Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 09:43

Les 50 milliards d’euros d’économie sur nos comptes publics annoncés mercredi 16 avril 2014 par Manuel Valls indignent une grande partie de la gauche de la gauche. Ces 50 milliards d’économie, ni de gauche ni de droite mais simplement nécessaires à l’équilibre de nos finances, sont pourtant déjà chiffrés depuis le rapport Attali de janvier 2008, il y a six ans. Ils ne sont donc pas une surprise.
Pourquoi donc s’en indigner ?
« 50 milliards d’euros d’économie à réaliser en trois ans sans l’avoir annoncé dans le programme électoral, bon courage Monsieur Ayrault ! » pouvait-on lire sur ma page d’accueil au lendemain de la nomination du Premier Ministre le 15 mai 2012.
En effet, le « problème » n’est pas tant cette économie de 50 milliards, nécessaire au rééquilibre de nos finances, connue de longue date et courageusement mise en œuvre aujourd’hui – enfin ! – par Manuel Valls. Le « problème » est d’avoir sciemment éludé cette contrainte pendant la campagne présidentielle afin d’optimiser le résultat électoral. C’est d’avoir fait croire – ou laissé croire – que notre pays avait des comptes équilibrés et pourrait se passer d’un assainissement financier.
Le réveil est évidemment douloureux pour tous ceux, simples militants comme députés, qui pensaient probablement qu’on pouvait laisser les déficits se creuser à l’infini, ou qu’on disposerait d’une planche à billets dans les sous-sols de l’Élysée.
Premier constat : on ne promet pas un horizon radieux qu’on ne saurait tenir, sous peine de se prendre un retour de manivelle une fois parvenu aux commandes. C’est là l’explication des records d’impopularité subis aujourd'hui par François Hollande. À choisir, il est préférable au contraire d’annoncer clairement la couleur, d’emblée, sans faux-fuyant, comme le pratiquait un Pierre Mendès-France ou un Michel Rocard, de façon à éviter de décevoir ensuite – et d’essuyer de cinglantes sanctions électorales.
Deuxième constat : Manuel Valls est dans le rôle d’un gestionnaire éclairé et courageux des comptes de notre pays, ce pays dont la capacité d’action politique (et notamment d’une action politique de gauche) ne pourrait que s’amenuiser à mesure que s’accroitraient nos déficits. Il s’agit donc là d’une gestion ni ‘de gauche’ ni ‘de droite’ mais simplement responsable – qui permettra ensuite une « vraie » politique de gauche, au sens « traditionnel » du terme.
La question qui divise aujourd’hui la gauche – et le PS – est : « Est-il de gauche d’économiser 50 milliards ? » Répondons par une question : qu’est-ce qu’être « de gauche » ? C’est agir pour la justice sociale et la solidarité ; c’est contre-différencier, autant que faire se peut, les inégalités sociales que peut générer une économie de marché mal régulée. Ce sont là les valeurs emblématiques de la gauche (quand la droite privilégiera de son côté la tradition, la religion, l’ordre ou la nation).
Mais mener une politique de gauche (comme par exemple dispenser des prestations sociales en direction des plus démunis) suppose de disposer d’argent public ; un État pauvre ne pourra pas mener une politique de gauche.
Or, l’argent public ne se fabrique pas mais se collecte. Et collecter de l’argent public – par le biais de la TVA, de l’impôt sur les sociétés et de l’impôt sur le revenu – suppose d’avoir de l’emploi, des entreprises dynamiques, de la consommation et de la croissance.
Or, dynamiser l’économie, l’emploi et la croissance suppose de juguler d’abord les dépenses non maîtrisées et les gaspillages hérités des Trente Glorieuses, lorsque que la croissance était à deux chiffres.
