’il est appliqué que, malgré lui, le communisme révèle et déploie ses travers intrinsèques, par le biais de la nature humaine (soif de pouvoir, manipulation, délation, égoïsme, cupidité, aveuglement, ignorance, haine…).
En face, le fascisme est d’emblée inquiétant, ouvertement nationaliste, raciste et guerrier. Il promet ostracisme, ségrégations, conflits… et tient ses promesses. On sait à quoi s’en tenir. Ce pourquoi l’opinion publique demeure – à juste titre – aussi défiante à l’égard de l’extrême droite.
Ce n’est pas le cas avec le communisme, qui montre un visage bien intentionné, apparaît comme beau et bon, séduisant, promet l’horizon radieux, les lendemains qui chantent et les hommes qui se donnent la main. Il accède au pouvoir par l’idéalisme, l’ignorance et la naïveté. Voire la démagogie, comme certains leaders savent si bien s’y employer… L’enfer est pavé de bonnes intentions, dit-on...
Non, le stalinisme n’est pas une « erreur de parcours » : il est – malheureusement – l’accomplissement logique de la belle et généreuse pensée du Manifeste.

Chr. Chomant, le 27-04-2013

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