C’est cette même maîtrise des dépenses qu’ont déjà mis en œuvre, depuis de longues années, et avec succès, tous nos voisins européens, par des efforts qui portent à présent leurs fruits. Notre pays est lanterne rouge en matière d’équilibre des comptes (comme elle l’est également en matière de coût du travail, de compétitivité et d’emploi).
Est-il de gauche de laisser filer les déficits sans se soucier de l’équilibre des comptes ? Un ménage dépensier et endetté est-il « de gauche » ? Un ménage raisonnable est-il « de droite » ? Non. La gestion responsable des comptes n’est ni de gauche ni de droite. Elle est simplement nécessaire, même si notre habitude à plus d’aisance peut évidemment faire grincer des dents.
Mener une politique de gauche, ce n’est pas continuer de servir du champagne pendant que le bateau coule, mais de commencer par sauver le bateau. Une fois le bateau renfloué, on pourra en récolter les fruits et recommencer à distribuer de bonnes choses.
Certains confondent la « bonne » dépense publique, qui consiste, en période de croissance, d’emploi et de recettes publiques, à venir en aide aux plus démunis ; et la « mauvaise » dépense publique, qui consiste, en période plus difficile, à laisser le robinet grand ouvert alors que l’on parvient de moins en moins à venir en aide aux plus faibles. Il faut ici séparer le bon grain de l’ivraie : faire la chasse aux mauvaises dépenses, de façon à pouvoir oxygéner les bonnes.
Si certains électeurs et dirigeants politiques s’étranglent à l’annonce des mesures de Manuel Valls, c’est parce qu’ils méconnaissent les rouages de l’économie française, ou ne savent peut-être plus ce qu’est être « de gauche ». Croient-ils qu’être ‘de gauche’, c’est dépenser toujours plus d’argent public sans jamais en maîtriser ni le volume ni l’équilibre ? Non, être de gauche, ce n’est pas continuer de jeter par la fenêtre l’argent public qu’on n’a plus, c’est au contraire recréer les saines conditions de création d’argent public, qui permettront une saine politique de redistribution, de solidarité et de justice sociale.
Certains esprits critiques objecteront qu’il est indigne de mener une politique de « rigueur » ou « d’austérité » quand cinq millions de nos concitoyens sont au chômage, dont un grand nombre au-dessous du seuil de pauvreté, cependant que les revenus du capital, des dirigeants de grosses entreprise et des banquiers s’envolent. Ils ont raison. Ce qu’ils rapportent est vrai, indécent et scandaleux. Mais il s’agit d’un autre problème, lequel sera réglé par d’autres solutions – comme par exemple une redistribution du temps de travail (consécutive au quintuplement de la productivité depuis cinquante ans), seule à même de rééquilibrer le marché de l’offre et de la demande en matière d’emploi et de salaire, et qui réduira mécaniquement les écarts de revenus. Il est bon de pas mélanger les sujets économiques. En outre, la perspective d’une redistribution du temps de travail et des fruits de la productivité pour réduire les inégalités de revenu ne dispense pas de maîtriser les dépenses et d’équilibrer les comptes publics. Réciproquement, laisser partir les comptes publics à vau-l’eau ne résoudrait en rien les problèmes du chômage de masse, du moins-disant salarial et des écarts de revenus.
Enfin, accessoirement, l’affrontement responsable et courageux par Manuel Valls des contingences difficiles de notre pays ouvre la porte à une nouvelle gauche, plus en phase avec la réalité, susceptible d’élargir son spectre électoral vers le centre et de recueillir, au niveau national, des votes d’adhésion positive (et non pas seulement de réaction ou de dépit) dans les années et décennies à venir. Et si cette gauche ne peut plus être identifiée comme étant « socialiste », eh bien elle le sera comme « sociale-démocrate » !


Christophe Chomant, 19-04-2014,
Social-Démocratie

Discours de Manuel Valls du mercredi 16 avril 2014


« Mesdames et messieurs,
Le 14 janvier dernier, le Président de la République a indiqué clairement le cap : donner plus de force à notre économie, encourager nos entreprises, soutenir la croissance, et donc créer plus d’emplois.
Plus d’emplois, c’est la première priorité. Nous devons agir davantage contre ce chômage de masse qui fait souffrir trop de Français : nos seniors, mais aussi notre jeunesse qui a le plus grand mal à débuter dans la vie. Et nous ne renonçons pas. Nous ne baissons pas les bras.
Aux Français je veux dire simplement, directement : il y a un chemin pour nous redresser, et pour redresser la France. Il faut l’aborder avec lucidité. Les efforts doivent se poursuivre dans la justice. Il n’y aura pas « deux poids, deux mesures ». Un seul objectif : le bien commun !
Ces efforts seront justes, car ils seront collectifs.
Ils seront justes, car ils seront équitablement répartis.
Enfin, ils seront justes, car ils serviront à tous.


****


C’est la feuille de route fixée, il y a quatre mois, par le Président de la République.
Ces économies ont trois objectifs :
- Le premier, c’est la mise en œuvre du pacte de responsabilité et de solidarité. Pour parler simplement, c’est le moyen de mettre en mouvement notre économie : de baisser le coût du travail, de redonner du souffle à nos entreprises, nos PME-PMI, à nos TPE, à nos entrepreneurs, à nos artisans, à nos commerçants. Dans le même temps, nous devons aussi simplifier leurs démarches administratives. C’est le but des propositions faites par la commission Mandon-Poitrinal. En somme, nous devons redonner à notre tissu économique la capacité de mieux affronter la concurrence, pour développer davantage ses activités et se remettre à recruter. Sans qu’il soit besoin de remettre en cause nos règles sociales et notamment le SMIC.
- Le deuxième objectif c’est de redonner du pouvoir d’achat aux salariés. C’est aussi cela relancer notre économie et être plus juste. Dès le mois de juin, nous prendrons une mesure en faveur des contribuables les plus modestes. Le 1er janvier prochain les cotisations salariales seront allégées autour du SMIC, comme je l’ai annoncé la semaine dernière.
- Le troisième objectif, c’est la réduction de notre déficit public. Car, là aussi, je dois la vérité aux Français. Nos dépenses publiques représentent 57 % de la richesse nationale. Nous ne pouvons pas vivre au-dessus de nos moyens. Et nous devons casser cette logique de la dette qui, progressivement, sournoisement, est en train de nous lier les mains. La dette, je le rappelle, était de 50 % du PIB en 2002, de 65 % en 2007 et de 90 % à la fin du mandat de Nicolas Sarkozy. Nous devons retrouver notre souveraineté.
La France, je l’ai dit, tiendra ses engagements. Non pas par un quelconque entêtement, mais parce que tenir ses engagements, c’est la base de la crédibilité et de la confiance. Et la confiance, les Français en ont besoin.
Réduire les déficits, c’est retrouver des marges de manœuvre pour investir. Pour préparer l’avenir. C’est aussi assurer la pérennité de notre modèle social et la modernisation de nos services publics.


****


Faire des économies implique de faire des choix et de respecter les engagements du Président de la République. La priorité donnée à la jeunesse fait que nous maintiendrons les créations de postes prévues dans l’Education nationale.
Pour garantir la sécurité des Français, nous créerons les postes prévus dans la police, la justice et l’administration pénitentiaire.
Nous préserverons les investissements nécessaires pour la recherche, l’innovation, la préparation de l’avenir.

Enfin, pour veiller au sort des plus démunis, les minima sociaux seront préservés.
Les économies seront équitablement réparties entre toutes les autres sources de dépenses publiques.
Et l’État y prendra toute sa part, avec 18 milliards d’euros d’économies.
L’État, c’est notre bien commun. Il a un devoir d’efficacité ; le devoir aussi de veiller à ne jamais gaspiller l’argent public.
La maîtrise des dépenses de fonctionnement des ministères se poursuivra. Il s’agira de faire des économies sur les dépenses immobilières, de regrouper ce qui peut l’être, je pense aux achats ou aux systèmes d’information. Un mot d’ordre : réduire davantage le train de vie de l’État.
Je sais ce que nous devons à nos fonctionnaires si essentiels à la vie de ce pays.
Chaque jour, ils agissent avec dévouement et sens du service public. Mais la situation nous oblige à leur demander de contribuer à notre effort commun. Nous confirmons le gel du point d’indice.
Mais les règles d’avancement dans la fonction publique d’Etat seront préservées.
Les effectifs des ministères, hors Education nationale, Sécurité et Justice continueront de diminuer. Ces diminutions s’accompagneront toutefois de redéploiements afin de préserver nos services publics.
Enfin, nous allons rationaliser les agences de l’État. Beaucoup ont été créées ces dernières années. Leurs effectifs seront réduits. Mais d’ores et déjà je veux dire que Pole Emploi et les Universités seront préservés. Ils devront faire des efforts sur leurs dépenses de fonctionnement tout en gardant un niveau d’exigence en termes d’efficacité et de lisibilité de l’action publique.


****


L’État, je l’ai dit, prendra toute sa part. Les collectivités territoriales devront prendre la leur.
Il y a de nombreuses actions à mener pour clarifier les compétences des collectivités et en renforcer l’efficacité. Nos concitoyens ont également besoin de mieux savoir qui fait quoi.
11 milliards d’euros d’économies sont attendus au cours des trois prochaines années.
Dans leur rapport sur la « maîtrise collective des dépenses publiques » qui sera remis cet après-midi au Président de la République, Martin Malvy et Alain Lambert énoncent de nombreuses propositions. J’y suis très sensible, d’autant plus qu’elles proviennent des élus eux-mêmes. Ce sont eux qui contribuent, chaque jour, au dynamisme de nos territoires, et c’est à eux qu’il appartient d’en préparer l’avenir. Les élus sont conscients que des réformes de structures doivent être menées.

Plusieurs dispositions nouvelles permettront d’accompagner les collectivités dans cette démarche de maîtrise de leurs dépenses. Elles s’ajouteront à celles prévues dans le premier volet de la loi de décentralisation qui incite aux mutualisations entre les communes et les intercommunalités.
Le futur projet de loi de clarification des compétences des collectivités territoriales comportera des réformes profondes pour générer des économies. Je pense notamment à la suppression de la clause de compétence générale, à une meilleure sélection des projets financés, et à une rationalisation des syndicats intercommunaux.
D’ores et déjà, l’évolution de nos collectivités territoriales est en marche. Et je veux saluer les initiatives de rapprochement de régions qui s’esquissent un peu partout en France.


****


Notre nouvelle stratégie nationale de santé est elle aussi un moyen de faire des économies : 10 milliards d’euros d’ici 2017 sur les dépenses de l’assurance maladie.
Ces efforts seront réalisés, je veux le dire très clairement, sans réduire la prise en charge des soins, ni leur qualité. Il s’agit d’amplifier les réformes structurelles déjà engagées, et notamment de mieux organiser les parcours de soins : la chirurgie ambulatoire montre qu’on peut réaliser des économies tout en améliorant la qualité de la prise en charge.
Il conviendra aussi d’optimiser notre dépense dans le domaine des médicaments.
Ceci passe par une consommation plus raisonnée, un plus grand recours au générique, mais aussi des prix davantage en adéquation avec l’innovation thérapeutique.
Enfin, 11 milliards d’euros d’économies seront réalisés sur la gestion du système social.
Des décisions ont déjà été prises. Elles sont porteuses d’économies pour plus de 2,9 milliards d’euros. C’est le cas de la réforme des retraites, de l’accord conclu pour les retraites complémentaires, et de la réforme décidée l’année dernière de notre politique familiale.
Il faut aller au-delà.
Il n’est pas question, évidemment, de diminuer le montant des prestations sociales. Mais dans le contexte exceptionnel qui est le nôtre, elles ne seront pas revalorisées jusqu’en octobre 2015.
Cette stabilité concernera les pensions du régime de retraite de base (1,3 milliards d’euros). Il pourra concerner aussi les retraites complémentaires qui relèvent des partenaires sociaux (2 milliards d’euros). Ces mesures temporaires épargneront les retraités dont les pensions sont les plus modestes puisque le minimum vieillesse continuera, lui, d’être revalorisé.

Le niveau des autres prestations sociales sera également stable jusqu’en octobre 2015 (0,7 milliard d’euros), à l’exception de tous les minima sociaux (RSA, ASS, Allocation Adulte handicapé), qui continueront d’augmenter au rythme de l’inflation.
Les engagements de revalorisation exceptionnelle décidés dans le plan pauvreté de janvier 2013 pour le RSA, le complément familial et l’allocation de soutien familial sont confirmés. Mais ces revalorisations seront décalées d’une année.
Une nouvelle convention d’assurance-chômage, sur laquelle les partenaires sociaux se sont accordés, va permettre d’améliorer le fonctionnement du marché du travail, notamment en matière de sécurisation de l’emploi et de la formation professionnelle. Le régime d’assurance-chômage devra mieux contribuer au bon fonctionnement du marché du travail, et permettre de rétablir l’équilibre financier de l’UNEDIC à l’horizon 2017 (2 milliards d’euros au total).
La poursuite de la modernisation de la politique familiale permettra 0,8 milliards d’euros d’économies.
Les caisses de sécurité sociale dégageront enfin 1,2 milliards d’économies, grâce à la dématérialisation et à une meilleure articulation entre les différents organismes. Ceci apportera de véritables simplifications pour les assurés.


****


Mesdames et messieurs,
L’équipe gouvernementale croit en ces choix que nous vous présentons. Et nous y croyons parce que c’est le chemin du redressement de la France. Nous y croyons car nous avons la conviction qu’avec ces choix la France sera plus forte et donc plus juste.
Le conseil des ministres du 23 avril examinera le programme de stabilité qui sera soumis au vote de l’Assemblée nationale le 30 avril.
Les mesures d’économies trouveront leur traduction dans les textes financiers qui seront présentées avant l’été (PLFR et PLFSSR) puis à l’automne (loi de programmation des finances publiques, PLF, PLFSS).
Je sais les attentes, je sais les doutes. Mais l’équipe qui est autour de moi est dévouée au service des Français. Voilà la vérité que nous vous devions. Et la vérité c’est le chemin de la réussite. La réussite de la France. »


Manuel Valls

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : Christophe Chomant - Social-Démocratie
  • : Actualités politiques du militant social-démocrate Christophe Chomant
  • Contact

Recherche

Archives